7e Sommet international sur la finance

L’APN ne jure que par les Pôles économiques portuaires

Haïti, avec ses 1 500 km de côtes, dispose d’un réseau portuaire constitué de deux ports internationaux, 13 unités de ports de cabotage dont huit ouverts au commerce extérieur. Le pays via l’Autorité portuaire nationale (APN) entend concrétiser les « Pôles économiques portuaires ». Ces derniers doivent contribuer au renforcement du processus de décentralisation et de déconcentration ainsi qu’au développement et l’autonomisation des régions. En fait, la concentration des unités et agents économiques dans un même espace leur permettra de bénéficier des gains de productivité par la combinaison des économies d'échelle et de la réduction des coûts de transport et de déplacement.

Publié le 2017-05-08 | Le Nouvelliste

Economie -

« Il nous faut positionner le pays pour qu’avec ses 1550 km de côtes, Haïti soit en mesure de profiter de cette nouvelle donne malgré son rapport ambigu avec la mer à laquelle elle tourne le dos. Haïti a pour devoir d’inverser cette situation et utiliser la mer et les ports comme éléments catalyseurs pouvant aider le développement national. » Déclaration du directeur du cabinet technique de l’Autorité portuaire nationale (APN), l’ingénieur Jean Carrel Delpé, en marge du 7e Sommet sur la finance, qui s'est déroulé du 24 au 28 avril 2017. Suivant la vision de l’APN transmise par l’ing. Delpé, Haïti, de par sa position géographique à la sortie du canal de Panama, est placée sur les grandes routes maritimes par lesquelles passe une part considérable du trafic commercial entre l’Asie, l’Amérique et l’Europe. Ainsi, plusieurs pays de la région comme la Jamaïque, la République dominicaine, Cuba se sont positionnés pour capter une partie de ce trafic en construisant des infrastructures portuaires (hubs) adaptées pour répondre aux besoins de ce marché. Aux yeux de Carrel Delpé, les ports maritimes d’Haïti ne devraient pas être seulement de simples lieux de transit et d’échange qui servent à la réception et à l’expédition de marchandises, mais il faut les considérer, dans le cadre d’une politique de décentralisation et de déconcentration, comme des supports aux pôles de développement local et régional intégré. « Les ports peuvent ainsi jouer le rôle de leviers de développement économique et de vecteurs de croissance », a estimé Delpé dans une présentation sur les Pôles économiques portuaires le 24 avril. Le directeur du cabinet technique de l’APN, entres autres, fait remarquer que le développement du réseau portuaire à l’échelle nationale doit intégrer le concept plus général de réseau maillé, en synergie avec tous les autres réseaux de transport (routier, aéroportuaire et, pourquoi pas, ferroviaire à l’avenir) afin de participer pleinement au développement socio-économique du pays. En outre, dit-il, dans l’enceinte portuaire maritime, on doit pouvoir aménager des aires pouvant recevoir des stocks de réserves stratégiques en produits céréaliers et pétroliers pour aider à l’autonomisation des régions et sous-régions et pour pallier les éventuels problèmes de pénurie. Le directeur général de l’Autorité portuaire nationale (APN), l'ingénieur Hervé Éveillard, a constaté que l’inefficacité des politiques publiques de ces dernières décennies à aborder la problématique du développement national résulte d’une vision plutôt désarticulée du territoire. « La pratique de superposition d’éléments sectoriels, rappelle-t-il, sans lien avec un schéma de convergences territoriales axées sur les potentialités régionales, accentue la désorganisation économique tout en amplifiant les propensions marginales observées comme les migrations des périphéries vers les centres urbains avec les conséquences qu’on connaît. » En montrant les avantages que peut l’exploitation des ports, le DG de l’APN a déclaré : « Haïti dispose de plus de 1550 km de côtes et que, pour des raisons autant liées à l’histoire qu'à la géographie, la plupart de nos villes sont côtières. Ces dernières recèlent des potentialités agricoles, touristiques, halieutiques, agro-industrielles qui sont autant de pôles d'investissement privilégiés qu’étant seules, mal encadrées et peu outillées, les municipalités ne peuvent ni exploiter ni structurer pour leur propre développement. Nos municipalités ne sont pas davantage en mesure d’utiliser ces mêmes atouts comme locomotive de croissance pour l'ensemble de l'économie nationale. » M. Éveillard confie que l’Autorité portuaire nationale voit là une option de structuration de l’espace, susceptible de redonner de l’espoir et un pouvoir d’initiative aux municipalités de ces régions côtières, à travers la mise en œuvre de pôles économiques portuaires comme schéma de cohérence, de réduction de la pauvreté, de création d’emplois, de renforcement de la cohésion sociale et de développement ambitieux. Il conçoit le Pôle économique portuaire comme modèle d’accélération de croissance endogène préconisé par l’APN. Hervé Éveillard associe le projet autour des municipalités à un cluster d’acteurs dans un partenariat public-privé intelligent au service de nos régions. « L’APN veut jouer son rôle et est prête à faire l’effort qu’il faut en mettant, dans ce partenariat, ses ressources disponibles aux fins de favoriser l’émergence d’un cadre favorable à l’éclosion d’activités socioéconomiques structurantes », a déclaré le directeur général de l’APN.

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