Gouverner ne s’improvise pas

Publié le 2017-05-08 | Le Nouvelliste

Editorial -

La France a un nouveau président. Il n’est issu ni des grands partis politiques comme Mitterand, Chirac, Sarkozy ou Hollande avant lui, ni d’une histoire chargée de symboles et de victoires comme ce fut le cas pour De Gaule, par exemple. Emmanuel Macron est son nom. Il se proclame ni de droite, ni de gauche. Il est jeune. Il est vif. Transgressif et pressé. À l’instar de Michel Martelly, Donald Trump ou Jovenel Moïse, comme sorti de nul part, il conjugue le renouvellement de la classe politique dans son pays. Lui aussi, comme Martelly, Trump ou Moïse, il va devoir trouver une majorité parlementaire pour gouverner et aura face à lui la pesanteur des appareils et les reflexes anciens, les résistances naturelles et le mur de la réalité. Il devra faire avec. Faire de son mieux. Ici ou là à travers le monde, de nouveaux leaders émergent. Emmanuel Macron est de cette génération. Fruits de la maîtrise des médias, des réseaux sociaux, des codes du storytelling, ils surfent sur la vague numérique qui rapproche comme jamais les électeurs des émetteurs d’idées. Ils prennent des raccourcis à la vitesse 2.0 pour écrire l’histoire. À la recherche de parade, pour sortir des impasses, les peuples embrassent ces nouvelles idoles avec autant de chance qu’avant d’être déçus, mais cela change des haridelles sur le retour et des canassons à bout de souffle. Quand on change d’attelage pour la même destination, l’avenir sourit aux audacieux, mais les attentes restent les mêmes. Gouverner ne s’améliore pas avec Photoshop ni à coups de logiciels. Il faut se colleter, ici et ailleurs, avec les contraintes nombreuses et les attentes insatiables. Voilà pourquoi, sitôt les flonflons des célébrations de la victoire apaisés, les besoins et les insatisfactions reprennent leurs grimaces comme dans les temps anciens. Le cas Macron doit cependant attirer l’attention de nos dirigeants. Déjà on cite les noms de ses premiers ministres et ministres possibles. On annonce des mesures qui viendront au plus vite. On sait où il va, parce qu’il savait où il voulait aller avant de devenir président. En Haïti, et c’est là que toute ressemblance s’arrête avec nos pays amis, nous mettons au pouvoir des hommes neufs qui ne savent pas où ils souhaitent nous emmener. Ils se contentent de savoir où ils veulent aller.

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