La connaissance, un bien vital pour l'économie nationale

Publié le 2017-08-08 | Le Nouvelliste

Economie -

À un moment où les crises s’accentuent au sein des principales institutions de production et de diffusion de la connaissance (université, école, etc.) en Haïti, nous comptons rappeler aux agents économiques que la connaissance est essentielle aux pratiques économiques. Qu’elles soient publiques ou privées, les institutions sont en proie à des crises qui fragilisent la formation de cadres pour l’économie. La question à se poser est celle-ci : en quoi cette situation pourrait affecter les activités au sein de la société ?

L’idée selon laquelle la connaissance joue un rôle clé dans la croissance est ancienne chez les économistes. Adam Smith, Marx ou encore Marshall voient d'ailleurs dans la connaissance “le moteur de la production”. Friedrich List insistait sur l’infrastructure et les institutions qui concourent au développement des forces productives par la création et la diffusion du savoir (OCDE, 1996). La connaissance dont on parle concerne toutes les connaissances produites et utilisées dans les activités économiques.

Les pratiques économiques relèvent de décisions visant à orienter l’ensemble des actions des agents économiques. Ces actions, quant à elles, sont sujettes à des choix suivant les ressources disponibles. Ces choix sont eux-mêmes orientés par la connaissance de leurs mécanismes et leurs enjeux pour l’économie et la société. L’utilisation de la connaissance est donc la base de toute prise de décision éclairée et stratégique. La connaissance étant un bien non rival (c’est-à-dire qu’elle ne se détruit pas par l’usage) et cumulative, la partager est donc un jeu à somme positive.

Les pratiques économiques sont élaborées en vue de résultats clairs ; les conséquences possibles sur l’activité économique peuvent être connues de tous. En présence d’une population formée et informée, les choix des décideurs sont plus prudents.

En effet, le partage de la connaissance contribue à un savoir collectif qui peut servir de base au perfectionnement professionnel, à la compréhension du marché et à la résolution de problèmes. Elle améliore le savoir et les compétences de chacun en termes d’efficacité, de productivité et de compétitivité sur le marché.

L’acquisition de connaissances est un paramètre déterminant du sort des individus, des entreprises et des économies locales. En présence d'acteurs économiques informés, l'économie est plus apte à produire et à appliquer les connaissances tant scientifiques que technologiques. L'économie est plus dense à s'adapter aux nouvelles exigences de l'économie mondiale (OCDE, 1996).

L’hétérogénéité des agents relative à leur niveau de connaissance est souvent source d’inégalités (économiques, sociales et politiques). Elle pénalise la croissance dès lors que l’appropriation de toute nouvelle connaissance devient plus difficile pour une grande partie de la population. L’effet de freinage des moins qualifiés l'emporte sur les effets d’entraînement des plus qualifiés. La connaissance est considérée comme un avantage concurrentiel et influence la compétition entre les agents économiques (entreprises, État, ménages, etc.).

Cependant, la société haïtienne est en retard sur toutes les nouvelles connaissances de la science moderne. Nos principaux centres d'acquisition de connaissances sont en déclin. Une instabilité chronique s’installe dans nos centres majeurs de production et de diffusion de la connaissance. Même si le taux de scolarisation a augmenté ces dernières années, le taux d’alphabétisation est estimé à 48,68% (PNUD, 2005-2013). Les politiques d’éducation des années précédentes n’ont pas été efficaces en termes d’accès et de qualité. Bien sûr, toute connaissance ne s’acquiert pas par des formations spécialisées; les médias (journaux, revues…), les livres ou encore les bibliothèques offrent aussi des savoirs mais ils sont limités.

Le problème de financement de la recherche et de la propriété intellectuelle est en fait un obstacle à la production et la diffusion de la connaissance. Néanmoins, plus de 80 % des institutions de formation appartiennent au secteur privé. L’enseignement supérieur est négligé et centralisé dans le département de l’Ouest à 70%. Du coup, l’accès à la connaissance est limité à un petit groupe qui en tire profit au détriment du développement de l’économie nationale. La société vogue vers l’inconnu et subit de plein fouet les conséquences des aléas économiques.

L'inaccessibilité aux connaissances est un obstacle pour le marché et un coût pour les entrepreneurs voulant intégrer un secteur d'activité. L'économie meurt faute de connaissance des agents économiques. Quelle issue possible pour une économie voguant à bord du déficit de science ou de l’ignorance ?

La transmission de la connaissance dans l'économie est cruciale pour son développement. Elle facilite la prise de décisions éclairées et améliore le savoir-faire des agents économiques. Capitaliser sur la connaissance et repérer les connaissances cruciales pour l'économie, c'est donc une nécessité. D'un autre côté, il faut les valoriser au service du développement de la société en offrant l'accès au savoir à tous les agents économiques à travers des livres, les médias et la formation.

Références Rapport de l’OCDE(1996) : L'ÉCONOMIE FONDÉE SUR LE SAVOIR Jean-Claude Verez ; Quelle place pour l’économie de la connaissance dans le pays en développement africains ? Revue Monde en développement, 2009/3(n 147), De Boeck Supérieur
Anderson Tibeaud, économiste quantitaviste tibanderson92@gmail.com Auteur

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