Claude Clément Pierre, un ami chaleureux

Publié le 2017-08-10 | Le Nouvelliste

Culture -

La main largement tendue, les portes de sa maison grandes ouvertes, Claude Clément Pierre a souvent accueilli l’amateur de poésie que je suis. Il m’a même soumis les manuscrits de tel ou tel recueil inédit, me faisant apprécier son grand talent, sa manière variée d’écrivain.

J’ai eu le bonheur d’exprimer dans ces pages culturelles, ma joie de lecteur du « voyage inventé » que j’ai découvert tardivement, comme de « c’est un grand arbre qui nous relie, coécrit avec un poète canadien. J’interrogeais parfois le linguiste sur certains points théoriques. Un jour, répétant après Jean Cohen, j’ai invoqué la notion de normes du langage, par rapport aux écarts du code et du style poétiques. Et Claude de me répondre : « Mais Léonard qu’est-ce que la norme ? Est-ce une notion précise, fixe et figée ? » Le docteur en linguistique tranchait efficacement et avec raison sur ce point.

Son esprit large et modérateur, capable de relativiser avec justesse, s’opposait à toute forme de radicalité, de tsarisme, d’absolutisme et de dogmatisme dans l'approche de l’état des lieux et de la hiérarchie de la poésie haïtienne à travers ses différentes écoles.

Il a contredit en pleine conférence un écrivain qui, à l’emporte-pièce, parlait d’absence et de mort de la poésie locale, globalement. Il a nuancé avec la notion de registre poétique, fait que je n’ai jamais oublié. Tel était le savant et l’homme.

J’ai connu Claude Pierre, aux soirées des vendredis littéraires « de l’Université Caraïbe, au cours des années 90, où je me produisais dans les intermèdes de chansons, chantant, interprétant et m’accompagnant à la guitare. Brel, Bécaud, Brassens, Ferré, Aznavour, les grands de la chanson française des années 60 étaient nos idoles communes. On se rejoignait sur ce point.

Faisant le pèlerinage de Pétion-Ville à Belvil, à son domicile, j’ai même animé une ou deux soirées, privées, de sérénades pour l’ami et quelques invités. Poésie et chanson s’accordent bien par leurs atomes crochus.

Claude Clément Pierre était hospitalier. Je lui dédie ces quelques vers d’une chanson de Gilbert Bécaud que nous admirions tant. « Il faut faire tes bagages/ Mon vieux c’est à toi/ Tu t’en vas vers le voyage / D’où on n’revient pas/ Tu passeras par la lune/ Et demain matin/ Les étoiles une à une/ Te tendront la main ».

J’aurais aussi voulu te chanter « quand il est mort le poète » et « Adieu l’ami » du même chansonnier.

Bon voyage et que la terre te soit légère !

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