Le gouvernement doit-il décréter l’état d’urgence environnementale ?

Publié le 2017-05-04 | Le Nouvelliste

Editorial -

A la suite des dégâts causés par l’ouragan Matthew dans les départements du Sud, des Nippes et de la Grand’Anse les 4 et 5 octobre 2016, beaucoup de voix s’étaient élevées pour demander au président Jocelerme Privert de décréter l’état d’urgence dans ces trois départements. Il n’avait pas emprunté cette voie, compte tenu de la mauvaise utilisation de ce procédé en 2010, après le tremblement de terre, et en 2013, après le passage du cyclone Sandy. Dans une résolution adoptée mercredi, le Sénat de la République enjoint le pouvoir exécutif de décréter l’état d’urgence pour le grand Sud et l’état d’urgence environnementale à l’échelle nationale. Les dernières pluies qui ont détruit des routes, des ponts et des plantations dans le département du Sud ne constituent pas un motif pour demander au pouvoir exécutif de décréter l’état d’urgence pour les trois départements du grand Sud. L’arrêté qui doit instaurer l’état d’urgence doit préciser la nature de l’événement et la durée de son application. Sept mois après, le gouvernement ne peut pas décréter l’état d’urgence en raison des dégâts causés par Matthew. Ce qui semble vouloir dire qu’il n’est plus opportun de décréter l’état d’urgence sous le prétexte de l’ouragan Matthew. Il serait bienséant pour le Sénat de forcer le gouvernement à adopter, dans les meilleurs délais, les dispositions qui s’imposent pour réparer les infrastructures routières endommagées par les dernières pluies, et d’exiger le curage des canaux et autres travaux susceptibles d’empêcher la répétition de l’inondation de la ville des Cayes et d’autres agglomérations par les moindres gouttes de pluie. Personne ne peut sous-estimer la situation grave de l’environnement à travers le pays. Cependant, il y a lieu de demander si l’état d’urgence environnementale est l’unique condition pour résoudre les problèmes de l’environnement. Si le gouvernement doit le faire, quelle en serait la durée, vu l'étendue des problèmes environnementaux ? Depuis 1994, avec le retour au pouvoir du président Aristide, un ministre sans portefeuille chargé de l’Environnement a été nommé. Sous la présidence de René Préval, le ministère de l’Environnement a été créé. Quel est le bilan de ce ministère ? Quelles sont les missions qui ont été dévolues à ce ministère ? Pendant plus de vingt ans, ce ministère n’a réalisé que des colloques, des ateliers de travail et des causeries sur l’environnement. Combien de fois les commissions de l’Environnement du Sénat et de la Chambre des députés ont-elles convoqué un ministre de l’Environnement sur le bilan de ce ministère ? Les activités législatives ne peuvent se constituer en la recherche de privilèges dans les ministères sans jamais questionner le bilan des activités de ces ministres. Sept ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, pourquoi le Parlement n’a-t-il jamais proposé une loi sur la construction ? Que font les commissions des Travaux publics des deux chambres ? Ces commissions doivent avoir à leur disposition des consultants qui effectuent quelles activités ? Sept ans après, beaucoup de maisons ont été construites dans les mêmes conditions de l’avant-12 janvier. Si le Parlement avait voté une loi qui imposait les conditions pour construire, il n’y aurait pas toutes ces constructions anarchiques. A quand la convocation du ministre de l’Environnement par le Sénat sur la situation environnementale du pays ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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