Jean Marie Théodat : Des décombres et des hommes

Publié le 2017-06-13 | Le Nouvelliste

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Des décombres et des hommes. Chroniques de la vie quotidienne en Haïti après le 12 janvier 2010. C’est le titre complet de cet ouvrage portant la signature de Jean Marie Théodat. Ce texte paru aux Éditions de l’Université d’Etat d'Haïti sera en vente les 15 et 16 juin 2017 à Livres en folie. Il regroupe un ensemble d’articles publié sur le site de France Info après le passage du tremblement de terre. Ces feuillets répondent à un devoir de mémoire en l’honneur de tous ceux qui ont disparu et dont la mort brutale laisse des traces indélébiles dans nos pensées. Jean Marie Théodat est né à Port-au-Prince. Géographe de formation, il enseigne à l’Université d’État d’Haïti et à la Sorbonne (Université Paris 1). Ce membre fondateur du Laboratoire des relations haitiano dominicaines a soutenu sa thèse de doctorat sur le thème de l’insularité partagée entre Haïti et la République dominicaine. L’auteur ne tient pas pour autant à ressasser des souvenirs Ô combien douloureux. Il veut de préférence conscientiser ses concitoyens. « D’autres relateraient avec infiniment plus de talent les heurts et les malheurs causés par le séisme, ils sauraient faire vibrer les lecteurs à l’évocation des souffrances et la description du dénuement de la population. Pourtant le propos n’est pas de faire rêver, ni de faire pleurer, mais plutôt de réveiller les consciences. C’est aussi l’occasion de parler aux vivants, un avertissement adressé à ceux qui, soit parce qu’ils y ont survécu, soit parce qu’ils en ont été épargnés par la naissance, auraient à tirer tout le sens de cette tragédie, à assumer ce deuil.» Des décombres et des hommes. Chroniques de la vie quotidienne en Haïti après le 12 janvier 2010, témoigne par ailleurs de l’intime expression du retour d’un Haïtien dans son pays natal. Jean Marie Théodat revient de France, pour constater lui-même l’immensité des dégâts. « Écrites avec ferveur au jour le jour, publiées sans apprêt, ces pages racontent ma vie au quotidien durant une année exceptionnelle de difficultés et de deuils collectifs. Je retourne aux racines, que Toussaint Louverture avait prophétisées profondes et nombreuses. Je les retourne avec ma plume en forme de bèche pensive. C’est à la fois une quête de sens et l’occasion de mettre à l’épreuve mes ancrages dans d’autres terreaux plus lointains. D’une façon presque physique, je sens la gravitation des choses jetées pêle- mêle, sous les bâches en plastique, sous les arbres restés en lisière du terrain, autour des décombres. » À travers ce livre, le géographe fait une présentation de la déplorable situation du pays, qui a empiré après le passage du séisme. « Les piqûres des moustiques, à la faveur des trous de la moustiquaire, sont cuisantes, mais je n’ai pas le droit de me plaindre. Il y a longtemps déjà que nous, les Portoprinciens, vivons dans des conditions difficiles. Nous ne faisons que mettre en pratique des réflexes de survie appris tout le long d’une vie. On a hérité d’un tel amoncellement de bris et de débris que toute chose en perd son nom, son usage d’avant. La parole même semble atteinte par les infimes fêlures, les indéfinissables secousses qui se devinent dans la voix de celui qui pleure ou qui chante.» Jean Marie Théodate couvre d’éloges les Haïtiens pour leurs aptitudes à surmonter les pires situations. « Cependant, à voir au milieu de ces décombres des femmes et des hommes s’activer à rebâtir, à étudier, à produire et échanger encore malgré le désastre, je me dis qu’il y a en nous des capacités insoupçonnées qui permettent de résister au principe de décomposition et qui ne se révèlent que dans des circonstances exceptionnelles. Après un tel effondrement, les gens vivent dans des abris avec un sentiment de soulagement qui n’a d’égal en intensité que l’effroi qui accompagne la proximité de la mort. Les réfugiés des camps, les survivants du désastre émergent tous les jours de leurs camps de toiles et déambulent dans les rues avec une détermination où l’on hésite à reconnaître les signes d’une insensibilité à la douleur.» Le professeur d’Université dresse l’image sinistre d’Haïti durant les saisons pluvieuses. Il déplore l’absence d’une politique publique d’aménagement du territoire, de logements sociaux. « Lorsqu’il pleut c’est un vrai déluge : anwo pa monte anba pa desann lanmitan rete sou kote…Chaque orage est suivi du décompte douloureux des morts, de scènes de deuil et de prière. En l’absence de toute politique publique de logements sociaux, les plus démunis, pour avoir droit de cité, qui signifie en l’occurrence, droit d’accès aux commodités du centre-ville, sans être obligés de payer un loyer exorbitant, acceptent de s’établir dans des sites insalubres devenus au fil des années des lieux de relégation. » Des décombres et des hommes. Chroniques de la vie quotidienne en Haïti après le 12 janvier 2010, un livre à se procurer à la 23e édition de Livres en folie.

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