Suggestions pour la création d’une banque agricole en Haïti

Publié le 2017-09-18 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

La banque centrale vend depuis longtemps des bons BRH aux banques commerciales de la place.

Les cours actuels sont de 6% sur les bons de sept jours, 8% sur les bons de 25 jours et 12% sur les bons de 91 jours. La majorité des bons vendus sont des bons de 91 jours et leur taux d’émission représente, de fait, le taux directeur (prime rate) pour le système.

Ce pactole de 12% et même plus sur une opération pratiquement sans risque était concédé, dans le but évident d’éponger les gourdes qui autrement seraient sur le marché, en quête de dollars américains, accentuant la chute continue de la monnaie nationale, car la « mauvaise monnaie chasse la bonne. » Dans ce même ordre d’idées, la BRH vend des dollars américains aux banques commerciales » : vingt millions de dollars américains, une première fois et des ventes successives de dix millions de dollars.

Le mécanisme de bons BRH, entre autres, tend à diminuer la motivation des banques locales à remplir leur fonction essentielle d’intermédiation financière.

Au fil des ans, le bilan des banques commerciales a montré une augmentation significative des placements en bons BRH.

Je comprends qu’à un moment de panique devant la dégringolade de la gourde et pour éviter son effondrement total, la BRH ait été contrainte d'avoir une politique aussi restrictive.

Les anticipations négatives demeurent encore, les spéculateurs attendent le bon moment pour frapper. Ils savent que la BRH n’a pas les moyens de sa politique. Ils savent que la BRH ne peut pas continuer indéfiniment à alimenter le marché des changes puisque le Fonds monétaire international recommande fortement que la banque centrale d’Haïti, en accord avec les normes prudentielles internationales, maintienne l’équivalent de trois mois d’importations comme réserve au minimum.

Pour aider vraiment la gourde à retrouver sa valeur, le passage obligé est d’encourager la production nationale (substitution des importations d’abord et ensuite augmentation des exportations).

Comment y arriver ?

La banque centrale pourra émettre à l’intention du grand public et des institutions financières des obligations BRH de montants raisonnables, à taux fixes et à une échéance plus ou moins longue. Pour encourager les banques commerciales à accueillir ces obligations, la BRH leur donnerait le privilège additionnel de déduire le montant des obligations achetées de leurs réserves légales obligatoires.

Les obligations en question pourraient être vendues également aux compagnies d’assurances, à l’ONA, aux fonds de pension, aux coopératives d’épargne et de crédit et au public, y compris la diaspora.

La banque centrale d’Haïti utilisera le produit de la vente de ces obligations pour constituer le capital de départ d’une banque agricole.

Les institutions et pays suivants pourraient, par des dons et des prêts à long terme, renforcer les ressources de notre banque agricole :

1. La Banque interaméricaine de développement

2. La Banque mondiale

3. La Banque caribéenne de développement

4. L’USAID

5. L’Union européenne

6. La Banque latino américaine d’exportation (BLADEX)

7. Les pays amis d’Haïti : la France, le Brésil, le Canada, Taïwan, la Chine, le Japon, etc.

D’autre part, les prêts aux agriculteurs seront assortis d’une assurance récolte dans le cadre de SYFAAH (Système de financement et d’assurances agricoles en Haïti.)

Les agriculteurs devront aussi recevoir un encadrement rapproché et des recommandations techniques de la part d’institutions qualifiées, notamment la IICA (Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture.) Nous sommes conscients des expériences désastreuses de nos banques dans le passé. Elles étaient dues, avant tout, à une mauvaise gouvernance et à une question d’hommes.

Dans ce dernier cas de figure, en plus des risques naturels auxquels notre pays est souvent exposé, les responsables de l’époque avaient fait preuve d’une complaisance coupable. Aussi devrons-nous nous assurer que le conseil d’administration de notre nouvelle banque agricole soit formé exclusivement de techniciens haïtiens, d’une compétence éprouvée, de réputation impeccable, d’hommes capables de dire non aux demandes intempestives des politiciens.

Edouard Racine ancien gouverneur adjoint de la Banque Centrale (BRH) Ancien président de la Banque nationale de crédit (BNC) Auteur

Réagir à cet article