Avons-nous confiance en nos dirigeants ?

REGARDS

Publié le 2017-05-17 | Le Nouvelliste

National -

Sans la confiance entre gouvernants et population, aucune action réformatrice de l’État-nation ne sera efficace et durable. La confiance est un prérequis pour accéder à la cohésion de la société, moteur du progrès. Avons-nous confiance en nos dirigeants? Croyons-nous que nos parlementaires et les membres de l'exécutif sont d’honnêtes gens travaillant dans l’intérêt de la nation? Aucun sondage n'est nécessaire pour connaître la réponse. Le décrochage électoral (une minorité, moins de 30% de l’électorat) se présente aux urnes, pour élire leurs représentants. L'affichage de ce réalisme pessimiste des citoyens, face à tout ce qui touche la politique et les politiciens, se caractérise notamment dans la migration massive de la population vers l'ailleurs. Ce «n'importe où sauf Haïti» est la traduction la plus tangible de ce manque de confiance dans les promesses des politiciens. L'ignorer serait se condamner à mort politiquement, pas seulement au sens figuré, le mot mort. Car cette défiance généralisée annonce une rupture imminente du lien social gouvernant-gouverné. Se pourrait-il que vos vitres fumées vous empêchent de voir et que vos sirènes assourdissantes vous empêchent d'entendre, de nous entendre? Vous semblez plongés dans une vie de luxe, dans un monde surréaliste que vous vous payez avec l'argent de nos taxes, dans ces hôtels de l’Haïti «Business». Vous ne réalisez sans doute pas que la détresse est palpable et se lit en caractère gras sur le visage des milliers de jeunes que vous côtoyez au quotidien. Chaque jour qui passe voit se dissiper l’écart entre eux et la solution ultime. Dans leur tête, vous êtes l’étape après le point de non-retour. Des bruits courent. Ils sont colportés, par vos collègues, ou simplement des fuites organisées quand ce n'est l'arrogance du chef qui se croit tout-puissant et tout permis. Des bruits plus imposants que le tintamarre de vos sirènes, renforcés par la puissance multiplicatrice des réseaux sociaux. Des rumeurs qui traduisent le ras-le-bol de la population, à tort ou à raison, de vos salaires et avantages marginaux, vos subventions, les marchandages de votes (dénoncés par vos propres collègues), la corruption, le trafic d'influence, la pléthore d'individus non qualifiés que vous imposez à l'administration publique inefficace (le contraire serait étonnant). Quand la politique paraît aussi sale aux yeux de la jeunesse, c'est l'avenir qui est éclaboussé. Pourtant, je suis persuadé que tous les politiciens ne correspondent pas à cette image que la population a peinte de vous. Au contraire, c'est aux institutions politiques de proposer le changement nécessaire à notre redressement. Malheureusement, vos actes les plus rapportés ne reflètent pas cette noblesse. Autrement dit, vous êtes contraints, après avoir gagné vos élections, de gagner la confiance de la «Majorité» qui n'a pas voté pour vous... Voilà pourquoi, quelques 8 semaines après la formation du gouvernement, l’exécutif essuie un lot de critiques, semblable à un pouvoir en fin de règne... Bien sûr, certaines gaffes n'ont pas aidé. Malgré plus de dynamisme du Parlement, avec un président de l’Assemblée nationale plus présent que le Premier ministre dans les médias et sur les réseaux sociaux, le taux de satisfaction reste très bas. L'opposition, dorénavant, est majoritaire partout, c'est la population contre le politique. Ceci est à prendre très au sérieux... Au fait, pour vous dire honnêtement, ce qui me désole le plus, c'est le vide, non comblé, créé par le désabusement citoyen. Je ne constate pas, à côté du recul des politiciens, une avancée citoyenne. On entend ici et là des élans associatifs, mais, malheureusement, sur le même principe de regroupement ou la qualification se joue sur le degré d’amitié avec les initiateurs du mouvement. À côté des critiques acerbes sur les réseaux sociaux et dans les lignes ouvertes, cette frange de la population qui s'autoproclame saine, intelligente et patriote n'arrive toujours pas à s'organiser, entre eux, autour d'un projet pour agir. La même attitude stérile du spectateur sur sa «Ti chez ba», avec sa «kat pelouz», rêvant d'Obama et de Macron comme modèle idéal de candidats aux élections haïtiennes de 2022... Un pays est un projet qui se construit debout, c'est la différence avec le fantasme qui ne demande pas de prise de position particulière.

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