À quand la fin de l’État pompier ?

Publié le 2017-05-05 | Le Nouvelliste

Editorial -

Des chercheurs d’un peu partout dans le monde s’étaient réunis à la fin du mois d’avril à Port-au-Prince pour parler de développement urbain post-crise. À ce colloque, ils étaient pour la plupart des étudiants, des professeurs et quelques rares acteurs concernés par la question. Les grandes têtes de l’État avaient brillé par leur absence. Que l’on veuille ou non, plus de sept ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Port-au-Prince s’étend. Le quart de la population du pays y est concentré. Et en un peu plus de 50 ans, la capitale est passée de quelque 140 000 à 3 millions d’habitants. La ville s’étale sous nos yeux. De nouveaux bidonvilles sortent de terre au sud et au nord de la capitale. D’autres suivront. Port-au-Prince n’est pas la seule ville au monde à avoir une croissance urbaine accélérée. Un peu partout, les gens adorent les villes où les opportunités sont plus faciles. Les autorités s’y préparent de leur côté. Ici, la réponse fait souvent défaut. Les autorités municipales sont souvent complices de l’anarchie créée. Et non seulement l’État encourage les personnes à délaisser les campagnes – problème d’emploi, d’accès aux services de base et d'infrastructures – pour s’établir dans les villes, aucune mesure non plus n’est prise en termes d’aménagement du territoire. La notion de « planification urbaine » n’est jamais prise en compte. On a raté l’occasion de tout remettre en question le 12 janvier 2010. De se remettre en question. De partir sur de nouvelles bases. On gardera encore le statut d’ « État pompier » pour plusieurs années, misant sur la bienveillance du « Bon Dieu ». Chaque goutte de pluie rappelle à quel point on est vulnérable. À quel point on a failli à sa mission. Cette semaine, le Sénat de la République a voté à l’unanimité une résolution qui demande à l’exécutif de déclarer l’état d’urgence pour le grand Sud et l’état d’urgence environnementale à l’échelle nationale. Sur la liste de ces votants figurent des sénateurs qui avaient soutenu l’organisation du carnaval aux Cayes en dépit de plusieurs voix qui s'étaient élevées pour dénoncer le déroulement de cet événement dans la troisième ville du pays. Comme si le principe était « laisser faire, on verra après ». Laisser les personnes construire comme elles veulent, dans des ravines, dans des zones à risque, après les catastrophes on fera le nécessaire. À quoi sert un État qui ne gère que l’instant présent ? Au-delà des maquillages, l’actuelle administration doit envoyer certains signaux sur les urgences de l’heure. Montrer que l’action publique n’est pas quelque chose de fictif. Restaurer l’autorité de l’État tout en respectant les droits humains. Agir comme un État responsable.

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