La chargée d'affaires américaine en Haïti, Robin Diallo, rencontre Le Nouvelliste

Quelques jours après son arrivée en Haïti, la chargée d’affaires américaine en Haïti, Madame Robin Diallo, a accordé mercredi dernier une interview exclusive au quotidien Le Nouvelliste. Plusieurs points ont été abordés sur les relations entre Haïti et les États-Unis d’Amérique. On peut citer la corruption, la migration, l’aide au développement ... Cela fait 23 ans que Robin Diallo exerce comme diplomate. Avant de venir en Haïti, elle était à Bagdad, pendant un an. Elle a travaillé au Surinam, au Sénégal, au Malawi, en Inde, en Afrique, en Irak. C’est sa première mission en Haïti.

Publié le 2017-09-11 | Le Nouvelliste

National -

Le Nouvelliste : On avait un premier chargé d’affaires, on en a maintenant un deuxième et pas encore d'ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en Haïti. Pourquoi ?

Robin Diallo : Nous avons une nomination pour un nouvel ambassadeur. Le processus est en cours. Quand il y a un nouveau président, une nouvelle administration, cela prend du temps pour nommer un ambassadeur. Notre nouvel ambassadeur, je crois, a été nommé en juillet. Maintenant, on attend la confirmation par le Sénat américain. La bonne nouvelle, c’est qu’elle est très expérimentée et très respectée. Elle a déjà été ambassadeur trois fois. Je pense qu’Haïti a vraiment de la chance d'avoir quelqu'un d'aussi professionnel.

L.N. : La coopération entre Haïti et les États-Unis est une ancienne coopération. Cela fonctionne très bien. Vous êtes arrivés depuis deux semaines, avez-vous fait un bilan de ce qui marche ou pas ?

R.D. : Je pense avoir trouvé une amitié très spéciale. Je suis très fière des liens entretenus entre nos deux pays, je vois que c’est exactement la même chose pour les Haïtiens. J’ai rencontré le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et aussi le président de la République. Nous sommes des amis qui ont un bon partenariat et cela va continuer. Je suis ici pour promouvoir notre partenariat qui existe depuis longtemps.

L.N. : Les États-Unis ont annoncé la fin du programme DACA, il y a sûrement des Haïtiens qui sont concernés. Mais il y a aussi le programme TPS qui est une préoccupation pour plus de 50 000 Haïtiens. Comment évoluent ces dossiers actuellement avec cette nouvelle administration ?

R.D. : Nous avons tous lu dans les journaux que notre nouvelle administration a publié un avis spécial sur l’immigration et DACA. Cela fait des années que le Sénat essaie de résoudre cette question. Pour le TPS, c’était temporaire et cela fait sept ans déjà. Tout n’est pas encore dit. On avait demandé un prolongement de six mois et maintenant on va voir. Je ne peux deviner. Mais je sais que dans notre Congrès Haïti a beaucoup d’amis et beaucoup de supports aussi. C’est un peu difficile maintenant de prédire ce qui va se passer. Quand le TPS prendra fin, il y aura une période de grâce où les gens auront la possibilité de mettre leurs papiers en règle et de décider de ce qu’ils feront.

L.N. : Dans la coopération entre Haïti et les États-Unis, notamment dans le secteur de la santé, y a-t-il des choses qui ont aussi changé avec la nouvelle administration? Le planning familial par exemple ?

R.D. : Nous avons un programme très fort. J’ai été au Cap-Haïtien, j’ai visité l’Hôpital Justinien. C’était vraiment quelque chose à voir. C’est impressionnant. Les programmes que nous avons pour le choléra, la tuberculose et le VIH-sida. C’est vraiment quelque chose que je veux voir dans d’autres parties d’Haïti. Pour moi, ce n’est pas un programme qui a une seule cible mais beaucoup. Je pense que c’est une très bonne chose et j’en suis fière.

L.N. : Mis à part la santé, l’autre gros point de la coopération c’est l’agriculture ?

