CAN, CNE, CAOSS, CEP permanent… le sort des Forces Armées de Jovenel sera-t-il différent ?

Publié le 2017-07-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

Haïti est malade de ses institutions. Il n’est un secret pour personne que les institutions créées au cours des dernières années sont des canards boîteux. Qui ne connaît pas l’histoire du Centre national des équipements (CNE) ? Cette institution dans laquelle l’ancien président René Préval avait investi des centaines de millions de dollars au cours de ses deux présidences est aujourd’hui réduite à une peau de chagrin. Le CNE a pourtant fait ses preuves après le séisme du 12 janvier 2010 et pendant les catastrophes naturelles qui nous ont frappés au cours des dernières années. Ce sont les mêmes autorités qui avaient vu l’institution à l’œuvre qui l’ont mise en lambeaux pendant le quinquennat de Michel Martelly comme la présidence d’Aristide l'avait mise à genoux. Jovenel Moïse tente difficilement de recoller les morceaux. Dieu seul sait si lui et sa commission de restructuration réussiront leur pari. L’exemple du CNE n’est pas unique. Il y a plus près de nous le Centre ambulancier national (CAN), l’une des réalisations utiles de la présidence de Michel Martelly. Déjà, cette jeune institution est en phase de restructuration. On pourra trouver plein d’exemples d’institutions utiles et importantes que nous avons créées depuis1946, puis galvaudées. Les mauvaises langues diront que construire des institutions fortes n’est pas notre point fort. Le Conseil électoral permanent mort-né de Michel Martelly ainsi que nos multiples Conseils électoraux provisoires avec leur lot d’élections frauduleuses sont l’exemple parfait de notre déficit dans la création d’institutions. À cette liste, le Conseil supérieur des salaires (CSS), le Conseil d’administration des organes de sécurité sociale (CAOSS) et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) qui n’arrivent pas encore à remplir les missions qui leur sont confiées. Nous ne savons pas encore ce que les changements apportés au sein de l’UCREF et l’ULCC par le président Jovenel Moïse vont donner. Pour les institutions les plus anciennes qui peinent à remplir leur mission, l’UEH en est une. À côté des institutions que nous avons créées de notre propre gré, nous avons aussi démantelé celles que nos amis nous ont aidées à construire. On se rappelle encore les moments sombres de l’histoire de la jeune police haïtienne. Peu de temps après le départ des forces onusiennes en 2000, les autorités haïtiennes d’alors, avaient vassalisé la PNH, la rendant incapable de jouer son rôle. Il a fallu, au départ de Jean-Bertrand Aristide en 2004, effectuer un grand ménage au sein de l’institution et surtout la placer sous la tutelle de la Minustah pour lui refaire une santé. Avec le départ de la Minustah dans les prochains jours, nous allons voir la Police nationale d’Haïti seule à l’œuvre. Pour mieux dire, la PNH sera seule à bord en attendant que la remobilisation des Forces Armées d’Haïti – démantelées en 1994 - soit effective. Avec la remobilisation des Forces Armées d’Haïti, ce projet cher à l’ancien président Michel Martelly et à son successeur Jovenel Moïse, les autorités haïtiennes auront du pain sur la planche. Elles doivent trouver les ressources financières, matérielles et humaines pour faire fonctionner les forces armées et poursuivre la professionnalisation de la PNH. La tâche sera d’autant plus difficile que le pays est divisé sur la nécessité de remobiliser l’armée d’Haïti et la communauté internationale ne s’y embarque pas. Trouver les ressources pour remobiliser les forces armées est une chose, notre sérieux à bien mener le projet en est une autre. Qui donnera la garantie que le virus qui infecte nos institutions épargnera la nouvelle force armée ? Quelles mesures prendra-t-on pour éviter que la nouvelle force armée ne connaisse pas le même sort que le CNE et le CAN ? Qui empêchera nos parlementaires et les officiels du gouvernement de parachuter leurs amis, leurs alliés dans la nouvelle force comme ils le font pour les enseignants et les membres de l’appareil judiciaire ? On veut croire que les autorités haïtiennes ont les réponses à ces questions. Ont-elles bien analysé tous les paramètres liés à la remobilisation des Forces Armées d’Haïti ? Savent-elles que c’est facile de fermer le CNE et le CAN pour restructuration quand elles ne fonctionnent pas, et qu’il sera difficile de faire de même pour les Forces Armées d’Haïti qui regrouperont des hommes armés ?

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