L'embarrassant salaire minimum

Publié le 2017-07-27 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le Nouvelliste a appris ce jeudi que le président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse, a signé l'arrêté fixant le nouveau barème du salaire minimum. Le document a été acheminé au journal Le Moniteur pour les suites nécessaires. Quelques heures plus tard, les services de communication du palais national ont multiplié les annonces d'un discours imminent du président. Une adresse à la nation. Pour tous les observateurs, le chef de l'État allait y faire l'annonce solennelle des nouveaux barèmes. Il n'en fut rien. Après dix minutes de discours, pas une seule fois le président n'a cité de chiffre ni donné un montant, une indication claire de ses décisions. Le président a parlé, mais nous n'en savons pas plus. On dirait que cette affaire de salaire minimum embarasse au plus haut point l'exécutif. Le Conseil supérieur des salaires (CSS) a été remanié, le ministre des Affaires sociales et du Travail a parlé, le CSS a fait des recommendations, les recommendations ont été mises en dicussions, puis le président s'est mis à rencontrer les syndicats. Après tout cela, nous voilà avec un discours qui esquive l'essentiel. Selon les informations du journal, le salaire minimum passe à 350 gourdes suivant un arrêté adopté, ce jeudi par le président de la République. Jovenel Moise aura finalement tranché entre les 800 gourdes exigées par les ouvriers du secteur textile à grand renfort de manifestations et les 335 gourdes proposées par le Conseil Supérieur des Salaires (CSS) dans ses recommandations. Le salaire minimum quel que soit le plancher où on le hisse, sera toujours indécent. Les syndicats des ouvriers, pour avoir le maximum, réclament 800 gourdes, le président, pour avoir la paix avec les patrons, tout en allant plus loin que le CSS, a tablé sur 350 gourdes. Le point d'équilibre est recherché depuis des mois. La paix sociale est-elle à ce prix, on le saura dans les prochains jours. Un fait demeure, le pays n'a aucun intérêt à ne pas suivre chaque année les prescrits de la loi Benoît pour fixer périodiquement le prix de la sueur des ouvriers. Chaque fois que l'on fait gagner quelques centimes ou quelques jours au patrons, le pays le paie plus cher. L'image d'Haïti comme destination d'investissement se dégrade, la valeur travail est mise à mal et le découragement gagne de nouveaux adeptes, chaque fois que nous hésitons à prendre les bonnes décisions dans le bon timing.

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