En réponse à l'article de Fritz Dorvilier

Non, ce n'est pas ce qu'il faut faire et ce n'est pas ce que nous voulons

Publié le 2017-08-11 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

M. DORVILIER, je crois que vous êtes au courant de toutes les dissensions que votre article a suscitées. Sans vouloir enfoncer une porte ouverte, je veux vous répondre ceci: si nous versons des larmes de crocodile sur le départ de nos frères et soeurs c'est parce que ça nous fait mal. Ils partent vers des pays lointains où ils ne sont pas toujours les bienvenus. Nous pleurons parce que ce n'est pas ce que nous voulons.

Laissez-moi attirer votre attention sur les faits suivants: l'Europe entière est éclatée et dépassée par des vagues de migrants venus de toutes parts si bien qu'ils essaient par tous les moyens d'arrêter le flux. Actuellement en Amérique du Nord, les Canadiens aux abois ; les États-Unis passent à l'action et le Mexique, qui a récemment régularisé les Haïtiens bloqués à sa frontière à Tijuana, a bien souligné qu'il n'est pas ouvert aux nouveaux migrants. Dois-je parler de notre situation en République dominicaine ? Je ne crois pas. Ai-je besoin de souligner que c'est plus difficile et plus coûteux maintenant pour un Haïtien d'entrer au Brésil ? La porte se referme lentement. N'êtes-vous pas au courant cher professeur que le Chili est actuellement en train de régulariser et de contrôler l'arrivée des Haïtiens sur son territoire ? Perdez-vous de vue les graves problèmes de xénophobie et de racisme qui rongent encore le monde?

La politique de déportation que vous prônez contre nous pour résoudre le problème de la démographie en Haïti n'a jamais aidé au développement d'aucun pays. Même la grande Chine ne l'a pas utilisée. Au contraire, grâce à la puissance de sa force de travail, elle a su attirer des investissements directs étrangers pour son émergence et son développement. Si vous soutenez cette thèse aujourd'hui, c'est simplement par orgueil de pouvoir tout dire. Ou encore, parce que vous ne voyez que les milliards que ces émigrés peuvent envoyer en Haïti pour continuer à enrichir les dirigeants corrompus que vous servez sous le couvert de consultant.

Pour moi, comme pour tant d'autres et même ceux qui sont partis, le problème du pays ne se trouve pas dans le nombre de sa population et la solution n'est pas dans son émigration. Nous devons regarder d'abord les brasseurs contrebandiers économiques qui pratiquent une économie de fellation sur le pays depuis trop longtemps. Ensuite, s'attaquer au problème de la corruption généralisée qui mine l'État et la société. Finalement, les jeunes peuvent rester dans le pays si nous appliquons ce que Leslie F. MANNIGAT a toujours prêché : << Il faut admettre qu'il faut dans ce pays une capacité de combat contre la médiocrité. Je ne condamne pas quelqu'un qui est médiocre, c'est la majorité que je condamnerais, mais je dis qu'il ne faut pas que la médiocrité donne le ton à ce pays. Il ne faut pas que c'est parce qu'on est médiocre qu'on s'agglutine, qu'on fait front de manière à empêcher à la qualité de triompher. Et ça, je continuerai de le dire, on me le reprochera, mais je dis qu'il faut un combat contre la médiocrité triomphante. Ce qu'il faut faire à la médiocrité, c'est plutôt de lui donner des moyens de s'élever, de se préparer, d'avoir des conditions d'une promotion en qualité de manière à être au sein de la méritocratie. Mais il ne faut pas accepter que ce soient les médiocres qui aient la domination et donnent le dernier mot dans la vérité que nous cherchons tous ensemble >>. Tout ceci a été résumé dans son emblème: L'HOMME QU'IL FAUT À LA PLACE QU'IL FAUT, et c'est ce qui nous fait défaut jusqu'à présent.

C'est ce dont nous avons besoin aujourd'hui encore. Dans un monde marqué par la technologie, la science et la technique, si on ne prend pas le temps de former notre jeunesse, que représentera-t-elle ailleurs? Si nous choisissons cette voie, nous serons partout et toujours la risée du monde. Haïti a besoin de tous ses enfants et de leur courage. Si vous voulez bien nous aider, battez à côté de nous pour une vraie université, pour une meilleure éducation et une parfaite intégration sur la base méritocratique. Vous aurez bien plus de mérite et d'estime qu'en nous encourageant à fuir notre terre. Ainsi nous aurons une autre Haïti où il fera beau de vivre pour tous.

Wilner Ayiti CORNEILLE

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