Que faut-il attendre de la lutte contre la corruption version Jovenel Moïse ?

Publié le 2017-09-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le président Jovenel Moïse identifie la corruption comme le principal problème du pays. Dire que la corruption est le principal problème du pays n’est pas une découverte. C’est même un lieu commun. Ce qui est peut-être nouveau, c’est l’engagement du président Moïse de combattre ce mal récurrent sur tous les fronts. A la tribune des Nations unies, le chef de l’Etat haïtien a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Faut-il prendre le président au mot ? Comment va-t-on mesurer s’il tient promesse ?

Si le successeur de Michel Martelly s’engage, à la face du monde, à mener une lutte sans merci contre la corruption, c'est dire qu’il a les moyens de sa politique. Si Jovenel Moïse entend respecter cette nouvelle promesse, on veut croire, pour une fois, que la justice haïtienne aura le traitement digne d’un pouvoir constitué de l’Etat comme c’est le cas pour l’exécutif et le législatif. Peut-on combattre la corruption avec un pouvoir judiciaire en lambeaux ? Cela est possible seulement si notre président va réinventer la roue. On a souvent dit qu’avec la volonté tout est possible, mais dans ce domaine précis, cela n’est pas nécessairement vrai. La lutte contre ce fléau suppose aussi des ressources humaines et matérielles. Le président Jovenel Moïse le sait sans nul doute mieux que quiconque.

Dans le discours d’investiture du chef de l’Etat, il avait fait des promesses, notamment de primer la compétence dans le choix de ses collaborateurs. Cette première bataille a-t-elle été gagnée ? Si non, la lutte contre la corruption va-t-elle connaître le même sort ? Trop tôt pour le dire, mais il n’est pas de trop de rappeler au président Jovenel Moïse que lutter contre la corruption exige plus que des discours. Il faut un premier pas pour convaincre les sceptiques qu’il ne s’agit pas d’une promesse en plus.

Il y a des dossiers pendants de corruption qui attendent d’être élucidés. Où en est-on avec le scandale de kits scolaires ? Parallèlement, le président du Sénat Youri Latortue, dans une longue interview accordée au journal cette semaine, donne des cas classiques de corruption. Il cite des noms. Il explique des faits et met le président Jovenel Moïse sur des pistes. Que manque-t-il au président pour enlever le sommeil aux professionnels de la corruption ?

Critiqué d’avoir placé des collaborateurs qui ne sont pas à la hauteur dans des postes clés, de révoquer l’ancien directeur de l’UCREF, Sonel Jean-François, en dehors des normes, de nommer plusieurs personnes à un seul poste, de reconduire d’anciens fonctionnaires de l’ancienne administration soupçonnés de corruption ou ayant des démêlés avec la justice, le président Jovenel Moïse a beaucoup à faire pour convaincre ses détracteurs de sa réelle volonté de lutter contre la corruption qui s’érige en système chez nous.

Après quelque sept mois au pouvoir, Jovenel Moïse a eu le temps de remodeler toutes les sphères du pouvoir. En plus de la majorité au Parlement, il a le contrôle de toutes les institutions chargées de lutter contre la corruption, notamment l’UCREF et l’ULCC. Qu’attend donc le président pour passer de la parole aux actes ?

La première action inaugurant la longue lutte acharnée de Jovenel Moïse contre la corruption est attendue, mais on attend surtout qu’il réussisse là où d’autres avant lui ont échoué. Le pays sera reconnaissant envers le successeur de Michel Martelly s’il arrive à mener une lutte non sélective et non politisée contre la corruption comme c’est souvent le cas chez nous.

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