R.D. : Nous pensons que la réussite d'Haïti dépend des efforts consacrés à son économie. Pour cela, nous voulons avoir beaucoup de programmes entre Haïti et les États-Unis sur l’économie. J’ai rencontré la Chambre américaine de commerce pour promouvoir la création d’emplois, les infrastructures.

L.N. : Vous avez visité le parc Caracol. Y avez-vous constaté des avancées? Cela va-t-il dans le bon sens ?

R.D. : Wouah ! C’est ça le mot. 12 000 personnes travaillent déjà là-bas. C’est tellement propre et impressionnant. Je pense que ce qu’on y produit est très important pour l’économie d’Haïti. Déjà avec l’électricité, l’emploi, les écoles, c’est un projet global, qui a beaucoup aidé le Nord. J’aimerais bien voir comment on peut réaliser d’autres projets du même genre en Haïti.

L.N. : Il y a aussi le respect des lois, le support à la démocratie et à la lutte contre la corruption. Votre mission à vous va continuer dans le même sens ?

R.D : Le président Jovenel Moïse et moi, nous avons discuté de la corruption et je pense que c’est très important.

L.N. : Cela veut dire quoi discuter de la corruption avec le président Moïse ?

R.D. : On a discuté de ce qu’on peut faire pour diminuer la corruption en Haïti. Le gouvernement cherche à l'éliminer et il y a un peu de succès. Je ne peux pas citer de cas précis mais nous allons chercher avec le président et le gouvernement comment résoudre ce problème de corruption parce que ce n’est pas un mince problème. Il est global. C’est de haut en bas. C’est pourquoi c’est très difficile.

L. N. : Les États-Unis sont aussi impliqués dans la lutte contre la drogue. Les Etats-Unis supportent l'ULCC, l'UCREF, les organismes qui combattent la corruption. Ce support aux services de lutte contre la drogue et contre la corruption, tout cela va continuer, se poursuivre, se renforcer ?

R. D: Oui, c'est ça. Nous avons des programmes qui continuent. On continuera notre chemin, nos buts ici. Notre partenariat avec Haïti est sur le long terme.

L. N : Il y a aussi le support à la démocratie. Le processus électoral est en train d'être complété dans le cas des élections indirectes. En principe, cette année ou l’année prochaine, Haïti doit organiser des élections sénatoriales. Comment voyez-vous le processus démocratique avec le Conseil électoral permanent qu'on est en train de monter ?

R D : Je sais que c'est très important d'avoir un Conseil électoral indépendant. Nous sommes très encouragés qu'Haïti ait un président élu démocratiquement, un Parlement qui marche. Déjà, vous avez fait beaucoup de progrès, c'est encourageant pour nous et pour les Haïtiens. Tout le monde, vous et nous, nous espérons que l'exemple des élections continue. Vous avez trouvé les clés pour une bonne élection.

L. N : Le gouvernement des États-Unis n'avait pas appuyé financièrement les dernières élections. Les États-Unis observaient néanmoins comment cela se passait. Vous allez revenir au processus électoral? Allez-vous apporter votre support à ce niveau ?

R. D. : Nous avons donné de l’argent pour le premier round des dernières élections. Ce n’est qu'à la fin que les États-Unis ont décidé de ne plus donner d'assistance. En général, on travaille avec le peuple haïtien pour organiser les élections.

J'aimerais ajouter que l'aide, l'assistance qu'on donne, est accordée à la demande du gouvernement haïtien. Ce n'est pas nous qui décidons de ce que nous allons faire. Non. C'est une demande du gouvernement ou d'une autre organisation. Notre assistance est toujours demandée.

L. N. : Vous avez vu le président de la République. A-t-il formulé des demandes ? Parce que jusqu'à présent, le président Jovenel Moïse est réputé d'être quelqu'un qui ne demande pas à la communauté internationale. Vous a-t-il adressé des demandes ?

R. D. : On a discuté de la manière de lier un partenariat. Il a dit que le gouvernement américain aidait Haïti, et qu'il voulait que ça continue. Mais non, il n’a pas formulé de demande précise.

Propos recueillis par Frantz Duval et retranscrits par Ricardo Lambert

Propos recueillis par Frantz Duval et retranscrits par Ricardo Lambert Auteur

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