Stand up

L’humour de Christolin n’est pas drôle

Publié le 2017-10-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Christolin nous laisse carrément sur notre faim. L’humoriste avait promis de nous faire rire dans « Tais-toi papa, maman est là ». Avant d’aller en France pour se spécialiser dans l’humour, l’artiste a présenté un spectacle, le samedi 23 septembre, sur la scène de Le Vilatte, à Pétion-Ville.

Il avait tout de son côté pour un bon One man show épaulé par Solèy pa nou. Un texte bien ficelé et un public sage venu le supporter. Dès les premiers moments, il donne le ton. Il crée un climat qui laisse présager une bonne détente. Le courant passe. Il se familiarise avec son public, choisit au hasard des membres de l’assistance installés aux premières rangées pour échanger. On dirait Cynthia Jean-Louis dans un stand up tant il transmet avec doigté sa chaleur communicative.

Comme dans les stand up de Cynthia, des scènes de danse ajoutent une couleur de variété à l’ambiance. Le temps de souffler un peu, l’humoriste s’essouffle et perd son latin.

En bon acteur de théâtre, Christolin reste en scène pour poursuivre la comédie. Par moments, on sent qu’il perd le fil de ce qu’il raconte et peine à retrouver un brin de fantaisie, un zeste d’insolite pour déclencher la folie du rire à gorge déployée qui installe tout professionnel de ce genre majeur comme maître de cette mécanique. Notons qu’il y a de ces maîtres que les membres d’un public supplient d’arrêter cet instant de joie insoutenable pour un être de chair, de sang et d’os. Parfois, le rire qu’ils provoquent est si tordant qu’il fend l’âme. Ainsi, on meurt de rire. Figure hyperbolique qui traduit combien l’humour peut aussi être dévastateur.

Ce qui fait rire ne tient pas seulement à l’histoire que l’on raconte, à la petite phrase que l’on glisse ici où là. L’humour participe d’un tout autre registre qui affecte l’esprit. Raconter, c’est affecter, produire une atmosphère autour de soi. Quand il se met dans la peau d’un vidangeur (« bayakou ») pour expliquer ses déboires de jeune chômeur prêt à tout pour travailler. Il aurait pu faire mouche avec tant de matière insolite qui mobilise la matière grise. Là encore, Christolin manquait de punch, un grain sale dans sa voix pour remuer les fesses trop bien vissées sur leur fauteuil. Et les histoires de baise, ça fait toujours marrer. Sur ce point, il n’a recueilli que de pâles éclats de rire.

Humour et surréalisme

Là où Christolin surprend, c’est dans une scène surréaliste qui évoque son père fouettard, le bourreau de son enfance. Équipé d’un fouet, le père le maltraite avec un art digne d’un shaolin de la tradition kung fu. On était comme entré dans la légende d’un monastère où le fouet, les esquives, les courses-poursuites, les cris, la musique nous plongent dans l’art martial d’une Chine millénaire sortie tout droit d’un rêve.

L’artiste étonne aussi lorsque l’humeur railleuse de son esprit tourne en ridicule les acteurs politiques haïtiens. Il s’est bien payé la tête de Don Kato. Pour nous mettre au parfum, il affirme que ce sénateur votera désormais en fonction des likes qu’il reçoit. L’impasse avec le budget de la République a fonctionné. On aurait pu dire par moments : « Christolin ap byen pase wi la a. »

Christolin est un comédien. Il a déjà fait ses preuves sur la scène. Dans la peau d’un humoriste, il doit se lever tôt pour divertir le public. Vendredi, à Cool Corner à la 1re rue Rivière, du côté de Bourdon, il rejoue le même spectacle bâti sur un bon texte de Junior Moussignac et lui. « Premye so pa so ». Quand on tombe, on se relève. Si tu ne le fais pas, Rodlin Chritolin, c’est papa qui te dira : « Tais-toi mon fils, maman est là. » Bonne chance pour la deuxième fois.

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