L'été, la saison des vacances...

Publié le 2017-08-09 | Le Nouvelliste

Société -

Kern E. Jean-François

« Les vacances, c’est du bonheur qui grandit. »

Au moment où nous écrivons ces lignes, l’été règne dans toute sa splendeur et la canicule atteint son paroxysme. Les Haïtiennes, ces merveilleuses femmes charmantes et ravissantes comme elles seules, qui, par leur coquetterie émouvante, embellissent notre terroir, et qui nous ont tous nourris de leur lait généreux, déambulent à travers les rues de la capitale, en tenue décontractée et légère, juste pour faire une certaine provision de fraîcheur, tout en exhibant leurs belles jambes au soleil tropical. Et sans se douter, il serait superfétatoire de dire que ce spectacle plaît énormément à la gent masculine qui en profite pour se rincer les yeux sur ces beautés de la faune nationale, souscrivant volontiers à ces paroles mémorables de l’autre : « L’un des reflets du ciel, c’est le rire des femmes. »

C’est l’été, la saison des vacances… L’air chaud danse sur les toits des cases et la brousse sommeille comme dans un manteau de feu. Pas une feuille ne remue. Les palmes des cocotiers sont immobiles ; les longues feuilles des bananiers tombent d’un air las. Les oiseaux ont cessé leur gazouillis et cherchent l’ombre des frondaisons touffues. Parfois, d’énormes nuages chauffés à blanc emplissent le ciel et laissent couler du plomb fondu sur la terre. Rien ne bouge sous la réverbération aveuglante. Bêtes et gens accablés sont affalés à l’ombre des vérandas.

C’est l’été, la saison des vacances… Chaque année, à pareille époque, un seul refrain revient sur toutes les lèvres : quelle chaleur torride ! Joyeux sont nos collégiens et lycéens. Le vent des vacances a soufflé ! Doux vent pour les maîtres et les élèves affaiblis par dix mois consécutifs de rude labeur. Plus d’une fois, dans le cours de l’année, penchés sur les arides bouquins, l’on a soupiré après cette heureuse diversion. On a senti graduellement ses forces décroître, son ardeur baisser. Qu’importe ! Il a fallu peiner jusqu’au bout.

Il en est, hélas ! qui ont toujours emporté les rigueurs de la lutte. Au lieu du repos de deux mois auquel ils songeaient comme nous, c’est le repos du sépulcre qu’ils ont, les pauvres ! En ces jours où le vent des vacances a soufflé, nous leur donnons une pensée poignante et recueillie, aux chers compagnons de souffrances partis avant nous ! Eux aussi, malgré la persistance des chimères, éprouveraient même une fugitive joie en entendant potaches pétulants crier dans la grande cour des recréations : « Vive les vacances ! ».

La grande cour, les longues galeries, les salles de classe ont retenti de l’exclamation traditionnelle. Et elles se sont vidées ! … Maîtres et élèves sont partis ! Plus au collège ce fourmillement d’enfants, ce murmure tantôt faible, tantôt fort, qui, aux heures de travail, monte des écoles.

Mornes sont les dortoirs, silencieuses les salles d’études. Le vaste champ des recréations, théâtre des gaies évolutions et des joyeux devis, s’étend vide, sans voix… Les ruches sont désertes, envolées les abeilles ! Elles vont la plupart bien loin ranimer leur ardeur, puiser la substance qui assurera les prochaines productions.

Jeunes élèves, bonnes vacances ! Dans les champs, sur les montagnes, près des eaux, allez ! Récréez-vous ! Fortifiez-vous ! Mais n’oubliez pas les sages recommandations de vos maîtres. Ne tenez pas toujours vos livres fermés. Amusez-vous sainement. En prenant vos ébats, songez que les plaisirs sont un moyen et non une fin. On ne se recrée pas seulement pour chasser ses ennuis et goûter des émotions mais pour relever ses forces et se préparer à la lutte prochaine. Pensez-y, jeunes gens. Car c’est dans la prime jeunesse que se contracte l’amour des jouissances dont l’appétit démesuré fait de l’homme, à son insu, son propre bourreau et consciemment le bourreau de ses semblables.

En ces jours de repos où vos forces se reconstituent, si petits que vous soyez, songez au lendemain. Ayez souvent la pensée du rôle modeste que vous voulez remplir. Il n’est pas de moyen plus fructueux pour développer l’individu dans l’enfant comme l’habitude qu’il contracte, bien tôt, de faire des conceptions sur sa destinée et de se considérer le propre ouvrier de ce qu’il sera.

Pensez-y, jeunes élèves !... Bonnes vacances à vous tous, écoliers, universitaires, collègues professeurs, avocats et juges, professionnels et toute la classe laborieuse de mon pays Haïti chérie où le ciel a voulu déposer mon berceau, ce pays que j’aime charnellement et qui est pour moi plus beau qu’un rayon de l’aurore.

Kern E. JEAN-FRANCOIS

kernjeanfrancois@yahoo.fr Cell phone 3815-4561

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