Quelle surprise nous réserve le pouvoir judiciaire ?

Publié le 2017-10-05 | Le Nouvelliste

Editorial -

La nouvelle année judiciaire commence dans la discorde entre des acteurs du système. A cela il faut s'ajouter la menace de grève illimitée des magistrats et des greffiers pour exiger de meilleures conditions de travail. Le ministère de la Justice n’a même pas encore fini de désamorcer la bombe de la grève qui risque de paralyser le système judiciaire qu’un conflit entre magistrats et avocats éclate dans deux juridictions. Un tel climat n’augure pas des jours meilleurs pour notre justice qu’on accuse souvent de tous les maux.

Le discours du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Stanley Gaston, à la cérémonie d’ouverture de l’année judiciaire 2017-2018, a mis à nu notre système judiciaire. Le bâtonnier a osé dire tout haut ce que tout le monde dit tout bas. Son discours dénonçant la corruption dans le système judiciaire est devenu célèbre à la suite de la résolution des juges de la cour d’appel de Port-au-Prince qui s’apparente à des actes de représailles contre les avocats du barreau de Port-au-Prince. Les juges exigent de Me Stanley Gaston des excuses et la liste des magistrats impliqués dans la corruption. Sans quoi, les juges ne recevront plus les dossiers des avocats du barreau. Et les justiciables dans tout ça ? Comme si cela ne suffisait pas, le Conseil de l’ordre des avocats du barreau de Croix-des-Bouquets annonce un arrêt de travail illimité pour protester contre des insultes lancées contre le bâtonnier à la suite de son discours relatant certaines réalités de la juridiction. La note n’a rien dit de la nature des propos que le bâtonnier du barreau de Croix-des-Bouquets avait prononcés, ni dans quelle circonstance. Le conseil ne pose aucune condition pour reprendre le travail. Que deviendront les justiciables dans l’intervalle ?

Les propos de Me Stanley Gaston à l’égard des magistrats étaient sévères. Pourtant c’est la réalité que le bâtonnier a décrite . Qui peut prouver le contraire ? Les magistrats en colère ont-ils un avis contraire ? Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), a-t-il, depuis sa création, aidé à refaire l’image de la justice? La présence de l’Ecole de la magistrature a-t-elle un impact sur le système ? La réponse peut ne pas être oui ou non. Les magistrats, au lieu de punir les justiciables, doivent accepter de changer les roues qui ne fonctionnent pas dans la machine de la justice. Pour preuve, la détention préventive prolongée reste un problème entier. On n’a pas besoin d’être expert en matière de justice pour savoir que ce sont les plus pauvres, parfois arrêtés sur simple dénonciation, qui pourrissent dans les cellules des centres carcéraux. Le conflit entre les avocats et les juges va, sans aucun doute, envenimer la situation pour le malheur des plus faibles. Et si on doit y ajouter la probable grève illimitée des greffiers et des magistrats, on n’en finira pas de soupirer après une justice saine et sereine.

Dans ces conditions, à quoi doit-on s’attendre pour la nouvelle année judiciaire ? Tout dépendra de plusieurs facteurs, notamment des réponses des autorités politiques et judiciaires aux problèmes de l’appareil judiciaire identifiés dans le discours accablant de Me Stanley Gaston ; aussi de la bataille que mèneront les associations de magistrats, les barreaux du pays et d’autres acteurs du système pour l’indépendance de la justice.

Avant Me Stanley Gaston, d’autres institutions ou personnalités avaient diagnostiqué les maux de la justice haïtienne. La Mission des Nations unies en appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) prend le relais de la MINUSTAH le 16 octobre prochain. Cette nouvelle mission onusienne pourra-t-elle sauver la justice haïtienne ? Même avec toutes les bonnes volontés du monde, cela ne sera pas possible si les Haïtiens ne décident pas eux-mêmes de réformer le pouvoir judiciaire ou encore si les acteurs du système ne pratiquent pas une salutaire auto-correction de leurs problèmes et leurs dérives.

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