Entrepreneuriat : que peut gagner Haïti avec Daniel Isenberg ?

Publié le 2017-10-06 | Le Nouvelliste

Economie -

Au mois de septembre, Daniel Isenberg, l’un de ces grands noms du monde de l’entrepreneuriat, a foulé le sol d’Haïti. Dans un contexte où le pays cherche sa voie, de telles sommités qui ont eu le mérite de faire atterrir ailleurs leur théorie, avec des résultats probants, méritent notre attention.

Daniel Isenberg est considéré comme un pionnier et un gourou dans le monde, en matière de développement d’écosystème entrepreneurial. Fondateur du Babson Entrepreneurship Ecosystem Project (BEEP), deux de ses projets, « Manizales más » (En Colombie) et « Scale up Milwaukee », sont particulièrement médiatisés pour leur succès. Le président de la Colombie, Juan Manuel Santos, dans un vidéo disponible sur internet, vante les mérites de la contribution du Professeur Isenberg au renforcement de l’écosystème entrepreneurial de la ville de Manizales.

Dans un article publié dans Harvard Business Review, en juin 2010, sous le titre « How to start an entrepreneurial revolution » (En français : comment démarrer une révolution entrepreneuriale), Daniel Isenberg dévoile sa pensée sur la manière dont un pays peut se mettre au pas avec la révolution entrepreneuriale. À travers cet article, il prend le Rwanda en exemple, pour ses progrès économiques extraordinaires, réalisés notamment à partir du renforcement de son écosystème entrepreneurial. Il a repris les mots du Président Paul Kagame, affirmant : « L’entrepreneuriat est la voie la plus sûre vers le développement ». Isenberg invite à ne pas s’approcher à des systèmes qui ont du succès ailleurs, comme le cas de Silicon Valley, mais plutôt à tenir compte des atouts propres dont dispose un pays. Dans cet article, il conseille aussi d’engager le secteur privé dès le début, dans le processus de mise en place ou de renforcement du système entrepreneurial, car, souligne le professeur, les actions de l’État, sans l’implication du secteur privé, auront une portée limitée.

Le plaidoyer pour des entreprises capables de croître

Le point de vue de Daniel Isenberg autour de la nécessité de permettre aux entreprises de croître est sans équivoque. Selon lui, s’il existe un grand nombre d’entreprises et qu’on n’arrive pas à les faire croître, la croissance économique du pays en pâtira également. En d’autres termes, comme il n’y a pas suffisamment de croissance économique, il y aura moins de richesses à distribuer. D’ailleurs, lors de son intervention au Forum sur la Compétitivité et l’Investissement, il a, d’entrée de jeu, invité le public à scander avec lui, à plusieurs reprises, le mot « Croissance », comme pour donner le ton à cette matinée de conférence.

Cependant, Daniel Isenberg lance aussi une mise en garde. Il croit que c’est nécessaire qu’il y ait un alignement des positions autour de la priorité commune : la croissance. Quand les volontés et énergies divergent, ce sera, à ce moment, plus difficile de parvenir aux résultats désirés, en matière de croissance.

Le « Scale up movement », que Daniel Isenberg a initié, c’est un petit peu ce catalyseur, qui stimule les acteurs du secteur public, les pouvoirs locaux, les entreprises, les entités de soutien et autres, à travailler pour la croissance au niveau des entreprises. Celle-ci peut venir sous forme de nombre d’emplois créés ou de revenus générés par les entreprises. Aussi, la croissance, dans ce contexte, implique des entreprises qui sont plus performantes pour le bonheur des entrepreneurs eux-mêmes, de la clientèle que les entreprises desservent ou des communautés où elles opèrent.

Isenberg et Haïti

Entre le désir de faire croître les petites et moyennes entreprises (PME) haïtiennes et ce qui se fait dans la réalité, il y a souvent un écart. Par exemple, il est à noter que plus de 9 entreprises haïtiennes sur 10 sont des entreprises individuelles, selon le dernier recensement du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI). En vertu de ce statut juridique, la personnalité du propriétaire est confondue à celle de l’entreprise, ce qui conduit à un niveau de risque accru pour l’entrepreneur. En outre, la capacité de mobilisation de financement des entreprises individuelles est, en général, plus limitée que pour d’autres types d’entreprises, comme les sociétés anonymes. Il faut mentionner également les problèmes de mauvaise gouvernance et de manque de transparence au niveau de la gestion, qui sont la réalité de bon nombre de ces PMEs. Or, une condition nécessaire pour la croissance durable au niveau des entreprises est avant tout un système de gestion solide.

Sur un autre plan, des entreprises qui croissent dans une économie peuvent contribuer à stimuler la croissance du Produit intérieur brut (PIB) dans son ensemble. Dans le cas d’Haïti, où les dépenses d’investissement public pour les programmes et projets prévues dans le budget de la République (exercice fiscal 2017-2018) sont inférieures à un milliard de dollars américains, où les exportations annuelles haïtiennes peinent à dépasser la barre de 1 milliard de dollars américains et où la consommation des ménages est faible en raison de la faiblesse des revenus, il faut compter inévitablement avec l’apport des entreprises pour booster la croissance.

Le message de Daniel Isenberg doit nous porter à considérer la nécessité et l’urgence d’aider petites et moyennes entreprises (PME) haïtiennes à grandir, pour arriver à la création de beaucoup plus d’emplois et davantage de richesse dans l’économie haïtienne. Et comme le prône le professeur du Babson College, la croissance doit être inclusive, sinon les tensions sociales finiront par saper ses bases et la mettre en péril.

Rock André Directeur général de CEDEL HAITI rockandre@cedelhaiti.org Rock André Directeur général de CEDEL HAITI rockandre@cRock André Directeur général de CEDEL HAITI rockandre@cedelhaiti.org edelhaiti.org Auteur

Réagir à cet article