Il pleut nos fatras

Publié le 2017-05-02 | Le Nouvelliste

Editorial -

Il pleut. Sur la capitale. Sur la région métropolitaine. Sur plusieurs départements du pays. Comme cela nous est devenu un abonnement, les réseaux sociaux sont inondés de portraits de notre triste réalité quand les éléments se déchaînent. Il en est de même quand la nature fait son œuvre. Ce mardi comme pendant le week-end, il n’y avait ni cyclone, ni tempête tropicale, ni aucune forme particulière d’intempéries. Nous ne faisons face qu’à de banales pluies de printemps. Et yo twòp pou nou. Il y a ceux qui comparent nos malheurs avec les misères des autres, comme si la solidarité dans la détresse avait des vertus curatives ou apaisantes. Il y en a d’autres qui s’étonnent de voir des trombes d’eau et de boue dans les avenues et dans les artères, dans les grands canaux de drainage comme dans les rigoles. Il en est ainsi à chaque averse. C’est plus grave aux grandes pluies. Notre catastrophe est permanente. En fait, il est normal que l’eau se laisse voir quand il pleut. Il est normal que les inondations fassent leur œuvre et des dégâts quand la pluviométrie dépasse un certain seuil. Il en est ainsi partout. Quels que soient la couverture végétale ou les systèmes de drainage, au-delà d’un certain niveau, il y a des risques et des pertes. Ce qui est inadmissible, c’est le contenu de nos déversements, c’est ce fatras sans nom, ces bouteilles en plastique, ces assiettes en foam et ces débris de toutes sortes qui dansent une folle sarabande à chaque pluie. Ni les ouvrages de drainage, ni les systèmes de canalisation n’ont été calibrés pour transporter ce que nous jetons dans la nature. À chaque orage, nous sommes devant le produit de nos viscères, devant l’incompétence de nos mairies, devant l’inaptitude du Service de ramassage des résidus solides (SMCRS) et devant l’inutilité de la Direction nationale de l'eau potable et de l'assainissement (DINEPA). Nous sommes surtout devant notre irresponsabilité comme société. Personne ne se soucie de sa production de fatras, personne ne paie de taxe pour que d’autres nous en débarrassent en bonne et due forme, personne n’évalue l’inadéquation des moyens publics ou privés pour la gestion des ordures devant la croissance de l’économie nationale, l’explosion de nos importations, la vigueur de nos consommations, mais tous nous espérons qu’un miracle nous soulage de nos déchets. Sa pa fèt konsa. Ce mardi, les photos de l’aéroport international Toussaint Louverture inondé ne sont en rien plus dommageables que le panorama général de notre pays enfoui depuis des années sous une couche permanente de détritus et d’abandon. L’aéroport inondé est un accident, ''Haiti under garbage'' est un film dans lequel nous jouons en permanence.

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