IFH/ semaine de l’Europe/10 mai

OXMO PUCCINO, élégant et fascinant rappeur

Publié le 2017-05-15 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard Il y a rap et rap, comme slam et slam, ou art et artisanat. Ce courant verbal régnant depuis quarante ans, issu des Etats-Unis, ayant gagné le monde entier, compte des désastres, cadavres et débris comme ses beautés. S’il y a des monceaux de déchets commerciaux à base de textes médiocres, prosaïques, vulgaires, pondus par des amateurs de facilité, il existe aussi des chansons « rap» bien pensées, de forme soignée. Ces dernières sont conçues par de jeunes auteurs et poètes, ayant compris les magnifiques opportunités de popularité, offertes par ce genre où la parole libre et scandée prime. Si on n’appartient pas à la catégorie des boudeurs, des ours mal léchés et collets montés, on doit admettre que l’oralité et la communication ont des charmes certains que n’offre pas le médium traditionnel du livre. Foin de l’hermétisme, dans le rap ou le slam. Plaisirs anciens et retrouvés des jeux de mots et de la rime. Les chansonniers, slameurs et rappeurs, sont nos modernes bateleurs, trouvères et troubadours. De la France, nous est venu le rappeur Oxmo Puccino, de son vrai nom Abdoulaye Diarra, né le 3 août 1974 à Ségou au Mali, émigré en France avec sa mère à l’âge d'un an. Français, il l’est, ayant grandi dans le 19e arrondissement parisien ; son quartier est violent et difficile – quartier Danube. La zone est réputée pour la toxicomanie et ses « crackeurs » : climat prédisposant à l’observation et la contestation sociales. Oxmo Puccino découvre le rap à onze ans et commence à rapper vers l’âge de treize ans. Après les passages et la figuration dans maints groupes et projets collectifs, il entame une carrière solo avec à son palmarès des disques d’or et des « victoires » de la musique. Sa présence en Haïti se justifie dans le cadre de la semaine de l’Europe et de l’amitié haïtiano-européenne. Au spectacle du « Black Jacques Brel », nous n’avons pas entendu beaucoup de métaphores mais surtout des phrases chocs, des jeux de mots intelligents, des calembours, de l’antithèse et du paradoxe, du non-sens. Oxmo Puccino a le sens du rythme, du « flow » et des rapports solides avec la musique, plus que certains. Un public nombreux, français et francophone l’a accueilli sous la tente et dans la cour de l’IFH : jeunes, moins jeunes, adultes curieux. Oxmo Puccino était accompagné par trois musiciens sur scène: Mister Victor, D.J. ; Ido Deperduto, claviers ; Eddy Purple, guitare. A la sono : Fredino Matigno. Des thèmes à la fois différents et se recoupant quelque part : « Salut ! » pour accueillir ce bon public ; « Pas ce soir « traitant de la fatigue physique, empêchant les ébats sexuels à côté d’autres empêchements et contraintes ; « Amour et propriété », thème choyé par le public et le chanteur qui se définit comme le rappeur de l’amour ; « La slow life » avec ce vers paradoxal : « A cheval sur la tortue j’arrive au galop » ; « Black maffia » qui dit tout ; « croire une fois à la bonne distance « exposant ces vers se confondant : « Ton rêve est-il le tien/ Ton rêve tu le tiens » ; « Un week-end sur deux « traitant visiblement de l’absence d’un parent : « La vraie solitude est monoparentale ». Oxmo Puccino invite la talentueuse Donalzie Théodore à le rejoindre sur le podium. La chanteuse empoigne la guitare électrique et chante d’une voix d’abord timide puis assurée sa chanson traitant de la vie et du temps qui passe trop vite. Oxmo Puccino commente par un rap adéquat. Nous goûtons tout de suite après à : « Surprise –birthday » ou « anniversaire surprise » ; comique de dérision et assez critique sur ces fêtes et invités improvisés et envahissants, vous empêchant de dormir. On reprend vers la fin le deuxième couplet de « Pas ce soir ». On goûte à « Le cactus de Sibérie». Du bon rap avec des textes humoristiques et intelligents, bien travaillés. Des rythmes à la mode, venant du « Hip-Hop », du R and B, avec un hommage en passant à la bossa nova. De bons accompagnateurs capables de commentaires musicaux valables. Un niveau ni trop « intello », ni à ras le sol. Une intéressante soirée.

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