Institut français en Haïti /Anthropologue Valentine Losseau

Les croyances des autres

Publié le 2017-10-09 | Le Nouvelliste

Culture -

« Comment se forme une croyance ? Cette réalité se forme collectivement, c’est un consensus. Les gens se mettent d’accord implicitement ou explicitement sur ce qui fait réalité à un moment ou à un autre, quand ils sont confrontés à un évènement auquel ils ne sont pas habitués », a déclaré le professeur au Collège de France Valentine Losseau samedi dernier.

Anthropologue, elle a bourlingué de par le monde. Elle a beaucoup vu et entendu. En étudiant les rites et les croyances des peuples dans leurs diversités culturelles, elle est tombée sur des histoires ahurissantes.

Au cours de cette soirée autour du thème «Magie, poésie et croyances», le public écoutait comme des enfants sages qui seraient assis autour d’une conteuse. Valentine Losseau raconte une anedote sur une rencontre insolite avec les membres d’une tribu perdue dans une forêt en Amérique.

« Comment as-tu passé la nuit ?», demande-t-elle à un jeune homme. Il lui répond : « Cette nuit, je me suis transformé en cochon sauvage et je suis allé chercher des glands dans la forêt. » Elle n’en croit pas ses oreilles. Le jeune homme le surprend : « Une nuit, je me suis transformé en jaguar et je suis allé chasser des pécaris dans la forêt. »

L’explication de l’autochtone met l’anthropologue dans une posture difficile. Elle aimerait bien y croire. En tant que chercheuse, elle doit essayer de comprendre la représentation de la réalité de l’autre évoluant dans une culture différente de la sienne.

« J’étais une fois dans une maison où j’ai parlé à un jeune homme, il m’a dit : Je me suis transformé en poisson, j’étais dans la rivière, et j’ai vu mon père sous la forme d’un cochon sauvage. » Interpellée par la curiosité, notre anthropologue rend visite au père du jeune homme qui vit dans un hameau à six heures du village qu’elle a visité dans la journée.

Écoutez la parole du vieux: « J’ai vu mon fils à la rivière. Il était en poisson et moi en cochon sauvage. Je ne suis pas inquiet pour sa santé. » Troublant.

La leçon de l’histoire : Il est impossible de se mettre à la place d’autrui quand on est en dehors de sa propre représentation du monde.

« La représentation animale est très présente dans les sociétés chamaniques, les sociétés américaines et celles de l’Asie du Nord », souligne-t-elle. Dans sa quête de chercheuse occidentale aiguisée par le brûlant désir de rendre le monde intelligible, elle va poser sa tente dans les grandes forêts américaines et canadiennes. Elle recueille d’autres histoires qui agrandissent nos yeux d’étonnement.

La légende raconte que, dans la société indienne des Grands Lacs, au Canada et aux États-Unis, les ours se transforment en homme et vice versa. Les ours sont très curieux. Tous les soirs, ceux qui sont métamorphosés viennent se mettre auprès des hommes assis en cercle autour du feu pour conter les histoires des ours. « Délicate situation pour une anthropologue par rapport aux questions de la croyance », s’exclame-t-elle devant un public ahuri.

L’homme, cet inconnu, est un continent à explorer. Les cultures des peuples n’en finissent pas d’interpeller l’anthropologie face à un monde qui se réclame un grand village planétaire. Paradoxes de la modernité qui donnent matière à réflexion à l’anthropologie.

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