Des Haïtiennes persona non grata dans les hôpitaux dominicains, cela nous dit quoi ?

Publié le 2017-10-06 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les femmes haïtiennes enceintes ne sont plus les bienvenues dans les hôpitaux dominicains. Des militaires dominicains, selon les informations, y sont même postés interdire l'accès aux Haïtiennes. Cette mesure vise à empêcher nos compatriotes de jouir gratuitement des avantages réservés aux Dominicaines. La nouvelle est-elle connue de nos autorités ? On ne peut pas être affirmatif dans la mesure où il n’y a aucune réaction sur le sujet. Peut-être, au lieu de réagir publiquement, le gouvernement haïtien préfère agir dans l’ombre en vue de donner une réponse proportionnelle à cette mesure qui ne fait pas notre honneur.

Augmenter la couverture sanitaire ; garantir le bon fonctionnement des hôpitaux publics et privés sont les meilleures réponses que les autorités haïtiennes puissent apporter à la décision des Dominicains d’empêcher les femmes haïtiennes d’accoucher dans leurs hôpitaux. Si nos femmes traversent la frontière pour aller se faire accoucher chez nos voisins, c’est parce qu’elles sont laissées de côté par le système de santé. Même à Port-au-Prince, où sont concentrés la majorité des hôpitaux, toute la population n’a pas accès aux soins de santé. La réalité est pire dans les communes reculées du pays. Les villes frontalières ne font pas exception. Au contraire, la plupart sont parmi les moins bien loties du pays. D’où leur dépendance envers la République dominicaine.

La réaction des Dominicains à l’égard de nos femmes enceintes est un nouveau coup de massue à ce qui reste de la fierté et de la dignité du peuple haïtien. Elle devrait nous porter à prendre la résolution de construire finalement un pays avec des institutions fonctionnelles au bénéfice de toute la population. Ce que nous refusons de faire depuis 1804. Pour une fois, nous devrions avoir honte. Les autorités politiques, l’université, la classe économique, bref, toutes les forces vives de la société haïtienne devraient se mettre d’accord pour trouver des solutions aux maux qui nous rongent trop longtemps. Il y a urgence d’inventer un système éducatif qui sera au service du pays. Il nous faut aussi un système sanitaire au service de tous. La route pour y arriver est longue, mais il faut un point de départ. La décision dominicaine pourrait en être un.

Des Haïtiennes donnant naissance à leur bébé à l’étranger, ce n’est pas une nouveauté. Cela devient cependant la mode depuis que de plus en plus de parents cherchent à donner à leur progéniture un passeport étranger pouvant leur assurer un avenir moins incertain. Les Dominicains comme les Américains semblent comprendre le jeu quand ils nous demandent de payer. Le marché dominicain a déjà attiré bon nombre de nos étudiants parce que l’État et les élites ont failli dans leur misson de construire des universités et des écoles professionnelles pour accueillir les jeunes après leurs études classiques. Avec les étudiants, c’est une bonne partie de notre faible économie qui est allée consolider les universités dominicaines. Allons-nous laisser le même scénario se produire dans le domaine de la santé ? Attendons la réponse de l’État, de la classe politique et économique.

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