Un ministre du gouvernement limogé en raison d'un scandale de corruption présumé

Publié le 2017-08-29 | Le Nouvelliste

Editorial -

Par arrêté du Premier ministre Jack Guy Lafontant, le ministre des Affaires sociales et du Travail, Roosevelt Bellevue, est mis à pied. Le dernier visa traditionnel qui est toujours utilisé dans l’arrêté du Premier ministre à chaque remaniement ministériel n’y figure pas. Qu’il s’agisse de démission ou de renvoi d’un ministre, on mentionne toujours «Vu la démission du ministre en question». La saga engendrée depuis dimanche par les allégations de surfacturation de kits scolaires serait à l’origine de cette mésaventure du ministre Bellevue. A l’occasion de la conférence de presse des porte-parole de la présidence, lundi, le ton a été donné sur ce dossier. Lucien Jura avait clairement annoncé que si des ministres étaient impliqués dans ce dossier, ils seraient limogés.

Considérant le tollé provoqué par ce dossier dans la presse et sur les réseaux sociaux, et tenant compte du mauvais classement de notre pays en matière de perception de la corruption, le gouvernement doit nécessairement prouver les raisons de ce limogeage du ministre incriminé à travers un dossier bien ficelé pour les suites de droit. C'est la première fois qu'un ministre en fonction est limogé pour un scandale de corruption. Le suivi du dossier par le pouvoir exécutif permettra de déterminer s' il y a provision d'appliquer les articles 185 et suivants de la Constitution amendée traitant de la Haute Cour de justice. Des scandales à répétition au sein de différents gouvernements, dans le passé, n’avaient pas permis au Parlement de mettre en accusation un ministre. Réagissant à ce dossier dans la presse, le ministre incriminé clame déjà son innocence et dénonce une campagne de dénigrement contre lui afin de salir son image.

Il est trop tôt de connaître les raisons pour lesquelles le dossier de surfacturation de kits scolaires du ministre Bellevue a défrayé la chronique. Ordinairement, les forfaitures des grands commis de l’Etat ne sont connues qu’après avoir quitté leur poste et au moment où la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif réalise l’audit de leur gestion à travers des vérificateurs honnêtes et sérieux. N’y a-t-il pas d’autres ordonnateurs au sein de l’équipe gouvernementale impliqués dans la surfacturation de kits scolaires ?

En tout état de cause, l'arrivée du Premier ministre comme ministre par intérim des Affaires sociales et du Travail constitue une occasion favorable pour faire face aux défis auxquels ce ministère se trouve confronté. Il doit aplanir le chemin du successeur du ministre Bellevue qui avait du pain sur la planche pour satisfaire les revendications des centaines de contractuels embauchés par l’ex- ministre en poste pendant la courte période de transition. Ces contractuels, pour la plupart des jeunes provenant de quartiers défavorisés, sont en quête d’emploi. Depuis plusieurs mois, ils organisent régulièrement des mouvements de protestation au sein de ce ministère en raison du non-paiement de plus de dix mois d’arriérés de salaire. Le Premier ministre est arrivé à point nommé comme ministre par intérim pour trouver une solution définitive au problème de ces contractuels avant l’arrivée d’un nouveau ministre à la tête de ce département ministériel.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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