L’éducation économique et financière : un outil de développement socioéconomique de la nation haïtienne

Publié le 2017-09-04 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Introduction

Depuis ces quinze dernières années, la situation économique du pays fait l’objet des préoccupations de tous les chefs d’Etat dans l’ultime but de faire d’Haïti un pays émergent dans les années à venir. Plusieurs programmes ont été mis sur pied pour accomplir ce rêve, mais jusqu’à présent, le pays se trouve toujours dans une impasse. Certains disent que nous marchons à reculons, et cette rétrogradation fait qu’Haïti est aujourd’hui le seul pays moins avancé (PMA) du continent américain. Ceci met le pays dans une situation inconfortable sur le plan international, surtout sur le plan économique avec le financement du budget national à plus de 60% par la communauté internationale.

La situation économique du pays n’est pas née elle-même. Elle est le produit d’un ensemble d’éléments parmi lesquels « l’EDUCATION » qui, je pense, est l’élément fondamental. Comme dit l’adage, « dis-moi quelle éducation vous avez dans votre pays, je vous dirai quel type de dirigeants et de pays vous aurez à l’avenir ». En fait, vu la multidimentionnalité du concept « EDUCATION », puisque nous sommes dans un contexte économique, focalisons-nous sur les impacts négatifs du problème éducationnel sur la réalité économique du pays.

Pendant longtemps, nos dirigeants politiques, nos décideurs ont signé des accords économiques avec le reste du monde ou la communauté internationale qui ont été défavorables aux intérêts de la population haïtienne et surtout de la production nationale du pays, ce qui en retour engendre la pauvreté de la majorité de la population et l’affaiblissement de l’Etat. Dans le cadre de ce petit texte, nous allons problématiser le concept de l’entrepreneuriat qui vise à transformer les jeunes en patron, voir les éléments du concept EDUCATION et analyser à travers la pensée de certains auteurs la situation de l’éducation en Haïti, analyser aussi avec la pensée de certains auteurs la situation économique et financière du pays, faire une plaidoirie pour l’éducation économique et financière de la population haïtienne, et enfin conclure le travail.

Problématique

Des réflexions ont été faites par des chercheurs, experts ou encore des penseurs pour pallier la situation économique des pays sous-développés, en particulier Haïti. Ces réflexions ont pour propositions la pratique de l’économie sociale et solidaire, l’entrepreneuriat, coopérative ou encore mutuel de solidarité. Toutes ces propositions demandent une certaine collaboration entre deux ou plusieurs personnes, mais aussi une certaine idée des propositions faites. Comment demander aux gens mal éduqués et qui n’ont aucune idée des propositions de type économique qui ont été faites d'entreprendre des activités entrepreneuriales et économiques?

D’abord, la première difficulté, on ne peut pas demander aux gens mal éduqués de se mettre ensemble pour prendre des initiatives économiques, tenant compte de la complexité de l’être humain, le sacrifice que cela demande de se mettre en groupe en mode « cerveau collectif ». Cela demande un haut niveau d’éducation, sinon les professionnels qui chantent ou qui font la promotion de l’entrepreneuriat en Haïti continueront à prêcher dans le désert. Ensuite, la seconde difficulté, vu l’ignorance des gens par rapport aux différentes propositions faites en ce qui concerne les initiatives économiques à prendre, cela pose problème, c’est comme encourager quelqu’un à s’initier dans une voie sans voie. Non seulement personne ne ferait une chose pareille mais quelle serait la finalité de l’action? C’est-à-dire qu'on ne peut emprunter un champ sans connaître les principes.

En fait, ces choses constituent une sorte de blocage pour les gens qui empruntent la voie de l’entrepreneuriat et de la création de richesse dans le pays. Cependant, on peut pallier le problème en faisant l’éducation économique et financière de la nation pour le bien-être de chaque citoyen et, plus globalement, du pays. Celle-ci non seulement donnera un élan économique au pays, mais tenant compte du principe de remplacement, c’est-à-dire que les jeunes d’aujourd’hui seront les dirigeants de demain, ils ne prendront aucune mesure économique contraire aux intérêts de la nation.

