Haïti-Université

À l'Ecole normale supérieure, plus rien ne fonctionne à la normale

Le principal centre de formation des professeurs du pays est en dysfonctionnement depuis des mois. L'École normale supérieure ne forme plus les formateurs de demain à cause du désordre de ses turbulents locataires, des étudiants.

Publié le 2017-08-11 | Le Nouvelliste

National -

À l’École normale supérieure (ENS), entité de l’Université d’État d’Haïti, plus rien ne marche à la normale, tant du point de vue administratif que du point de vue académique. « Grève du personnel administratif, réclamation de lettres de nomination des étudiants, expulsion des étudiants, grève de faim des étudiants » sont parmi les moments forts qui ont sévèrement affecté le fonctionnement de l’institution au cours de ces derniers mois.

En octobre 2016, le comité de discipline de l’École normale supérieure, composé de professeurs et des membres de la direction, a pris la décision d’expulser plus d’une quinzaine d’étudiants de l’établissement. Ces derniers, qui tenaient des mouvements de revendication, ont été accusés de comportements répréhensibles qui dépassaient les limites du tolérable dans les locaux de l’institution. Plusieurs autres mouvements ont été tenus notamment en faveur de la nomination d’un ensemble d’étudiants finissants, suivant un accord paraphé avec le ministère de l’Éducation nationale. Une grève de la faim a même été entamée par un groupe d’étudiants exigeant entre autres leur réintégration au sein de l’ENS. Une revendication qui a fait l’objet de discussions parmi les responsables de l’institution qui avaient exprimé leur « désolation » face à la détérioration de la situation.

Le 27 juin dernier, un pas a été franchi dans la crise. Officiellement, le conseil de la direction de l’ENS a reçu 140 lettres de nomination du ministère de l’Éducation nationale. Mais l’institution continue de péricliter. La dernière promotion de jeunes ayant participé au dernier concours peine encore à intégrer l’espace. Même si la présence de quelques étudiants est fréquemment remarquée là-bas ; les professeurs, eux, ne se présentent plus pour dispenser leurs cours, même si, à l'instar des membres du personnel administratif, ils continuent normalement de recevoir leur salaire.

En effet, plus d’une dizaine d’entre eux avaient signé une note pour annoncer un arrêt de travail si les responsables ne décident de revoir leur décision relative à l'expulsion des étudiants jugés coupables des actes leur ayant été reprochés. « …Nous ne dispenserons pas de cours à l’École normale supérieure si les sanctions prises par le comité de discipline sont levées en dehors des mesures prescrites par les règlements de l’Institution », avaient-ils soutenu.

Se positionnant de manière claire et ferme, ces professeurs avaient dit condamner « avec la plus grande fermeté les actes de violence perpétrés par certains étudiants au cours de leurs mouvements de protestation ». Selon eux, les étudiants sanctionnés peuvent toujours recourir aux autorités compétentes, tel que cela est prévu dans les règlements de l’UEH. À ce niveau, un membre du conseil confirme pour le journal qu’aucun recours n’a été formellement acheminé au Conseil de l’université, plus haute instance de décision de l’UEH, de la part des étudiants expulsés.

« Depuis quelque temps, cela me gêne de me dire que j’étudie à l’Ecole normale supérieure », avoue une étudiante qui, n'étaient ces temps de crise, aurait dû boucler depuis un an ses études en Lettres Modernes à l’ENS. Kirsthie, originaire d’une ville de province, avoue être fatiguée de plus en plus, comme beaucoup d’autres de ses camarades, par l’interminable crise qui ronge l’institution. « J’ai l’impression que mon rêve est en train de m’échapper. J’avais un objectif à atteindre dans un moment fixé, mais les conditions d’études ne sont pas encore réunies pour y arriver », se désole l’étudiante, qui évoque sa frustration.

La crise de l'ENS n'est pas à aborder de manière superficielle, en dehors de la situation de crise profonde que connait l'UEH, exhorte Frantz Junior Mathieu , étudiant en Maitrise en Histoire de l’ENS, l’institution qui a entre autres la mission de fournir des cadres devant participer à la formation de l’intelligentsia haïtienne. « Des étudiants se découragent. Certains ont même déjà quitté le pays. D’autres abandonnent définitivement leurs études », regrette l’étudiant, soulignant qu’il s’agit d’une situation qui pénalise davantage des gens de la classe des « opprimés » de la société. Cette dernière, estime l’étudiant, est tout aussi atteinte par la crise de l’ENS, puisque, renchérit-il, les jeunes cadres formés la-bas devront participer à la formation des enfants et des universitaires du pays.

Dans la foulée, une commission interfacultaire a été mise sur pied pour réexaminer les sanctions qui ont été attribuées aux étudiants. Des dialogues sont engagés avec des professeurs et des étudiants, a informé Bérard Cénatus, membre de la direction de l’École normale supérieure, qui veut rassurer la communauté universitaire de la bonne volonté des responsables à faire fonctionner l’institution qui n’est pas non plus concernée, comme la Faculté des sciences humaines et la Faculté d’ethnologie, par le processus d’inscription annoncé par les responsables de l’UEH.

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