Couleurs, inondations et caravanes

Bloc-notes

Publié le 2017-05-03 | Le Nouvelliste

National -

Sur les façades de Jalousie, il ne reste presque rien des couleurs joviales dont, pour des raisons de cosmétique, on avait couvert des murs derrière lesquels vivent la pauvreté, le banditisme, le chômage, la promiscuité… Le régime de Michel Martelly avait adopté le badigeon, la peinturlure, le faux-semblant, le comme si… comme système de gouvernement. Le problème avec le mensonge, c’est que le temps finit toujours par le rattraper. Partis le jeune, le vert, le rose, qui faisaient si jolis. Restent les adolescentes qui tombent enceintes, les violences domestiques sur les femmes, la pauvreté, les vices qu’implique la débrouillardise, la sale vie qu’un romancier a su décrire dans un roman aussi triste que beau : le désespoir des anges. Il arrive que les pistes d’atterrissage soient inondées. Ce n’est pas un cas haïtien. Mais comment empêcher la stupéfaction des gens au spectacle de l’eau dans la salle des bagages. Et surtout comment oublier les farandoles et le quant-à-moi d’une inauguration qui se donnait comme la merveille des merveilles ! Et, comment ne pas réagir à la rumeur que tel pays ami a détourné le cours des eaux lors de la construction de tel édifice, sans souci des conséquences. Comment ne pas nourrir le soupçon que l’argent des cosmétiques, du visible, a été dépensé pour des raisons de faire-valoir, mais que le reste, tout ce qu’on ne voit pas, n’a peut-être pas été utilisé à bon escient. Si les pluies affectent les citoyens et les aéroports, elles ne semblent pas trop inquiéter la caravane qui fait la une. Le dicton veut qu’elle passe tandis qu’aboient les chiens. Ici, les chiens sont des humains. Qui se demandent pourquoi une campagne après la campagne. Pourquoi une enquête sur une réalité que l’exécutif devrait déjà connaître. Pourquoi la bougeotte, le culte du voyage, quand l’urgence est quelquefois de s’asseoir et de produire des réflexions en dirigeant des actions. Et comment ne pas s’inquiéter du coût d’une ballade dont l’efficacité n’est pas garantie à part peut-être la ballade ou la « méringue » qu’en tirera plus tard quelque chansonnier satirique. Et puis les ballades, on sait qu’il en est de toutes sortes. Il y a celle des pendus et celle… des gens heureux. Pas pendues, mais suspendues, les façades de Jalousie qui n’ont trompé l’œil que quelques années. La peinture devait être de fort mauvaise qualité…

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