Laënnec Hurbon confesse son amitié pour Claude C. Pierre

Le journal a rencontré le sociologue Laënnec Hurbon l’un des amis les plus proches de Claude C. Pierre. Ils habitent, tous les deux à Belvil sur la route de Frères.

Publié le 2017-08-10 | Le Nouvelliste

Culture -

Le N.- Laënnec Hurbon, comment avez-vous vécu la disparition de Claude C. Pierre ?

L.H- D’abord, Claude était l’homme de la convivialité. Il aimait les contacts ; il aimait discuter et partager avec les autres. À travers ses discussions, Haïti occupait toujours la première place. Sa passion pour la poésie et la discussion en témoigne. Claude portait le pays en lui, et s’épanouissait dans ses rapports avec les autres.

À Belvil où il habitait comme notre voisin, sa maison était un lieu de rencontre où les gens du quartier pouvaient se retrouver.

Sa disparition, c’est une blessure pour nous du quartier. Une blessure qui est loin d’être cicatrisée.

Au plan intellectuel, c’était un homme d’une rigueur sans pareil. Il ne se projette jamais au devant de la scène. Il a une production littéraire considérable : poésie, textes divers publiés ici et là, traduction en créole (dont la Constitution de 1801 de Toussaint Louverture), dans des revues, des journaux et autres publications.

Le N.-Connaissez-vous sa publication sur Jacques Roumain ?

L.H.- Il a écrit aussi des textes sur Jacques Stephen Alexis, un très long texte dans Le Nouvelliste. Il faisait preuve d’une immense modestie ; il ne se mettait jamais en avant.

L.N- Il était sous-secrétaire d’État à l’Alphabétisation ?

L.H- Oui, mais il fonctionnait avec les autres ; il n’accaparait pas tout.

Il était aussi connu comme un homme de conseil au niveau de la production intellectuelle.

Je dois avouer qu’il m’arrive d’être corrigé par lui. D’autres aussi. C’était un homme d’une très grande générosité. Généreux, il avait pourtant la conviction forte.

Le N.- Est-ce qu’il acceptait d’être contesté, d’être critiqué ?

LH.- Il était capable de changer de position, s’il est convainçu avec force arguments. Ce qui ne l’empêchait de continuer à se défendre. Il n’était pas maniaque, mais un militant, un homme de conviction.

C’est quelqu’un qui avait aussi du cœur. Il gardait le contact avec les autres, dans le respect.

Le N.-Comment allez-vous (les autres et vous) continuer à vivre à Belvil, après sa disparition ?

L H.- À Belvil, c’est la consternation. Nous espérons organiser une soirée d’hommage. Belvil souffre.

Les gens du quartier continuent à me poser des questions. Car nous gardons nos habitudes de marcher en groupe, tôt le matin. Lui, il avait des rapports avec tout le monde ; il saluait tout le monde ; il n’avait aucun préjugé. Quelle que soit la personne (sa condition sociale), il prend un temps pour la saluer. Quelle que soit la condition sociale de quelqu’un de la communauté à Belvil, pour lui, c’est une personne. Il la salue.

Cela est très important dans sa conception de la vie. Il pratiquait déjà dans sa vie ce qu’il pensait.

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