Le concept de l’éducation et l’éducation en Haïti

Dans la perspective durkheimienne, l'éducation est l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objet de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné.

Pierre Enocque François, auteur de l'ouvrage titré « Politiques éducatives et inégalités de chances scolaires en Haïti », conclut son travail en évoquant deux problèmes majeurs pour l’effectivité de l’éducation dans le pays: des inégalités au niveau de l’accès à l’éducation et des inégalités au niveau de l’accès à la qualité de l’enseignement. Dans un premier temps, l’auteur affirme qu’il y a plus de cinq cent mille (500 000) enfants qui n’arrivent pas à accéder à l’éducation de base en Haïti […]. L’éducation de base est plus accessible aux enfants des familles habitant en ville qu’à ceux des familles qui sont en milieu reculé. Dans un second temps, l’accès à l’établissement scolaire qui fournit l’enseignement de qualité est plus facile aux familles ayant un niveau de vie élevé, qui peuvent prendre en charge les coûts appropriés […].

Le professeur Fritz Dorvilier, dans son texte titré « La crise haïtienne du sous-développement », texte dans lequel il a fait une analyse systémique de la réalité du pays pareille à la théorie générale de l’action du sociologue américain Talcott Parsons. Pour lui, le sous-système éducatif haïtien est donc en déphasage par rapport aux autres sous-systèmes sociétaux du pays, plus particulièrement au sous-système économique. Car il n’a pas été véritablement institué afin de doter les citoyens de capacités morales, sociales et techniques modernes les habilitant à mieux appréhender, orienter, gérer et améliorer leur environnement. Autrement dit, l’Ecole, malgré les déclarations des dirigeants haïtiens, n’a pas permis à la population haïtienne, en tant que groupe de vivants perfectibles, de bien gouverner et, de surcroit, d’améliorer ses conditions matérielles et culturelles d’existence […].

La situation économique et financière du pays

L’économie haïtienne est caractérisée par trois grands secteurs, ce sont : le secteur primaire, le secteur secondaire et le secteur tertiaire. Pendant longtemps, la croissance économique du pays reposait sur le secteur primaire qui regroupait l’agriculture, la pêche, l’élevage…, cependant, pendant ces quinze dernières années, l’économie nationale a connu une certaine mutation, c’est-à-dire que le pays est passé d’une économie agricole à une économie tertiarisée avec la prédominance des services dans le circuit économique

En fait, la situation économique et financière du pays est morose pendant ces dix (10) dernières années. Ce qui veut dire qu'à travers les agrégats macroéconomiques, l’économie nationale affiche une contre-performance. Pour comprendre ce fait, en 2015, le taux de croissance a été de 2.5%. Ce qui représente un rendement négatif en glissement annuel. Et, en 2016, la réalité n’a pas été différente, le taux de croissance a été de 1.4%. De plus, l’inflation en glissement annuel, selon une note de la Banque de la République d’Haïti (BRH), a été de 13.8%. Alors que les prix augmentent, les revenus des agents économiques restent statiques, et d’un côté, plus de 60% de la population active est au chômage. Le taux de change pendant ces dix (10) dernières années n’a pas cessé d’augmenter, où il avait atteint le niveau de 69 gourdes pour 1$ US, même si ces deux derniers mois il a connu une baisse en glissement mensuel.

Sur le plan financier, la situation est catastrophique, le budget national est financé à plus de 60% par la communauté internationale, ce qui lui donne droit directement aux affaires internes de la République parce que « en économie, celui qui finance commande ». De plus, 60% du budget national est alloué au fonctionnement, et une partie du reste à l’investissement ainsi qu'à de l’intérêt de la dette. L’investissement privé au sens de Keynes n’a presque aucun effet multiplicateur, parce que ces investissements n’ont pas été faits dans des secteurs porteurs. Ceux-ci ont contribué à faire grossir l’enveloppe de l’importation des biens et des services. L’investissement direct et indirect de l’étranger n’est pas assez volumineux pour le décollage de l’économie nationale, pour utiliser ce concept de Rostow. L’Etat ainsi que des agents de la classe moyenne tentent de pallier la situation en poussant les jeunes vers l’entrepreneuriat pour la création de richesse, jusque-là les résultats sont maigres.

