Shabba, à bout portant

Ticket dans le retroviseur Le 26 octobre 2017 ramène le 15e anniversaire de Ticket. Pour marquer cette date, nous vous proposons de redécouvrir d’anciens articles qui ont marqué plus d’un. À ses débuts en octobre 2002, Ticket était un hebdomadaire, imprimé et distribué à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. Aujourd’hui, nos articles sont publiés tous les jours sur le www.lenouvelliste.com, puis partagés sur les réseaux Facebook (Ticket Magazine), Twitter et Instagram (@ticketmaghaiti). Retrouvez ci-dessous une entrevue réalisée avec Hervé Anténor (Shabba), parue le 18 mai 2005, dans le numéro 131 de Ticket.

Publié le 2017-10-10 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Le plus remuant des musiciens de Djakout Mizik avait pas mal de choses à nous dire, ainsi que quelques points à éclaircir. D’où la nécessité de ce petit entretien… à bout portant.

Alors Shabba, le cash de Djakout tire-t-il à sa fin ?

- Je salue tout d’abord les lecteurs de Ticket. Pour ce qui est du cash, tant qu’il existe des fans, tant qu’on produit des hits, il y aura des dollars à tomber. Et je suis loin d’être « razè » aussi.

Pourquoi t’es-tu enlevé les tresses? As-tu peur que l’on te prenne pour un rasta ?

- Non. Ce n’est pas la véritable raison. Je n’ai pas peur que l’on me prenne pour un rasta. Un rasta est une personne comme toutes les autres. La vérité est que je suis un artiste qui change de style très souvent. Et puis les filles adorent mon nouveau look.

Sur scène, beaucoup de gens pensent que tu fais beaucoup plus de bruit que tu n'animes, que réponds-tu à cela?

- Si c’était du bruit, je ne serais pas aussi populaire. Dans tous les coins du pays, les enfants, même les bébés de six mois, répètent à tue-tête les refrains de « Biznis pa m ». Et si je n’étais pas aussi bon musicien, on ne m’aurait jamais accepté dans l’orchestre. Lorsqu’on se retrouve sur le stage, la chaleur qui se dégage du public est un feeling tout à fait spécial. Surtout quand je leur dis « De men anlè ». Bien que ce slogan soit une invention d’Isnard Douby.

Là, tu admets que tu imites System Band. Tu reconnais aussi que le Machiavel a raison de vous traiter de « konbèlandè » ?

- On prétend que Djakout imite System Band. Mais cela fait longtemps que nous ne sommes plus branchés sur cette formation, que nous sommes descendus de son poteau. Au contraire, ce sont les autres qui se branchent sur nous. Se souse y ap souse nou. De nos jours, beaucoup de chanteurs ont repris mon slogan « leve de men anlè ». Si c’était du simple bruit, ils ne l’auraient pas fait.

Pendant tes animations, t’arrive-t-il de te sentir essoufflé ?

- Je ne force pas ma voix. Chez moi, c’est naturel. Vu mon physique, je remercie Dieu de m’avoir donné la force de pouvoir animer pendant des heures. Il arrive même que les gens, en me découvrant, avouent leur étonnement, pensant que j’étais de plus grande taille.

Au cours d’une seule soirée, combien de litres d’eau peux-tu boire ?

- Je ne me suis jamais donné la peine de contrôler. Quand je perds beaucoup d’eau en transpirant, j’ai tout le temps soif. Je me fais alors apporter de l’eau ou une boisson gazeuse. Mais jamais d’alcool.

On dit que le succès actuel de Djakout Mizik t’est monté à la tête et que tu es devenu plus « djòlè » ?

- Tu dis « djòlè » ? (rires). Dans ce « biznis », il le faut. Si on pense pouvoir monter sur scène la mine sérieuse comme un pasteur, on est foutu. Notre business n’est pas une église. Sur le stage, je me comporte comme un artiste. Nombre de chanteurs n’ont pas pu percer parce qu’ils ont négligé cet aspect. Ils sont passés inaperçus. On voit comment Pouchon, Gracia, Gazzman, parce qu’ils sont « djòlè », ont du succès.

