La collection du Centre d’art : enjeux et valorisation d’un patrimoine

Publié le 2017-05-16 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens Mme Florence Conan (1) a établi l’inventaire complet de la collection du Centre d’art au cours d’une conférence au centre. Elle a reconstitué la liste des oeuvres appartenant à cette galerie et, d’un autre côté, celles des pièces en consignation des artistes qui ont l’habitude de faire affaire avec l’institution. Des dispositions seront prises, d’après la conférencière, pour lancer un projet architectural du centre sur le site où il est érigé –sa propriété, et, par ainsi, relancer les activités de la galerie – sa vocation. Créé par Dewitt Peters en mai 1944 et reconnu d’utilité publique en 1947, le Centre d'art a été victime du séisme du 12 janvier 2010. À côté de tous les autres symboles nationaux : le palais national, en voie de reconstruction, la Cour de cassation, reconstruite, etc. Tous ces édifices constituent aussi notre patrimoine. Dans sa conférence, Mme Conan, détentrice d'une maîtrise en muséologie de l’école du musée du Louvre, a rappelé qu’elle a été déléguée en mission par ce musée au Centre d’art en mars 2016. D’ailleurs, elle est au terme de sa charge au centre. Elle sera remplacée par une autre mission en septembre 2017. Elle a divisé son travail au centre en deux (2) grandes parties : 1- Établir une méthode simple de travail pour offrir aux chercheurs, aux étudiants et aux internautes une manière de consulter les œuvres des artistes du centre, sans difficulté. D’abord, sur Excell : provenance, technique, division, etc. Non satisfaite, elle a lancé une campagne de numérisation des pièces appartenant au centre, avec l’aide d’un groupe d’étudiants de l’IERAH. Certains ont été formés à cette fin. Un logiciel adapté à la saisie des données dans un musée a été créé par une firme haïtienne : PMB. Certains champs ont été ajoutés au serveur pour consultation en ligne : par artiste, par techique, etc. 2- Procéder à un inventaire exhaustif des œuvres du centre. Ce travail est basé sur des inventaires antérieurs. Par exemple, l'un, en 2012-2013, réalisé par le conseil d’administration, un autre, en 2010-2011 par Smith Sonian ou, bien avant, par le centre lui-même. L’état des œuvres a été vérifié : 65% en bon état (estampillé vert), et le reste en rouge (pour les œuvres abîmées). Pour les pièces appartenant effectivement à la galerie et les autres en consignation, Mme Axcell Liautaud, présidente du conseil d’administration du centre, a fait une remarque pertimente au jeu de questions. Pour elle, la galerie remettra les tableaux ne lui appartenant pas. Néanmoins, ajoute-t-elle, « il faut rendre immatériel ce qui lui appartient». Aucune des œuvres de la galerie ne pourra être vendue à un particulier. « Les oeuvres font partie du patrimoine du centre. » Mme Conan a rappelé que la collection du centre est constituée d’achat d’œuvres d’artistes, de dons d’artistes ou de collectionneurs. Certaines toiles ont été offertes en cadeau au Musée d’art haïtien du collège St-Pierre, tirées de la collection personnelle de Dewitt Peters, de tableaux de Hector Hyppolite, de Préfète Duffaut, de Luce Turnier... Après le séisme, la FOKAL a apporté sa contribution au centre, en vue de la conservation des œuvres ; d’autre part, la Smith Sonian Institute (Washington D.C.) a accompagné la galerie pour l’inventaire et la conservation des collections. Au total, le centre dispose de : peintures : 3 500 tableaux, parmi lesquels des œuvres de Philomé Obin, Salnave Philippe Auguste, Préfète Duffaut, Jasmin Joseph, St-Soleil (Robert Saint-Brice et autres), etc. ; arts gragiques : 1 000 pièces, dont des dessins de Murat Brierre, des sérigraphies, des lithographies d’Antonio-Joseph ; objets décoratifs : 30 dont des travaux d’André Pierre sur bois ; sculptures : 50 dont Guyodo (Frantz Jacques), Jasmin Joseph, ... fers découpés : 300 parmi lesquels Georges Liautaud, Murat Brierre, Gabriel Bien-Aimé, etc. Ensuite, elle a fait état d’une importante collection d’œuvres et d’archives du centre liées à l’histoire d’Haïti. Les questions à la conférencière et au conseil La conférencière a insisté beaucoup sur la valorisation de la collection du centre : d’abord, renforcer sa collection avec l’achat d’œuvres des créateurs d’art contemporain ; ensuite, organiser des expositions de sa collection ; développer des projets de recherche et valoriser la collection par des documents pédagogiques. Comme pour l’exposition de Jasmin Joseph où des écrits tant pour les collectionneurs que pour les enfants sont mis au grand jour. En outre, a-t-elle souligné, une commission scientifique, dont l’un des membres est Carlo A. Célius, a été créée pour « réfléchir à une politique de recherche », selon Mme Conan, et accompagner le travail et la nouvelle orientation du centre. Cette commission aidera les chercheurs, les étudiants en histoire de l’art ou en muséologie à produire des thèses autour de la collection du centre. En plus, le centre est disposé à faire voyager sa collection pour être exposée dans d’autres musées. D’abord l’exposition sur Jasmin Joseph. D’autres questions techniques ont été posées à la conférencière, sur la possibillité de disposer de ce logiciel. Elle a demandé aux gens de voir l’entreprise haïtienne, créatrice du programme. La conférence a permis de déceler d’autres visions du Centre d’art dans le futur. Peut-être va-t-elle devenir, à la fois, un musée, une galerie, un lieu de recherche et de diffusion de «l’art populaire» haïtien, à travers conférences, expositions et des cours de formation.

1- Florence Conan est détentrice de deux diplômes : 1- Master en muséologie et 2- Master en conservation à l’école du musée du Louvre . En plus, elle est chargée auprès du centre d’art depuis mars 2016 d’une mission par le musée du Louvre. La conférence s’est tenue le 25 avril 2017.

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