Lol Fest : les organisateurs satisfaits donnent rendez-vous à l’année prochaine

La première édition du Festival international du rire en Haïti, Lol fest, qui avait débuté le 4 septembre dernier, s’est clôturée le jeudi 14 septembre 2017 par un spectacle en hommage à Théodore Beaubrun, tenu par la troupe Languichatte réunie spécialement pour l’occasion. Que faut-il retenir de ces deux semaines d’activités qui se sont déroulées autour de l’humour ?

Publié le 2017-09-18 | Le Nouvelliste

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En raison de l’ouragan Irma, il a fallu s’adapter !

Pour cette première édition du Festival international du rire en Haïti, les organisateurs prévoyaient deux éditions. Une à Port-au-Prince et l’autre au Royal Decameron. Mais au final, seule celle à Port-au-Prince a pu réellement se tenir. Prise de cours par Irma, l’ouragan dévastateur qui a causé beaucoup de dégâts dans plusieurs pays de la Caraïbe et en Floride, l’équipe de Lol fest a dû tout réorganiser pour s’adapter à la situation. Au matin du vendredi 8 septembre 2017, après le passage d’Irma, l’espace du Royal Decameron était dans l’impossibilité de recevoir les shows prévus. De ce fait, les spectacles ont été reportés au mois de novembre. De même que les autres shows prévus à l’Institut français en Haïti (IFH), chez les sœurs Salésiennes de Carrefour, sur la place Boyer. Seuls les spectacles payants, tels le one-man show de Rachid Badouri le vendredi 8 septembre, les deux shows du samedi 9 septembre, à savoir celui des Sœurs Garihanna et Cynthia Jean Louis au Marriott et celui tenu par Rachid Badouri, Atyspanch, Shishie, Donel Jack’sman, Bun Hay Mean, Afistòl au Karibe, ainsi que les shows gratuits dans les restaurants ont pu effectivement avoir lieu.

Et bien entendu, il y a eu des absents

Plusieurs artistes étrangers attendus dans le cadre du festival n’ont pas pu être présents. Soit en raison de l’annulation de leurs vols, soit en raison du report des activités. On parle alors de Mehdi Bousaidan, Mike Ward du Canada, Cocoa Brown, des États-Unis, Mark Viera de Porto Rico, Paul Taylor de la France, Sejoe, Sucess Junior. On n’a pas pu assister non plus aux shows des artistes du terroir tels que Jesifra, Piti, Manmi Pwela, tous renvoyés au mois de novembre. Dommage.

La formation était aussi au rendez-vous

La formation était un volet dont on a tenu compte dans le cadre de l’organisation de Lol fest. De ce fait, pendant trois jours, se sont tenus des ateliers de formation à l’Institut français en Haïti avec des intervenants tels que Bousiko, Steve Rasier, Jean Jasmuel André, et Juno 7.

Le marathon du lundi 11 septembre : pas évident !

Le lundi 11 septembre, quatre spectacles humoristiques se déroulaient, avec 45 minutes d’intervalle, dans quatre restaurants différents à Pétion-Ville. L’admission était gratuite, moyennant réservation auprès de ces restaurants. Bun Hay Mean, le Chinois marrant ouvrait les festivités au NH El Rancho dès 6 heures p.m. Les sœurs Jean-Louis prenaient la relève au Quartier Latin à partir de 6h45. On pouvait retrouver Donel Jack’sman au Café 36 à 7 h30 et terminer la soirée en beauté avec Gaëlle à Jojo restaurant. L’idée, entre autres, était que les intéressés pouvaient assister aux quatre spectacles l’un après l’autre, si l’envie leur prenait. Si le concept paraissait bien attrayant pour plus d’un, le marathon dans la réalité était loin d’être évident. Car, le retard observé dans l’un se répercutait sur l’autre, et l’on se rendait vite à l’évidence qu’il fallait faire un choix. À l’avenir, il faudra vraiment tenir compte de cet aspect dans la planification.

Lol Fest : Il y a aussi eu du scandale !

Le one-man show de Rachid Badouri a eu lieu le vendredi 8 septembre 2017. Dans une de ses blagues, il a comparé Irma à un sénateur de la République, en l’occurrence Don Kato. « Il devait avoir des noms d’ouragan qui font peur. Irma ça ne me fait pas peur du tout. Irma, Katia, Jose. Jose ça fait un peu « masisi ». C’est l’ouragan Jose, je vais vous attaquer !!! Il faut donner aux ouragans des noms du pays, en rapport avec le pays. Tu arrives en Afghanistan, tu l’appelles l’ouragan Oussama Ben Laden, t’arrives au Mexique, tu l’appelles l’ouragan El Chapo, et t’arrives en Haïti, tu l’appelles l’ouragan Don Kato. Comme l’ouragan, il fait peur au gouvernement. Comme l’ouragan tout le monde parle de lui. Et, comme l’ouragan, il déchire tout sur son passage. Même le rapport du budget national. Bare vòlè, bare vòlè, visye, nou p ap panse peyi ». Voilà pour l’essentiel la blague.

