Cambriolage

Etes-vous toujours en état de légitime défense ?

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2017-08-16 | Le Nouvelliste

Société -

La doctrine enseigne que le péril doit être actuel et imminent, d’une part, et d’autre part, qu’on a répondu à une force à laquelle on n’a pas pu résister. Une résidente du quartier de Girardo, est de Pétion-Ville, m’expose le samedi15 juillet que, durant la nuit du lundi (précédent) au mardi, elle a perçu un bruit à l’office. Pendant un moment, elle a cru qu’il s’agissait du chat. Mais lorsqu’elle vit la silhouette du cambrioleur passant près de la porte de sa chambre à coucher, le doute fut levé. Alors, elle alerta son mari, et eux deux se mirent à crier : « Au voleur !» . Le chevalier de nuit prit ses jambes à son cou. Les voisins alertés leur portèrent secours. Du balcon, ils aperçurent la silhouette du voleur qui s’engageait dans la rue pour disparaître. Le couple put constater que le malfrat ne se gêna pas pour se restaurer au réfrigérateur, faisant comme chez lui.

Au terme du récit, elle laissa tomber : « Si nous l’avions attrapé, il aurait connu un mauvais sort.» C’est-à-dire ? lui demandai-je. « Nous lui aurions ôté la vie», me répondit-elle.- Pourquoi ?

-Pour qu’on ne le relâche pas.

Je compris qu’il y avait dans cette affirmation un sérieux malentendu. D’abord, qui va le relâcher ? Ce « nous » (équivalent à on) est imprécis. Ensuite, comment s’expliquer les prisons bondées ? Enfin, ne prête-t-on pas trop attention à des idées reçues, des lieux communs ?

J’explique à mon interlocutrice que le cas de figure est très simple : le cambrioleur qui vous tourne le dos, donc s’enfuit (surtout à grandes enjambées) ne constitue plus une menace. En conséquence, si vous l’abattez de dos ou si les voisins et vous l'aviez rattrapé et mis à mort, vous ne seriez plus en état de légitime défense. Parce que le parquet n'aurait pas manqué de poursuivre les auteurs du crime ou du lynchage. Ils seraient devenus dignes d'intérêt au regard du droit pénal.

Pour invoquer ( et plaider) la légitime défense, celui ou celle qui surprend dans sa maison un cambrioleur doit être sous le coup d'un péril actuel et imminent. Le danger passé (à cause de la fuite du cambrioleur). on n'est plus légitimé à lui donner la mort. Dans un tel cas, on devient un meurtrier. Difficilement, la défense parviendra à convaincre le jury d'assises du contraire. Je l'aurai prévenue, mon interlocutrice!

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