Kendaly Phèle: « Je veux combattre cette image erronée du féminisme en Haïti »

Kendaly Phèle est la première Créo’la élue. Ceci fait d’elle - selon l’essence de ce concours qui vise à valoriser la femme haïtienne authentique dans toutes ses composantes - la première ambassadrice de la culture nationale. Ticket fait donc un détour dans la vie de cette jeune femme visionnaire, pour qui ce titre représente à la fois un « poids et une fierté».

Publié le 2017-10-06 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Kendaly Phèle n’a rien à envier à aucune jeune fille de son âge. Intelligente, déterminée, sûre d’elle-même, du haut de ses 21 ans, l’étudiante en 3e année d’anthroposociologie détient tous les pions pouvant lui garantir un avenir prometteur. Perchée sur ses talons aiguilles, sa jupe noire et son corsage à rayures lui vont à ravir. Ses cheveux naturels tirés en un simple chignon mettent en évidence ses yeux marron foncé, son regard perçant. Comme dirait la chanson de Barikad Crew, la Créo’la est une VFK.

Kendaly n’est pourtant pas une adepte des concours de beauté traditionnels qui se focalisent sur le plastique plutôt que sur l’intellect. Croyant au départ que Créo’la en faisait partie, Kendaly ne s’emballait pas à l’idée d'y participer. « Ce sont mes amies de la faculté qui m’ont poussée à y prendre part, car elles pensent que j’incarne, avec mon style afro, l’idéologie de Créo’la. Après maintes réticences, je me suis informée et j’ai donc décidé de me lancer, car cette compétition est bien différente des autres », explique l’étudiante de la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti, estimant que la beauté n’a rien à voir avec l’extravagance. Pour elle, cette dernière n’est qu’un supplément.

L’aventure de KP avec Créo’la débute donc ainsi. Au fil des répétitions, des formations, le concours devient une seconde famille pour l’originaire de Saint-Michel de l’Attalaye. « Je suis arrivée toute triste à la finale, à l’idée de laisser les autres filles que je considérais plutôt comme des sœurs », avoue-t-elle tout en ayant un discours élogieux à l’égard des organisateurs de cette compétition dont elle est sortie pleinement satisfaite. « Le staff a toujours été là pour nous conseiller, nous former. De plus, dès l’inscription – à travers les différentes questions qui figuraient dans le questionnaire -, on sentait déjà la volonté des organisateurs de miser sur la capacité intellectuelle des postulantes, ainsi que de présenter des candidates de ‘’poids’’ au public. »

Désormais dans son univers, la cadette d’une famille de trois enfants s’investit à fond dans cette nouvelle étape de sa vie. Entre séances de formation avec les initiateurs de Créo’la et répétitions continues à la maison, Kendaly Phèle s’est préparée pour remporter le titre à tout prix. « Byen pase m se te byen pase Créo’la. Avec un tel objectif, je me devais de travailler assidûment », émet de sa voix chaleureuse, l’ancienne élève du Collège chrétien de Delmas qui est la pionnière de cette compétition. « En tant que première Créo’la, ce titre représente à la fois un poids et une fierté. Un poids, non un fardeau, parce que maintenant tous les yeux sont braqués sur moi. De fait, je dois être à la hauteur de ma tâche. Et une fierté d’être celle qui vendra une image positive du pays. En outre, mon nom restera gravé dans l’histoire du concours », affirme la nouvelle ambassadrice de la culture haïtienne.

Afficher une autre image d’Haïti, c’est le devoir de KP. D’où son projet de mettre sur pied un centre permettant aux jeunes d’apprendre l’artisanat. « C’est un projet qui s’étendra, dans ma zone de résidence – Maïs Gâté –, sur une période de 6 mois. Ce projet estimé à 895 500 gdes, permettra de valoriser les produits de chez nous, de réduire la délinquance juvénile, de stopper cette vague migratoire et combattre les déchets », argumente la visionnaire, rêvant d’une Haïti non sexiste qui favorisera les critères de compétence. « Je ne veux pas qu’on me priorise parce que je suis une femme, mais parce qu’en tant que personne humaine, j’ai des droits. Je suis pour l’intégration des femmes certes, cependant sans discrimination de sexe, sans exclusion. Je veux combattre cette image erronée du féminisme en Haïti », souligne Kendaly Phèle.

Des messages, la chrétienne protestante en a pour les jeunes et pour les dirigeants. « En tant que jeunes, il importe de faire une introspection, pour découvrir sa propre personne, sa vraie nature. Par ailleurs, il faut oser, malgré les risques d’échec, puisqu’échouer ou non permettra d’acquérir de la maturité », exhorte la membre de l’Église nouvelle Jérusalem de la MENOJEH. « L’État, de son côté, doit mettre sur pied une campagne publicitaire pour faire cesser le départ massif des Haïtiens. Il faut aussi que les dirigeants reviennent avec les notions de civisme à l’école. De sorte que, dès les premières années, les enfants puissent apprendre à aimer leur pays », poursuit la Créo’la. En attendant la matérialisation de son projet, Kendaly Phèle s’engage comme citoyenne et femme émancipée.

Réagir à cet article