Une note d’humour à laquelle la salle a ri de bon cœur. Pourtant, dès le lendemain, les choses se sont dégénérées. Sur la toile, les esprits se sont surchauffés. Et les commentaires de tous genres ont foisonné. Car plus d'un sentaient le besoin de placer un mot. Beaucoup n’y voyaient que de l’humour. D’autres criaient au scandale. Devant l’ampleur que cela prenait, Rachid Badouri, en personne, a tweeté des mots d’excuse dès le dimanche 10 septembre. « Loin de moi vouloir vous offusquer, franchement désolé ! », écrivait-il.

Les sœurs Garihanna et Cynthia Jean-Louis, elles, ont fait sortir une note où elles ont expliqué ce qui suit: Pour la vérité et pour l'histoire: c'est nous les sœurs Jean-Louis, Cynthia et moi, qui avons travaillé les gags d’actualité sur Haïti avec Rachid Badouri pour les 12 premières minutes de son spectacle. Nous n'avions aucune mauvaise intention, ni la volonté d'orienter dans un sens ou dans un autre le discours du comédien en Haïti. C'était juste de l'humour. Nous assumons donc complètement les propos tenus par l'humoriste Rachid Badouri ».

La chose a pris des proportions démesurées et bien entendu, a dépassé nos frontières. Et le vendredi 15 septembre, près d’une semaine après le spectacle, Rachid Badouri a encore fait sortir une note pour apporter des précisions : « Je tiens absolument à dire que toute cette histoire a été prise hors contexte ! Dans la blague en question, j’imitais un ouragan efféminé en disant qu’il était un peu « masisi » (mot créole). À part quelques expressions, je ne parle pas le créole, mais jamais je n'aurais cru ou pensé que la définition de ce mot était un terme très péjoratif envers les homosexuels ! Des mots que je n’oserai pas répéter! Je ne réponds généralement pas à des vagues médiatiques négatives, mais là, je n’avais pas le choix ; m’accuser de faire une blague homophobe, voudrait insinuer que je le suis… Plus de douze ans dans ce métier, et plus de douze ans à prôner la diversité sur scène. Je ne suis pas HOMOPHOBE. Franchement désolé à toute personne qui a pu être offensée par ce fâcheux malentendu. »

Sacrée polémique. On ne peut décidément pas rire de tout et de tout le monde ! Susceptibilité quand tu nous tiens !

De son côté, Hugline Jérôme croit qu’il n’y avait pas lieu de faire tout un drame. Mais elle reste positive. « C’est malheureux ! C’est malheureux de s’attaquer ainsi à Rachid Badouri. C’est quelqu’un qui aime de tout cœur Haïti. Et il le dit partout où il passe. Mais je crois qu’il y a toujours une lumière après l’obscurité. L’amour triomphe toujours de la haine et je suis sûre que quelque chose de positif peut sortir de ce fâcheux incident. Cela ne va pas nous décourager à l‘avenir ».

Les réactions ont été positives et les organisateurs satisfaits

« Je suis très satisfaite de cette première édition », a déclaré Hugline Jérôme. « Je nous donnerais une note de 7 sur 10. 7 parce qu’il y a encore de la place pour de l’amélioration, mais aussi parce que nous n’avons réalisé qu’un tiers des activités prévues. L’édition de Decameron et les spectacles sur les places publiques ont été reportés. Mais cette première expérience a été très enrichissante. Je suis très fière de l’équipe qui a beaucoup grandi », a-t-elle par ailleurs ajouté. Il faut dire que dans l’ensemble, les réactions du public ont été très satisfaisantes. Les gens ont fait le déplacement pour apprécier les moments d’humour avec les différents comédiens. « Honnêtement, je ne m’attendais pas à un tel engouement de la part du public. Les feedbacks que j’ai reçus ont dépassé mes espérances. Et cette expérience m’a appris qu’il y a une soif de vivre, une soif de rire en Haïti. C’est un marché ouvert et d’autres aussi peuvent se lancer. Les gens sont prêts à sortir, à faire le déplacement. L’essentiel est de leur offrir quelque chose d’intéressant. Car même en pleine semaine, les spectacles étaient complets »

Alors peut-on parler de profit ou de perte ? « Pour le moment, on ne peut pas encore parler de profit. D’ailleurs, on a encore des engagements pour les spectacles qui ont été reportés au mois de novembre. Mais j’ai la chance d’avoir des partenaires qui, en investissant, comprenaient que la première année était un test. Car, pour cette édition, l’objectif premier n’était pas de faire des profits. »

Déjà à l’année prochaine

Organisée par Hugline de Dream Promo avec Steve Rasier comme PDG de Lol fest et Christian Fombrun, secrétaire général, cette première édition s’est déroulée de manière satisfaisante. Déjà, les organisateurs mettent le cap sur celle de 2018. D’ailleurs, dès la soirée de clôture, ils ont annoncé que la prochaine édition du festival se tiendra du 25 juin au 9 juillet prochain. Le nom de l’invité d’honneur sera annoncé en décembre. Mais on sait déjà que Papa Pyè sera le personnage à qui on rendra hommage. L’équipe est à pied d’œuvre pour ce prochain festival qui devrait cette fois prendre place non seulement à Port-au-Prince, à Pétion-Ville, à Carrefour, au centre-ville, mais aussi à Jacmel et au Cap-Haïtien sans oublier le Royal Decameron.

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