Après l'ONU, avec quel état d'esprit Jovenel Moïse retrouvera-t-il le chaudron Haïti?

Publié le 2017-09-21 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le président haïtien Jovenel Moïse a pris la parole jeudi matin devant la 72e Assemblée générale des Nations unies pour son premier discours devant ses pairs.

Depuis 1986 et le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier, qui n’avait jamais pris part à la grande messe de l’ONU, tous les présidents haïtiens, élus ou provisoires, se prêtent à l’exercice du grand discours à la tribune des Nations unies.

Souvent, le contenu de leur allocution importe peu, l’idée est de montrer aux Haïtiens d’abord qu’ils sont acceptés par la communauté internationale et sont l’égal des présidents américain, français, canadien et des autres leaders du monde entier qui fréquentent l’Assemblée générale.

Une grande partie du discours et sa signification sont pour la consommation locale. Jovenel Moïse n’a pas dérogé à la tradition. Nos querelles domestiques ont côtoyé les grands projets du président. Sa vision a eu un compagnonnage avec la crise en Syrie, le réchauffement climatique et autres thématiques mondiales comme les soubresauts au Venezuela. A l’Onu, le président Jovenel Moïse a fait état de la Caravane du changement, son projet emblématique, et a défini les points clés du programme de l’armée qu’il compte mettre sur pied.

Sans hésiter, le président a touché du doigt les sujets qui fâchent avec l’ONU comme le choléra et la cogestion de la crise née de l’introduction de cette épidémie en Haïti via des soldats des Nations unies déployés dans le pays. La question des abus sexuels perpétrés par les troupes onusiennes a trouvé une place dans son allocution.

Alors que beaucoup tiraient des plans sur les milliards de la Chine, le président Jovenel Moïse a suivi à la trace le sillage laissé par d’autres présidents haïtiens avant lui. Haïti supporte la reconnaissance de Taïwan et son intégration comme pays membre de la famille onusienne.

Le but du déplacement du président haïtien aux Etats-Unis n’était pas le seul discours à l’ONU. Le chef de l’État a profité de son passage à New York pour rencontrer la directrice générale du FMI et le président de la Banque interaméricaine de développement.

Les échos parvenus à la presse n’annoncent pas de nouveaux investissements de ces institutions en Haïti ni des dons, mais se regarder entre quatre yeux permet souvent de soigner des relations.

La photo qui a le plus fait jaser est celle du couple présidentiel avec le couple Trump. En hôtes attentionnés de la réception offerte en l'honneur des leaders du monde de passage dans son pays, Donald et Melania Trump ont très protocolairement pris la pause avec tous leurs invités comme cela se fait chaque année à la même époque quel que soit le président américain qui reçoit.

Pendant son déplacement, avec la presse, avec la communauté haïtienne de New York et à la tribune de l’ONU, le président de la République a très peu parlé des manifestations, de la contestation du budget et des Deyò Deyò Nèt scandés cette semaine en plusieurs points du pays. En revenant au pays ce vendredi, le président devra y faire face et trouver au plus vite les options pour apaiser les tensions et les voies et moyens pour mettre en œuvre sa grandiose vision de l’avenir.

L'état d'esprit du président à son retour déterminera ses premières decisions et la suite des évènements. Comme à la tribune des Nations unies, Jovenel Moïse sera seul, face au monde, face à son pays pour affronter sa première crise de chef d'Etat. Cela fonde un destin.

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