ATELIER BINATIONAL

OBMEC : l’État s’engage à appliquer ses recommandations dans l’élaboration de ses politiques publiques

L’Observatoire binational sur la migration, l’éducation, l’environnement et le commerce (OBMEC) a organisé ce mercredi, à Port-au-Prince, son dernier atelier binational sur les recommandations de politiques publiques visant l’harmonisation des relations haïtiano-dominicaines. La République dominicaine a été bien représentée. Pour la première fois, des représentants du gouvernement haïtien ont participé à cet atelier. Edwige Lalanne qui transmet les mots du Premier ministre donne la garantie que son gouvernement va en tenir compte.

Publié le 2017-05-17 | Le Nouvelliste

National -

« Le temps universitaire s’achève. Une étape importante vient d’être franchie. Maintenant, le temps politique commence. Nous passons le relais aux décideurs », a déclaré d’entrée de jeu Jacques Edouard Alexis, prenant la parole au nom de Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya qui a été l’hôte de l’activité. En effet, après deux ans de recherche, l’OBMEC (consortium de six universités haïtiennes et dominicaines) qui a travaillé sur les thématiques de migration, d’éducation, d’environnement et de commerce, a présenté ses recommandations pour l’élaboration des politiques publiques. « Nous ne pouvons que formuler l’espoir que ces recommandations soient entendues et mises en œuvre dès que possible », a souhaité l’ex-Premier ministre, s’adressant aux membres du gouvernement haïtien qui, pour la première fois, ont répondu à l’invitation. Jacques Edouard Alexis explique qu’il y va de l’avenir de nos deux pays liés par une communauté de destin. L’ambassadeur Edwige Lalanne, représentant du Premier ministre Jack Guy Lafontant, dans un bref discours, donne la garantie que le gouvernement va prendre en compte les travaux réalisés par les chercheurs. «Effectivement, ce travail intègrera les politiques publiques de mon gouvernement », indique-t-il d’une voix rassurante. La représentante du ministère des Affaires étrangères, Yolette Azor, n’avait que des mots de félicitations pour les responsables de l’observatoire. Elle croit que ces recommandations vont aider les deux gouvernements à faire avancer les relations entre les deux pays. C’est également l’avis de Francisco Doleo Ramirez, recteur de l’Université APEC qui estime que les deux pays peuvent profiter des recommandations de l’OBMEC pour une meilleure coopération. Selon Massimo Scalorbi de l’Union européenne, les différents acteurs politiques et les institutions des deux pays pourront utiliser ce cadre de recommandation pour rédiger une feuille de route conjointe et un agenda au niveau binational pour permettre de consolider la coopération entre les deux pays. Les recommandations de l’OBMEC Les recommandations de l’observatoire sont en fait des solutions proposées pour venir à bout des problèmes les plus urgents. Aucun des quatre aspects : Commerce, Éducation, Migration et Environnement, n’est moins important et les politiques publiques efficaces dans ces secteurs sont attendues dans l’heure. Pour cela, l’OBMEC propose à la fois ces recommandations et les stratégies de mise en œuvre qui vont avec. Nécessité d’avoir une politique migratoire Les recommandations spécifiques à la problématique migratoire ont été aussi simples que tranchantes. Elles pointent du doigt un vide qui n’a pas été jusqu’ici comblé, faute de « volonté politique réelle » pour venir à bout du problème. Pour la professeure Sabine Manigat, il ne s’agit pas de restreindre la libre circulation des gens, mais de contrôler le flux migratoire, d’organiser le recrutement de la main-d’œuvre et de formaliser les conditions de vie des gens. « Aucun des deux pays n’a de politique migratoire », dit-elle au cours de sa présentation, avant d’inviter les gouvernants des deux États à faire mieux qu'évoquer cette question sensible. Réagissant sur la situation des 200 000 personnes qui doivent participer au Plan national de régularisation des étrangers en situation migratoire irrégulière (PNRE) instauré par les autorités dominicaines, le professeur dominicain Wilfredo Lozano estime qu’ils ne peuvent pas y prendre part, faute d’avoir les pièces requises. « C’est impossible pour eux d’avoir ces pièces à cause des problèmes d’Haïti », a-t-il indiqué, précisant que la solution serait de les amnistier afin de faire partie de la société dominicaine. Un commerce binational à sens unique Sur le plan commercial, les rapports ne sont pas égaux car l’un des deux pays a une production très élevée, contrairement à l’autre. Le commerce entre la République dominicaine et Haïti, constaté dans les marchés frontaliers, est caractérisé par de forts déséquilibres […] qui sont préjudiciables à Haïti, et qui affectent le climat des échanges commerciaux, lit-on dans le rapport. Le fait que tous les marchés binationaux se trouvent du côté de la République dominicaine est symptomatique aussi du fait qu’Haïti n’est pas de taille face à son voisin. Les chercheurs dominicains présents à cet atelier croient que cela résulte du fait qu’il y a plus de sécurité de leur côté. Même si les recommandations qui prennent en compte l’établissement d’une politique commerciale et d’un système flexible de tarifs douaniers ne prennent pas en compte ce facteur. Environnement et éducation Avec en vue l’augmentation vertigineuse et en très peu de temps de la couverture forestière de la République dominicaine, l’OBMEC recommande la mise en place de projets pilotes dans le domaine de la réduction des vulnérabilités et de l’adaptation au changement climatique. La République dominicaine, bon élève, à travers une politique environnementale commune aura, de concert avec Haïti, à accorder la plus haute priorité à un programme pilote de reforestation de la zone frontalière. En matière d’éducation, à côté du renforcement de la coordination dans une perspective interculturelle, l’Observatoire recommande d’établir un axe de travail concerté qui permettra d’améliorer le taux de scolarisation et la qualité des apprentissages dans les écoles de la zone frontalière.

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