Magrit ou le pouvoir des mots.

Livres en folie Maguy D. Jean est quasiment une inconditionnelle de Livres en folie. L’auteur, depuis quelques années, publie, en effet, un nouveau livre presque à chaque édition. Cette fois, elle présente Magrit, un texte qui édifie sur le pouvoir des mots.

Publié le 2017-05-16 | Le Nouvelliste

Culture -

« Magrit ekri pou tout moun ki dakò fonksyone nan yon lòt dimansyon. Viv yon lavi moun ekstraòdinè pou kominote yo ka monte an flèch nan reyalize bon bagay. Si w se yon moun ekstraòdinè, w ap renmen liv sa a, w ap achte l pou moun tankou w epi pou lòt moun ou ta renmen vin menm jan ak ou. » Ainsi se résume Magrit, 123 pages, en quatrième de couverture. Ecrit en créole, le texte de Maguy D. Jean raconte l’histoire d’une femme qui apprend à lire à l’âge de 38 ans parce qu’elle est une femme. Benjamine d’une famille de sept enfants, dont six garçons, Mesye ak Madan Joslè, les parents de Magrit avaient jugé peu important que leur fille apprenne à lire. Ils n'avaient aussi trouvé que des défauts à tous les prétendants venus demander sa main parce que c’est elle qui devra prendre soin d’eux dans leurs vieux jours, les six fils ayant quitté le toit paternel sans donner de nouvelles depuis. Une vie misérable que Magrit se résigne à mener jusqu’au jour où elle rencontre Madan Pyè. Madan Pyè sera la bonne fée qui apportera les mots dans la communauté de Magrit grâce au centre d’alphabétisation qu’elle y ouvre. La vie ne sera plus la même à « Nan Monben ». Pour les croyants, ce sera un plaisir de lire Magrit. Car en plus d’apporter les mots à Magrit, à sa famille et à sa communauté, Madan Pyè leur aura aussi apporté la bonne nouvelle de Jésus-Christ. La conversion de la famille fait grandir leur foi et est en grande partie la source de leur conception renouvelée du monde autour d’eux. Au-delà de ce fait, le livre peut être aussi un plaidoyer pour les valeurs communautaires aujourd’hui jetées aux oubliettes. La première réaction des gens, après avoir appris à lire et à écrire, fut d’agir sur leur environnement en en prenant soin mieux que par le passé, en se nourrissant correctement. En ce cens, l’auteur en a profité pour promouvoir la consommation locale. Avec Magrit, Maguy D. Jean revient également à un précepte vieux comme le monde mais toujours aussi actuel. Chacun est maître de son destin et peut choisir d’être acteur de sa vie. Ou de n’en être que le spectateur. À 38 ans, Magrit apprend à lire, change sa façon de se nourrir, laboure les hectares de terres ses parents jusqu'à rendre ceux-ci de nouveau fertiles. À 41 ans, elle se marie et s’installe avec son mari dans la communauté que Madan Pyè, ses parents, son mari et elle n’ont plus arrêté de progresser. Nèg nan Monben qui lui crachait à la figure que « doub sis mouri nan men l » ont finalement eu leur réponse. Magrit arrachera bien des sourires. De connivence, d’acquiescement ou même d'ironie. Des sourires de plaisir élargiront tout autant les lèvres, c’est selon. Le lecteur se plaindra sans doute du choix de publier des pensées dans le livre et d’y inclure une forme d’interrogatoire ; il se plaindra aussi du fait de ne pouvoir situer clairement son genre. Il jugera au final si Magrit valait le détour.

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