Le réchauffement climatique : ses menaces sont bien réelles. Ceux qui nous dirigent tiennent-ils compte des dangers ?

Publié le 2017-09-18 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Les menaces dues au réchauffement climatique sont bien réelles. Bien que dans pas mal de pays sous-développés, certains dirigeants ont tendance à malheureusement les minimiser, sous prétexte que c’est le problème des grands pays industrialisés. Ce qui est totalement faux. Et nous commençons depuis quelques années déjà à voir les conséquences. Si, malheureusement, ce sont les pays riches et industrialisés qui nous ont conduits vers cette dure réalité, les conséquences de leurs actions sont toutefois mondiales. Les dangers sont partout et les victimes sont potentiellement tout le monde.

Malheureusement, les plus faibles sont les plus vulnérables. Les diverses catastrophes naturelles qui ont frappé Haïti en sont la preuve, en fonction des difficultés que nous éprouvons à nous relever. Tandis que dans les grands pays, certes les dégâts sont économiquement plus importants, mais ils possèdent les moyens de réparer les dommages et reprendre la vie normale.

Il est important aujourd’hui que nous mesurions les enjeux de ce phénomène, parce que ces derniers temps, la nature semble être peu clémente. Elle ne fait que réagir par rapport aux actions que nous autres, les humains, avions posées.

À travers ce texte je présente quelques phénomènes qui sont dus au réchauffement climatique et dresse un panorama des dangers qu'ils représentent.

Des tempêtes de plus en plus dévastatrices.

Nous avons récemment vu dans la ville de Houston au Texas, comment Harvey a transformé les rues de la quatrième métropole des États-Unis en rivières, et des quartiers entiers en lacs. Les services météorologiques ont parlé de 40 trillions de litres d’eau. S’il n’y a pas eu de pertes considérables en vies humaines, c’est tout simplement parce qu’aux États-Unis, plus ou moins, l’État existe et est présent. Ce qui n’a pas empêché que les dommages causés soient déjà évalués à plus de 42 milliards de dollars.

Pourtant, les catastrophes naturelles ne faisaient autrefois pas autant de dégâts. Dans les années 1960, les pertes économiques engendrées par ces catastrophes à grande échelle ont représenté un total de 69 milliards de dollars, contre 536 milliards dans les années 1990, soit près de huit fois plus, alors que nous parlons de seulement trois décennies plus tard. Les catastrophes naturelles sont de plus en plus dévastatrices.

Les dégâts provoqués par Andrew dans l’État de Floride en 1992, pour seulement les bâtiments, étaient de 30 milliards de dollars. En 1998, l’ouragan Georges a infligé des dommages de 10 milliards de dollars au Salvador et au Nicaragua. Le Venezuela, vers la mi-septembre 1999, a aussi connu un ouragan qui fit 20 000 morts et des pertes économiques de plus de 15 milliards de dollars. Et en 2005, l’ouragan Katrina aux États-Unis a fait des dégâts évalués à 125 milliards de dollars, soit 54 fois le budget d’Haïti en 2015 et 14 fois le PIB d’Haïti pour la même année.

Les dernières catastrophes naturelles qu’a connues Haïti n’ont peut-être pas été de valeur économique aussi considérable, mais cela n’empêche que les conséquences soient également lourdes. Car à chaque période cyclonique, nous avons malheureusement comme l’impression que le pays s’effondre complètement, face à un État que nous n’oserions pas qualifier d’inexistant – mais qui a du mal à exercer à ses prérogatives. C’est toujours sur l’aide humanitaire que nous comptons pour venir en support aux victimes. Paradoxalement, jusqu'à présent, nous vivons encore sur les ruines du cyclone Matthew, qui a dévasté le grand Sud, et dont les dégâts causés n’étaient évalués qu’à 1,9 milliard de dollars.

L’amplification des catastrophes naturelles

Beaucoup de choses ont changé depuis quelque temps dans le fonctionnement de l’écosystème de la nature. Le rythme auquel se produisaient les catastrophes naturelles ont drastiquement évolué. Nous devons savoir que désormais, à chaque année, il y aura non seulement des catastrophes naturelles, mais elles seront de plus en plus dévastatrices. Par exemple, entre 1920 et 1970, il y a eu en gros 40 tempêtes par an. Mais depuis que les températures ont augmenté, les fréquences des orages ont fait de même, nous dit Lester Brown. Pour preuve, ce dernier avance que depuis 1985, l’hémisphère Nord a connu près de 80 tempêtes par an. Le Center for Research on the Epidemiology of Disaster (CRED) de l’Université Catholique de Louvain, pour la seule année 1990, avait inventorié 261 catastrophes naturelles contre 50 par an jusqu’au début des années 1960. Un chiffre qui a presque doublé en 2007, en passant à 414.

