Émeline Michel / rencontre

Émeline entre équilibre et douceur, la générosité

Dans ce lieu somptueux qu'est l’hôtel de ville de Bruxelles, en marge de sa prestation à la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles ce 27 septembre, c'est la première fois que nous revoyons Émeline Michel d'aussi près depuis 2013. L'artiste n'a pas changé. La femme, elle, oui.

Publié le 2017-10-05 | Le Nouvelliste

Culture -

La dernière fois que nous l'avions vue, c'était à la vente-signature de son album « Quintessence ». La foule se pressait autour d'elle, impossible donc d'échanger quelques mots. Nous nous sommes alors rabattus sur les titres de ce nouvel opus trop attendu par ses fans. «Mèsi lavi» en tête du classement, presque tous les morceaux ont été dégustés sans modération. Quelle ne fut donc pas notre très grande joie de lui parler simplement, en toute liberté, une formule qu'elle préfère aux interviews très formelles.

- Bonjour Émeline. Comment es-tu?, Péguy du journal Le Nouvelliste. Nous nous sommes déjà rencontrées en Haïti.

- Oui, bien sûr, je me souviens de toi. Sauf qu'à l'époque, tu ne portais pas de tresses.

Deuxième surprise en moins de cinq minutes. Émeline se souvient donc de notre dernière rencontre. On dirait la mémoire de l'artiste infaillible. Nous échangeons quelques cordialités au sujet de son voyage, l’été indien qu'elle a quitté à New York pour la température très changeante de Bruxelles. « Depuis mon arrivée, je suis obligée de porter des baskets à des rendez-vous chics parce que je n'ai rien d'autres dans ma malle. Je ne savais pas qu'il allait faire froid aussi tôt ici », se plaint-elle avec bonne humeur un point sur lequel nous nous mettons d'accord avant de repartir sur les tresses qu'elle porte pour des raisons pratiques. Pas simple, en effet, de se coiffer tous les matins lorsqu'on à la coupe garçonne. Entre-temps, nous sommes interrompues à plusieurs reprises par les nouveaux admirateurs de la salle gothique de l’hôtel de ville bruxellois qui viennent de découvrir Émeline. Cela nous laisse le temps d'observer la diva à loisir.

La chanteuse n'a jamais paru aussi sereine. Cette sérénité que porte en eux ceux et celles qui ont connu des affres innommables de la vie, et qui ont trouvé la force d’être dans le dépassement de soi. Ceux et celles qui sont allés au bout d'eux-mêmes, ont rencontré leur limite, qui font le distinguo entre condescendance et générosité. Nous en avons la preuve quand elle remercie Véronique Doyen, responsable des Caraïbes et de l’Amérique latine pour la Wallonie-Bruxelles Internationale, de cette opportunité de venir en Belgique. C'est d'ailleurs son troisième voyage de toute sa carrière, et elle avait joué la veille du 27 septembre devant un public de plus de 400 personnes en salle fermée. Elle transpire de sensibilité en évoquant ce moment «de bonheur».

Nous reprenons la conversation autour de ses projets. C'est là qu'elle évoque le spectacle lecture-chant « E and E » qu'elle tient depuis quelque temps en tandem avec Edwige Danticat dans plusieurs librairies et restaurants à New York. Tout en l'écoutant, nous en profitons pour recommencer à l'observer. Aucun mouvement brusque. Il émane d’Émeline une telle douceur qu'elle donne l’impression de flotter lorsqu'elle se déplace. Elle se prête volontiers aux prises de photo avec les collègues journalistes qui viennent d'arriver. Toujours avec le sourire poli sans affectation. Mais elle a su aussi dire non merci quand elle a été trop fatiguée. Une manière bien à elle de faire voir à l'autre qu'il faut aussi penser à l'autre même dans son moment de plaisir. Comme quoi, tout en se donnant avec beaucoup de générosité et d'amour, la femme qui fête ses 50 ans cette année sait aussi se préserver. On voit là l'équilibre ange gardien de l'artiste.

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