Les assises nationales de la santé cinq ans après

Publié le 2017-09-06 | Le Nouvelliste

Economie -

« Notre pays accuse le chiffre le plus bas en termes de dépense per capita, soit 8 dollars us par an et par habitant comparé à la République dominicaine notre voisin qui dépense 180 dollars. Pour parvenir à changer cette dynamique, il faut que l’État accepte d’investir davantage dans ce secteur tout en étant plus rigoureux dans la gestion des montants alloués en appliquant le principe de reddition de comptes », a déclaré la ministre de la Santé publique, le Dr Marie Gréta Roy Clément, le mardi 5 septembre 2017 au Karibe au lancement des assises nationales de la santé qui a réuni les hauts dignitaires de l’État sur le thème « un état de santé amélioré de la population d’Haïti ».

Dans un contexte où l’État haïtien dispose pour le secteur de la santé seulement de 4.4% du budget de la République en 2017, la ministre estime que la coopération externe affecte ce secteur vu que la contribution des ménages dans notre pays se situe dans l’ordre de 35% des dépenses de santé. Au pire, la situation économique et sociale a tendance à infléchir les dépenses des ménages à la baisse. « La coopération externe qui supporte de manière presque exclusive la prise en charge de pathologies affectant des tranches importantes de notre population est en train de se désengager progressivement. Ce tableau plutôt sombre en matière de financement des soins de santé va nécessiter plus d’engagement de l’État mais aussi de sacrifices des prestataires et du citoyen haïtien », prévient la ministre.

Mettant le doigt dans la plaie, Dr Roy souligne que « la mise en œuvre du dernier plan directeur de santé 2012-2022 se réalise dans un environnement socioéconomique délétère mettant en péril les rares acquis en matière de couverture de soins et d’offres de services ». Elle en veut pour preuve que 125 sections communales sont dépourvues d’infrastructures médicales et la population, de son côté, n’accorde plus foi aux institutions sanitaires du pays.

Pour un signal clair

Les problèmes sont posés. Comment les aborder ? A cette interrogation, la ministre de la Santé répond : « Il nous faudra trouver les voies et les moyens pour les résoudre dans le calme et la sérénité en y associant les partenaires techniques et financiers qui aident le ministère à faire face aux nombreux défis auxquels le secteur se trouve confronté.

« L’organisation des assises nationales de la santé ne doit pas être considérée comme une activité de trop ni un forum en plus », a-t-elle dit, ajoutant plus loin que les assises régionales et nationales seront le moment opportun pour lancer un signal clair et significatif du changement de paradigme qu’il faudra effectuer au sein du monde médical et de la classe paramédicale pour un véritable renouveau du système national de santé.

Des interrogations nécessaires

Cinq ans après les assises nationales, en 2012, sous la houlette de l’ancienne ministre de la Santé, Dr Florence Duperval Guillaume, le directeur de l’unité d’étude et de programmation, le Dr Jean Patrick Alfred, met plusieurs questions sur le tapis : comment faire fonctionner les nouvelles institutions (personnel, matériels, équipements) par la prise en compte des coûts récurrents par l’État ? Comment amener les services dans les 125 sections communales où il n’y a aucune institution de santé tout en respectant la carte sanitaire? Comment arriver à une intégration effective des différents programmes verticaux?

En théorie, il est dit dans le Plan stratégique de développement d’Haïti qu’ « au cours des 25 prochaines années, dans un contexte de développement socioéconomique articulé et dynamique, le système de santé haïtien aura atteint un niveau d’évolution tel que la morbidité et la mortalité auront significativement diminué. Les Haïtiens et les Haïtiennes auront un accès équitable aux services et soins de qualité définis dans le Paquet minimum de services, ajusté au besoin, tenant compte d’éventuels changements dans le profil épidémiologique et démographique ».

En réalité, les ressources humaines sont en quantité et en qualité insuffisantes. De plus, souligne Dr Alfred, la République de Port-au-Prince absorbe le personnel déjà insuffisant pour faire fonctionner les quatre services de base au niveau des hôpitaux départementaux. Dr Alfred aligne des chiffres déconcertants : « Concentration du personnel médical dans le département de l’Ouest : 50% des 1 185 médecins généralistes, 74% des 1 073 médecins spécialistes, 72 des 121 dentistes, 57 % des 70 techniciens en imagerie et 50% des 3 732 infirmières licenciées ».

Pour le Premier ministre, le Dr Jack Guy Lafontant, il faudra poser véritablement les problèmes de santé en Haïti sans se voiler la face. Il le dit crument : « Nan benyen pa gen kache lonbrik. » Aussi a-t-il souhaité que ces assises nationales se déroulent suivant une approche participative. Dans cette perspective, selon le Premier ministre, « la population à travers ses instances de représentation est invitée à se prononcer sur des thématiques spécifiques en accord avec la santé, dans l’esprit des objectifs de développement durable auxquels Haïti a souscrit.»

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