Tout cela nous dit que nous devons nous préparer au pire en prenant les mesures de gouvernance responsables et appropriées. Et je suis bien obligé de dire que, la responsabilité ne revient pas seulement à l’État, mais aussi aux acteurs de la société civile qui doivent éduquer les citoyens à comprendre ces changements et participer à des solutions alternatives.

Face à la montée du niveau de la mer, connaissez-vous les dangers?

Pour certains, cela peut ne rien vouloir dire, mais pour d’autres cela suscite de grandes inquiétudes, parce que la montée du niveau de la mer, comme l’étudient les spécialistes, est un phénomène qui pourrait avoir de graves conséquences sur le monde. Et il s’agit là encore de problèmes qui sont les conséquences du réchauffement climatique. Au cours du XXe siècle, le niveau de la mer s’est élevé de 10-20 centimètres, soit plus de la moitié de la hausse qu’il a connu pendant les deux mille ans précédents. Les spécialistes et chercheurs réputés en la matière nous disent que la meilleure façon de mesurer l’effet de cette hausse est la submersion des zones côtières.

Le très réputé Donald F. Boesch, avec le Centre pour les sciences environnementales de l’Université de Maryland, estime que, pour chaque millimètre d’augmentation du niveau de la mer, la ligne de côté recule en moyenne de 1,5 mètre. Il a ainsi attiré l’attention, en faisant comprendre que si par exemple la mer arrivait à monter de 1 mètre, la ligne de côté reculerait de 1 500 mètres. Si cela arrivait, un pays comme les États-Unis par exemple perdrait 36 000 kilomètres carrés de terre. Et pour un pays comme le Japon, cela signifierait que 2 340 kilomètres carrés de terre seraient totalement submergés. L’archipel Tuvalu de l’océan Pacifique est même voué à disparaître. La menace est réelle à un point tel que ses dirigeants ont passé un accord avec la Nouvelle Zélande qui porte sur la migration des travailleurs fuyant l’archipel. En même temps, des études ont aussi démontré que les îles Maldives dans l’océan Indien risquent aussi d’être englouties par les eaux. Le président Maumoon Abdul Gayoom, qui a dirigé le pays de 1978 à 2008, avait décidé d’investir fin 2008 les bénéfices du tourisme dans son pays dans un fonds mutuel destiné à assurer le pays contre le changement climatique. Un argent qui, selon lui, devait contribuer à acquérir un nouveau territoire en cas d’évacuation forcée de ses 300 000 habitants.

Pour comprendre la menace, mis à part les pays qui prennent des dispositions en fonction de certaines prévisions, il est aussi important de signaler que l’Ile de Lohachara a été abandonnée après avoir été engloutie par les eaux du golfe du Bengale.

Tout cela c’est pour montrer qu’il s’agit d’un problème réel que ceux qui dirigent doivent prendre en compte, mais aussi les élites du pays parce que, comme nation insulaire, Haïti fait partie des pays exposés et vulnérables. Est-ce que des études ont déjà été financées par l’État haïtien pour mesurer les conséquences de ce phénomène et commencer par réfléchir à des éléments de solution ? Je ne sais pas. Toutefois, les variations eustatiques (variations du niveau de la mer) dans les côtes antillaises avancent et, suivant certaines hypothèses, s’élèveraient de 1,5 mm par an.

Penser des solutions durables et endurables pour Haïti

Je me suis rendu compte que nous pouvons avoir une autre maison, une autre voiture, une autre… mais pas une autre planète. Notre demeure commune n’est autre qu’ici. La terre. Ceux-là qui pensent laisser Haïti pour fuir le problème voient déjà que cette solution n’est pas la bonne, parce que c’est le même problème partout. Et c’est la raison pour laquelle, il nous faut commencer par réfléchir à des solutions sérieuses pour Haïti par rapport aux conséquences de l’endommagement du système écologique planétaire. L’État doit non seulement de son côté agir, mais aussi supporter des initiatives citoyennes qui tentent d’apporter des solutions. Déjà, les pertes enregistrées en 2016 étaient équivalentes au budget national. Or, il est presque évident que ce sont des phénomènes qui surviendront non seulement annuellement, mais probablement aussi plus dévastateurs. Tout cela fait qu’il est important, voire fondamental, que ceux et celles qui dirigent réfléchissent mûrement aux conséquences des chemins qu’ils empruntent au pays, des choix économiques qu’ils font. Doit-on suivre le modèle de développement de l’Occident qui en est le responsable ou d’autres alternatives, d’autres voies que nous n’aurons probablement pas à regretter ?

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