Gabriel Osson : Hubert, le restavèk..

Vente-signature à Alliance française de Jacmel (10 août)

Publié le 2017-08-09 | Le Nouvelliste

Culture -

Gabriel Osson (1), un émigré haïtien à Toronto, s’inquiète de l’avenir de cette catégorie sociale – plus de 400 000 en Haïti – : les restavèk. Dans son roman « Hubert, le restavèk », Hubert est placé dans une famille à la capitale. Les Mirevoix. Celui-ci sera abusé et exploité dans tous les sens du terme.

L’histoire se déroule avant le séisme du 12 janvier 2010. Hubert rêvait de cette opportunité. Il a partagé cette aspiration avec sa mère, à Jérémie. Celle-ci en parle à une parante, marchande de charbon au wharf de Jérémie, à la capitale. C’est cette tante qui fait venir le jeune homme, le mettant au service de la famille Mirevoix, après avoir, elle-même, fait de lui sont homme-à-tout-faire.

Dans son histoire personnelle, Hubert est marqué par deux expériences. Il a d’abord donné la mort à un choukèt-la-rouzé. Fort de son autorité, celui-ci exploitait les gens dans la communauté. L’homme tentait, sous les propres yeux de notre personnage, de violer sa mère. Sa stratégie : coucher toutes les femmes du bourg. Il abusait des hommes aussi, en les faisant travailler pour rien. C’est ce qu’il fit au père d’Hubert, ferronnier, lorsqu’il obligea ce dernier à réparer tous ses attirails de commandant, sans verser aucun frais. Le choukèt-la-rouzé paya ces impudences de sa vie.

Dans la famille Mirevoix, où il s’était établi à Port-au-Prince, Hubert a ensuite appris, en priorité, à lire et à écrire, mais aussi à pratiquer l’homosexualité avec le père et le fils, et à coucher, avec la fille. Cette forme d’« éducation sexuelle » dont parlait Gary Victor dans « Maudite éducation » a orienté toute la vie d’Hubert. Il a, d’un côté, hérité de la pratique des gangs de jeunes et, d’autre part, sous le conseil de Maria-Helena, une amie (une prostituée dominicaine) – devenue sa femme, il a vendu son corps sur les trottoirs et dans des bars, aux hommes d’une certaine bourgeoisie.

Le livre de Gabriel Osson pose le problème de l’esclavage sexuel dans les familles haïtiennes. Ces restavèk sont souvent là pour combler des désirs, des attentes sexuelles sans nom. Comme dans le film d’Olivia de Bob Lemoine ou, plus près de nous, dans les romans de Kettly Mars, ou n’importe quel autre romancier haïtien contemporain.

Sur le plan éducatif, c’est la pratique sexuelle cultivée par les Mirevoix qui marque la vie d’Hubert. C’est un acquis pour lui d’avoir appris à lire et à écrire, chez eux. L’éducation se fait par la pratique. Dans la réalité, il a construit sa vie sur ces mauvaises mœurs héritées des Mirevoix. L’école qu’il a fréquentée a décidé de son avenir : il a fini par fonder lui-même une école.

Avant de devenir prostitué homosexuel, Hubert a animé un cours du soir chez les sœurs. Avec son ami Gégé, il a monté un gang. Un ami est tombé sous les balles des membres d’un autre gang au cours d’échanges de tirs. Il a failli perdre sa propre vie, atteint lui aussi d’un projectile.

La mère d’Hubert sera la véritable bénéficiaire des mésaventures de ce dernier. L’ancien chef de gang, que celle-ci appelle affectueusement «Ibè» s'est en effet toujours assuré d’envoyer de l’argent à sa mère. D’où lui provenait cet argent ? Pas sûr qu’elle s’en soit jamais préoccupée.

Gabriel Osson a décidé d’une fin heureuse pour la vie de ses personnages. En effet, Hubert et Maria-Helena changeront complètement de mode de vie. Mais qu'en est-il des 400 000 restavèk dont parle la fondation Maurice Sixto?

1-Osson, Gabriel, Hubert, le restavèk, Coll. Indociles, Ed. David, Ottario, 281p. 2- La vente-signature aura lieu le 10 août à l’Alliance française, à Jacmel.

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