L’éducation économique et financière un outil de développement économique

Pour se lancer dans une telle aventure, L’Etat haïtien doit faire de l’éducation économique et financière de la nation son cheval de bataille pour le bien-être économique et social de la population haïtienne à l’avenir. Pour y parvenir, il doit créer des partenariats sur le plan extérieur avec des pays comme la Chine, la Russie… Et sur le plan interne, il doit procéder à une sensibilisation consciencieuse des acteurs clés autour de la question, parce qu’aucune bataille menée dans l’isolement ne pourra aboutir à résultat concret. Puis, la politique de l’éducation économique et financière peut être menée à partir de ces points :

1- Encourager l’enseignement des matières comme l’économie et l’histoire de l’économie haïtienne, la finance, l’intelligence financière et le droit dans les classes CM1, CM2 et toutes les classes secondaires ;

2- Faire obligation aux jeunes philosophes, après leurs études classiques, de sortir avec un projet d’entreprise sous la supervision d’une firme dans le domaine qui sera sous la responsabilité de l’État ;

3- Encourager les leaders religieux à créer une rubrique économique dans tous les cultes d’adoration et de louange ;

4- Offre de crédit aux universitaires avec un faible taux d’intérêt pour qu’ils puissent créer leur propre affaire en vue de la création de richesse au sein du circuit économique du pays ;

5- Encourager des émissions qui traitent de la thématique économique et financière pour que la population puisse avoir plus d’informations sur les phénomènes économiques et les décisions économiques des dirigeants étatiques afin d’influencer les actions de l’État si ces décisions vont dans le sens contraire des intérêts de la nation et du peuple ;

6- Encourager les autorités étatiques à assurer la sécurité de la nation, assurer l’infrastructure, l’énergie, rendre efficaces les institutions qui sont responsables de l’enregistrement des entreprises, diminuer les coûts de certains dossiers administratifs ainsi que la taxe sur les chiffres d’affaires et plus encore…

Conclusion

Il est clair que la situation économique et financière du pays est vraiment critique, il est clair que les jeunes responsables n’ont pas le droit de rester sans rien faire pendant que le navire coule. Aujourd’hui nous sommes tous conscients qu’économiquement et financièrement le pays est malade. La cause principale de cette maladie est le manque d’éducation, plus spécifiquement l’éducation économique et financière. Pour guérir un malade, il faut des médecins, et de bons médicaments. Nous voulons donc nous transformer en de véritables médecins sociaux, rallier d’autres médecins sociaux à notre cause et poser des actions pour changer la situation économique et financière du pays.

Nous sommes conscients que le conflit d’intérêt de l’élite économique représente le grand enjeu pour parvenir à accomplir un tel projet. Cependant une chose est que nous sommes la majorité. Il est vrai que la majorité n’a pas le pouvoir économique et financier, mais la force qu’elle représente peut contraindre les dirigeants à prendre des décisions économiques inclusives pour le bien-être des ménages et, plus globalement, de la nation. Comme dit Adam Smith dans son fameux texte « Recherche sur la nature et la richesse des nations », la somme des bien-êtres individuels contribue au bien-être collectif.

Bibliographie 1- Pierre Enocque, FRANÇOIS, Politiques éducatives et inégalités de chances scolaires en Haiti, pp. 235-236, éd. Université d’Etat d’Haïti, 2010 2- Fritz, DORVILIER, La crise haïtienne du sous-développement, pp.72, éd. Université d’Etat d’Haiti, 2011. 3- www. Ihsi.net 4- www.brh.net 5- Adam, SMITH, Recherche sur la nature et la richesse des nations, version numérique.
Jeff PIERRE-LOUIS Economiste/HMiste Apprenti Sociologue pierrelouisjeff59@gmail.com Auteur

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