Quo vadis

Publié le 2017-09-25 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Ce titre combien évocateur nous renvoie, nous tous Haïtiens, à revisiter notre histoire, ou mieux, notre existence comme peuple qui vit dans un pays offrant à tout instant un aspect désolant où il ne fait pas bon de vivre. Aujourd’hui, après plus de deux siècles d’indépendance, il nous paraît impossible de sortir des sentiers battus pour franchir la grande avenue qui conduit à la démocratie.

Plus de 200 ans après notre indépendance, nous nous trouvons en présence de graves questions qui méritent notre plus sérieuse attention. Plus urgente est celle qui consiste à nous demander si nous ne sommes pas les premiers responsables de nos malheurs qui découlent du fait que nous ne pouvons pas nous départir de cette tendance à poser des actes que réprouvent la raison et la justice. En d’autres termes, nous posons des actes contraires à notre bien-être et à la civilisation de notre pays. Après chaque événement comme celui qu’a connu le pays le 12 septembre écoulé, la lutte pour la démocratie est devenue aussi ardente, aussi sanglante. Sans prendre le temps de panser nos blessures, nous nous engageons dans de nouveaux combats à l’effet de resserrer le nœud des difficultés plutôt que le défaire.

Notre société est arrivée à être profondément ébranlée après la perte de toutes les principales places qu’elle occupait jadis. Au contraire, elle tient bon en s’engageant sur cette voie boueuse et limoneuse susceptible de la conduire dans les profondeurs des abysses, où pullulent toutes les idéologies pernicieuses et protéiformes qui engendrent la haine, à l’instar de celle qui s’était manifestée le 12 septembre écoulé en toute éloquence. Lorsqu’on fait le bilan de toutes les énergies gaspillées à travers les luttes sanglantes, on ne retrouve qu’un maigre résultat. Il ne manquait pas grand-chose pour que la situation qui prévalait à la capitale ce 12 septembre ressemble totalement à celle qui engendrait au pays le débarquement des troupes américaines en 1915, cent onze ans après notre indépendance.

La guerre civile était à nos portes. Le pays, pour une question de vote du budget 2017-1018, s’enfonçait dans le chaos et l’anarchie. Au moment de ces instants d’égarements et de déviances, les bottes de l’étranger se préparaient à fouler à nouveau le territoire national, en plus des hélicoptères et d’un bateau de guerre présents dans la rade de Port-au-prince. Les manifestants s’attaquaient à tout ce qui se trouvait sur leur passage. Ils incendiaient des voitures et des maisons de commerce. Des observateurs ont pu constater que les voitures incendiées recevaient auparavant une douche de spray avec la mention « À feu ». Tout était manipulé, dirigé ou planifié par des vandales qui ignoraient tout du fonctionnement d’un budget.

Les réseaux sociaux de téléphonie mobile intoxiquaient les ondes et semaient la confusion. Rares sont ceux-là qui pensaient à 1915. Parmi les manifestants engagés uniquement pour détruire les biens privés, on pouvait entendre en auditeurs sublimes et incapables de réagir, les ultimatums et les slogans populistes tels que : Jovenel rache manyòk ou bay tè a blanch, fòk li ale, koupe tèt boule kay, etc. D’autres scandaient le mot « Révolution ». Notre vie de peuple est faite de fausses résolutions, de haine et de turpitudes mal gérées.

Nous n’avons pas la prétention de faire la leçon à qui que ce soit, seulement nous affirmons que ce mot RÉVOLUTION est trop galvaudé et évoqué dans toutes les sauces. Nous devons rappeler à qui veut l’entendre que les révolutions ne s’inventent pas. Elles s’imposent dans un pays où les institutions tombent en désuétude, en état de vétusté, méritent d’être remaniées ou changées pour les remplacer par de nouvelles qui charrient avec elles un nouveau paradigme. Il nous faut essayer de vivre autrement en empêchant que s’écroule cet édifice républicain que nous ont légué nos ancêtres.

Les catastrophes sociales, que les trublions de tout poil nous imposent et auxquelles nous sommes habitués, ont conduit le pays là où il se trouve. Les promoteurs de ces funestes événements ont le courage de défendre les auteurs intellectuels, de faux leaders qui ne respirent que par la violence en évoquant la violence légitime, violence, selon eux engendré par le budget incriminé. Il est temps de nous départir de ces dérives et abandonner cette période trop longue de négation et de démolition qui ne fait que tordre les intelligences les plus vives et prometteuses de cette jeunesse entraînée vers le populisme anarchique véhiculé par des leaders sans lecture ni écriture, en mal de vedettariat politique.

QUO VADIS HAITI

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