As-tu essayé de voler la vedette à Pouchon, ne serait-ce qu’un jour ?

- Il ne m’est jamais venu une chose pareille à l’esprit. Je suis au tambour et le chanteur de Djakout Mizik n’est autre que Pouchon. Lui et moi avons grandi ensemble dans le même quartier au Morne Calvaire. C’est grâce à lui que j’ai pu intégrer Djakout. Donc, je ne peux pas lui donner de coup dans le dos. Nous sommes complémentaires dans le groupe. Chacun fait son job sans nuire à l’autre. Ceux qui assistent à nos prestations peuvent témoigner combien on s’entend sur scène, comment on se passe le micro.

On chuchote que tu as refusé à quatre fois de reconnaître des enfants que leurs mères présentaient comme étant les tiens ?

- C’est totalement faux. Je rêve tellement de devenir père que je n’aurais jamais pu abandonner mon propre sang. J’aime trop ma famille pour lui faire une chose pareille.

Prépares-tu un album solo en cachette ?

- Oui, j’ai un album solo en préparation. Je serai accompagné d’autres artistes invités comme Jude Jean, Michel Martelly, Pouchon Duverger, Wyclef Jean, Mickael Guirand, Alan Cavé, T-Jo Zenny, David Dupoux… Sur cet album, j’interpréterai deux chansons. Alors là on verra si « se bri m ap fè ». Toutefois je donne la priorité aux projets de Djakout qui rentrera en studio très bientôt.

Qu’est-ce que cela te fait d’être traité de « djòl sirèt » par les gars de T-Vice ?

- Ce sont des inventions de ces messieurs. Comme cette histoire de vol d’oreiller à Paris. Cela ne me dérange pas du tout. Ces exagérations existent dans les situations de polémique. Il faut du cran pour faire de la polémique. Moi je dirais plutôt que c’est Roberto qui fait des lapsus. Depi li pale se sou yon pye sitron li monte. Je pense qu’il essaie de me donner ses défauts.

Si je comprends bien, ces attaques n’affectent pas le moral des musiciens ?

- Je ne peux pas répondre pour les autres, mais moi cela ne m’affecte pas.

Bouboule et toi, vous appartenez à deux formations musicales rivales. Et pourtant, on vous dit bons amis. Vous êtes de vrais amis ?

- Bouboule est un grand ami. On sort et on va dans des programmes ensemble. Il vient souvent chez moi. Parfois les gars de T-Vice me rendent visite aussi. Quand nous nous croisons, les frères Martino, leur mère Jessie, nous nous saluons. Car il faut le respect avant tout. Ce n’est pas la polémique qui va mettre un froid entre nous.

Shabba, es-tu marié ?

- Je suis fiancé, mais pas encore marié. Ma future et moi, nous habitons le même quartier à Pétion-Ville et on est ensemble depuis 8 ans. Et tout n’est pas aussi facile dans notre relation. Il reste beaucoup de choses à gérer. Comme la jalousie que pourrait susciter l’engouement des fans. Quand je suis avec ma fiancée, je ne peux pas m’empêcher de continuer à garder mon amour pour mes fans. Elle a compris que ces gens-là sont importants pour moi et que c’est grâce à eux que je peux payer mes « bills » chaque mois.

Ton futur mariage ne met-il pas en péril ta popularité auprès de tes fans féminins ?

- Je pense que les fans ont compris les raisons qui me portent à protéger ma vie privée, à avoir dorénavant plus de discipline. Et puis, je ne crois pas qu’elles en feront tout un plat.

Shabba en quatre dates

- 1979. Il naît dans la localité de Plaine du Nord, d’un père distillateur et d’une mère commerçante. Il est l’avant-dernier enfant de sa famille.

- 1992. Il fait ses premiers pas d’artiste en jouant de la batterie au sein d’une petite formation musicale amateur.

- 1995. Il commence sa carrière de musicien professionnel avec le groupe Flamme, à l’avenue Magloire Ambroise.

- 1999. Il intègre Djakout Mizik en remplaçant un tambourineur démissionnaire.

Propos recueillis par Claudel Victor et Rosemond Loramus Auteur

Réagir à cet article