Et si Haïti changeait ses rapports avec les institutions financières internationales

Publié le 2017-08-08 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Gérard Mathieu Junior

Parlant de manque de «clarté de vision» de l'administration Moise-Lafontant, après cinq mois de gouvernement, selon la déclaration de la Banque Mondiale, tel que le rapporte «Le Nouvelliste», publiant une photo travestie de Marie Batton Doc, représentante de cette institution financière en Haïti depuis quelques années, il nous est venu à l'esprit cette question: C'est quoi la vision de la Banque mondiale pour Haïti? En a-t-elle une au point de critiquer celle des autres?

À bien suivre les démarches de Jovenel Moise, président de la République et chef de l'État, il est clair que son administration répudie la Banque mondiale et ses satellites corrompus comme la BID tout particulièrement qui accorde 200 millions de dollars à Haïti tous les ans depuis le tremblement de 2010 sans jamais pouvoir présenter un rapport de performance détaillé démontrant l'aspect bénéfique et la valeur ajoutée de ses interventions.

Rappelons par ailleurs que les financements de la BID et de la Banque mondiale sont gérés par ces institutions. Ce serait criminel de rejeter leurs échecs sur les dirigeants haïtiens qui qu'ils soient.

Il est donc normal que le président Jovenel Moise parte en guerre contre cette forme d'assistance de ces institutions qui sont plutôt des institutions d'aide au sous-développement. Et c'est ce qui manque à Haiti : des dirigeants courageux capables de dire comme Camus dans l'Homme Révolté: «jusque-là oui mais au-delà non».

Jovenel Moise est cet «homme révolté» qui se méfie de l'efficacité des Marie Batton Doc face aux exploitations d'un pays pauvre par des partenaires de l'intérieur comme de l'extérieur, s'érigeant en donneurs de leçons ou en critiques acerbes dès que leurs intérêts sont menacés et leurs petits jeux dévoilés. Marie Batton Doc ne se laissera pas dévoilée!

C'est cette semaine encore qu'on a appris que des dirigeants de la BID cherchent à détourner du pays des investisseurs étrangers en les orientant vers le Pérou ou la République dominicaine.

Comment comprendre que Marie Batton Doc ait déclaré ne pas comprendre la vision de l'actuelle administration pour Haiti! Que suggère- t-elle à la place des choix actuels de Jovenel Moise?

Il est pour le moins normal que Marie Batton Doc se soit fait critique de la nouvelle administration parce qu'elle ne peut pas contrarier la décision du président haïtien ayant décidé désormais que le prix du kilomètre de route ne sera plus de un million deux cent mille dolllars; voulant orienter les Haïtiens vers la consommation de produits agricoles haitiens, en lieu et place des produits importés; décidant que des travaux valant moins de cinq millions de dollars ne soient plus proposés au gouvernement à soixante millions ... et exécutés par des compagnies satellites qu'elles nous impose.

Moi, j'y trouve une volonté et une politique de vouloir baisser le train de vie de l'État et de vouloir réduire notre dépendance étrangère. Si ça marche, ce sera le véritable départ. Et on ne tardera pas à tester le succès de cette initiative. De plus, la tentative est saine. Elle ne renferme aucun risque. Le président met à contribution: la terre, l'eau, les hommes et des machines-outils qui n'étaient pas utilisés mais voués au gaspillage et au pillage. Où est le mal? Où se trouve le risque?

Ça nuit à Marie Batton Doc dont le succès en Haïti est lamentable. Elle n'a en rien fait face à la dépréciation de la gourde qui perdait un point chaque jour face au dollar et est arrivée à s'équilibrer relativement en si peu de temps et sans son assistance. Ça nuit parce que Haiti est un pays sans contrôle où les fonctionnaires internationaux viennent pour changer leur train de vie avant la retraite- le plus souvent en récompense de sales besognes rendues ailleurs.

Si Marie Batton Doc, représentante de la Banque mondiale et critique de cette administration, a des propositions saines à faire aux nouveaux dirigeants du pays, elle peut les formuler et elles seront évaluées et appréciées à leur juste valeur.

Quant à ses considérations publiques et polémiques, elles devraient les réserver et les formuler lors des rencontres de travail et d'évaluation avec les responsables du pays. À ce que l'on sache, la représentante de la Banque mondiale n'est pas un leader d'opposition, elle devrait s'astreindre à l'obligation de réserve et se garder de ces commentaires ridicules comme ceux reproduits dans Le Nouvelliste.

Gerard Mathieu

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