La débandade d’Haïti

Publié le 2017-09-22 | Le Nouvelliste

Editorial -

De retour de son voyage à l’ONU vendredi, le président Jovenel Moïse a été accueilli par une foule organisée par le gouvernement et ses alliés politiques. Après l’avoir saluée, pris un bain de foule au milieu de ses admirateurs du jour, le chef de l’Etat a eu l’idée de rentrer chez lui à pied, marchant à la tête de ses troupes.

Le terme troupe n’est pas inapproprié car des cohortes de membres d’une organisation qui se présente comme « Forces armées d’Haïti » composaient la foule. Le ministère de la Défense les dénoncera en fin de journée, mais les « soldats » sont sur toutes les photos du jour.

Arrivé au niveau du croisement entre Nazon et Delmas, des volées de pierres ont précipité la fin abrupte du défilé. Le joyeux triomphe s’est transformé en confuse débandade, comme on peut le voir dans un reportage de la chaîne 66.

Cet épisode malheureux, la Présidence a condamné « cette nouvelle atteinte à la paix et à la propriété » dans une note de presse, n’est que l’énième escarmouche depuis le 11 septembre 2017, jour du lancement des manifestations contre le prochain budget.

En quelques jours, la période de grâce du président installé le 7 février a pris fin. La rentrée politique est chaude. Peu d’observateurs imaginent le retour au calme et à la sérénité parfaite dans un horizon prévisible, tant de tous les côtés on alimente le feu des désaccords.

Aucun effort n’est fait pour l’heure en vue d'apaiser les tensions. Les politiques jouent à qui cédera le premier, comme cela est la coutume ici.

La bataille politique qui se dessine ressemble à des épisodes déjà vécus en Haïti ces dernières années. Certains présidents ont su les gérer, d’autres ont laissé faire, donnant du temps au temps pour passer les moments chauds, enfin certains exécutifs ont multiplié les maladresses et gonflé les impatiences. Chacun son style.

Depuis 1986, la rue pèse sur la politique plus que les institutions.

Ces derniers mois, on assiste aussi à une âpre lutte pour le contrôle des espaces économiques. Après un bras de fer avec les importateurs historiques de produits pétroliers, la présidence bataille contre les fournisseurs d’énergie électrique et les compagnies de travaux publics.

De nouveaux fournisseurs se cherchent une place pour capter les commandes publiques ou pour faire main basse sur les rentes juteuses du marché haïtien. Des milliards de gourdes sont en jeu.

Chaque administration, cela nous est devenu une routine, cherche en permanence des niches pour ses alliés. L’actuel exécutif ne se dérobe pas à la tradition. Chaque président veut tout contrôler, tout décider, tout maîtriser. L’homme de la banane est en cela un vrai président haïtien.

Mais voilà, encore une fois, c’est la débandade d’Haïti qui nous pend au nez. Le climat social, la lisibilité économique, les choix politiques, tout inquiète et cela n’est pas de bon augure.

Il n’y a pas d’effort sérieux pour rassurer ceux que l’on veut taxer comme ceux que l’on veut déposséder des mamelles de notre terre. La pédagogie du changement fait défaut. Et ça coince de partout.

Quand en fin de journée, vendredi, au Centre de convention de la Banque de la République d’Haïti, le président Jovenel Moïse a prononcé son discours dans le cadre de la clôture du Forum sur l’investissement et la compétitivité, plus d’un ne pouvait que se désoler des occasions perdues en quelques jours.

Qui, en écoutant le président, n’a pas pensé aux conséquences de ce septembre blanc ? Blanc comme une page restée vide de propositions et d’actions concrètes pour mettre avant tout et avec la manière (l’un sans l’autre ne sert à rien) les intérêts d’Haïti au-dessus des convoitises des uns et des ego des autres qui précipitent la débandade d'Haïti.

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