Avant d'entrer en application, le budget 2017-2018 subit des rectifications

Publié le 2017-09-28 | Le Nouvelliste

Editorial -

La méthode est peut-être contestable. Elle a le mérite d’exister. Jovenel Moïse démine secteur par secteur les petites bombes de la loi de finances 2017-2018. Avec bruit et chaude humidité, le souffle de la contestation est parvenu ces derniers jours à ses oreilles avec la cascade de manifestations qui ont déferlé sur le pays, de la capitale aux villes de province.

Le président s’ajuste à la conjoncture. En langage militaire, on dirait qu’il exécute un grand repli stratégique pour éviter une voyante bérézina.

Après avoir fait des promesses aux membres du secteur judiciaire lors de sa rencontre avec le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), ce sont les maires qui ont eu l’attention du président de la République jeudi. En cadeau d’entrée, le président offre à chaque conseil communal une franchise douanière pour l’acquisition sans taxe d’une automobile et promet de revoir avec eux le barème de l’impôt sur la Contribution foncière sur les propriétés bâties (CFPB). Les maires sont en révolte depuis que, dans la loi de finances, sans les avoir consultés comme le réclame la Constitution, le pouvoir central avait réduit les taux d’imposition, menaçant les rentrées des mairies à partir de cette taxe qui revient aux municipalités. Le président va acheter la paix.

Mercredi, en Conseil des ministres, pour ramener au calme les ouvriers du secteur de la sous-traitance et tous les gagne-petit de la République, bride abattue, le gouvernement a relevé le plancher de la tranche d’imposition pour fixer l’impôt sur le revenu. Au lieu de commencer à taxer à 60 000 gourdes (952 dollars/an) de revenu annuel, l’Etat débutera sa chasse aux contribuables à partir de 120 000 gourdes de revenu annuel. La subite mansuétude du gouvernement épargne de l’impôt des milliers de contribuables, ouvriers des manufactures et petit personnel du privé comme du public.

Avec ces premières mesures et d’autres qui sans doute s’y ajouteront, tant il y a des secteurs qui crachent leur insatisfaction et leur frustration, c'est déjà une évidence que le budget tel que voté n’existe plus. Des recettes attendues disparaissent avec les reculades. De nouvelles dépenses surgissent avec les promesses nouvelles.

Même des parlementaires, de ceux qui avaient voté la loi de finances à la va-vite, les yeux fermés et sourds aux critiques, suggèrent un budget rectificatif. Jovenel Moïse a-t-il entendu les murmures de ceux qui vont rouler sur l’or avec le nouveau budget, mais qui s’inquiètent, en dépit de tout, des retombées de leur hold-up ? Sans doute.

Le plus gros test pour l’administration Moïse-Lafontant sera celui de l’essence. Depuis le mois de mai, il est annoncé que le prix à la pompe sera ajusté à la hausse à chaque arrivage de produits pétroliers. Pris par la sourde contestation après la première augmentation des prix, le gouvernement n’a pas osé ajouter un centime au prix du gallon de carburant. Dans le nouveau budget, il est prévu 11 milliards de gourdes à tirer de la vente de l’essence. On ne voit pas comment, dans les prochaines semaines, l’administration Moïse-Lafontant pourra annoncer la hausse des prix de l’essence. Encore un manque à gagner en perspective.

Mis à part les interférences politiques qui alimentent la contestation du budget, le gouvernement ne semble pas avoir pris en compte la situation que connaît Haïti depuis trois ans, sans les millions de PetroCaribe, ni la manne de l’aide postséisme. Le pays est embourbé dans une faible croissance économique, une contraction sévère des activités, une flambée de la décote de la gourde, une inflation à deux chiffres (15.6% en août) et une incapacité des gouvernements Paul, Jean-Charles et Lafontant de sortir de la léthargie, de prendre des initiatives.

Si ce jeudi le président Jovenel Moïse a redit : « Je persiste et signe: le pays sera électrifié 24/24 envers et contre tous! », selon un tweet du ministère de la Communication, le ministre de l’Économie et des Finances, Jude Alix Patrick Salomon, et le gouverneur de la banque centrale, Jean Baden Dubois, signent ce vendredi un protocole d’accord sur le cash management. L’État haïtien va s’engager à limiter ses dépenses au montant des taxes, impôts et dons collectés. Le gouvernement accepte le carcan de l’austérité, il va restreindre sa marge de manœuvre.

Pour l’année qui vient, au vu des décisions de ce mois de septembre, le prochain budget s’annonce déficitaire. Les promesses pleuvent pourtant. Comment allons-nous faire si le budget 2017-2018 déjà voté n’est pas jeté aux oubliettes ? Qu’allons-nous faire sinon que tricoter une nouvelle loi de finances plus sincère, plus proche des préoccupations de la population?

A l'haïtienne, les autorités peuvent avancer avec l'ancien texte. Les résultats ne seront pas au rendez-vous et le pays va perdre une belle occasion d'appliquer des remèdes en lieu et place du placebo de l'entêtement.

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