La dialyse péritonéale pour aider à résoudre le problème de dialyse en Haïti

Publié le 2017-04-21 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

L’insuffisance rénale est d’apparition relativement récente dans l’histoire de l’humanité. Comme les maladies cardiovasculaires, elle est un sous-produit de notre style de vie sédentaire, bourrée de stress et agrémentée d’une mauvaise diète, faite d’excès de calories vides et de graisses animales. C’est, à peu près, l’autre face d’une civilisation (la nôtre) qui, malgré ses multiples erreurs et faiblesses, a quand même ses mérites sur de nombreux fronts. Mais quelle ironie pour cette civilisation qui a défié la loi de la gravité et découvert les secrets de la physique quantique, et qui a enfanté des grands hommes comme Pythagore, Homère et Shakespeare ( pour ne citer que ceux- là), de se laisser piéger par la saveur du Big Mac et du French fries…! Nous sommes devenus, très souvent contre nous-mêmes, des viandards invétérés et des fans étourdis des mets croustillants et très sales. Certains passent la majeure partie de leur temps à rechercher des sites Internet, d’autres roulent en voiture ou à moto pour une simple distance de marche, et, pire encore, nous oublions la valeur nutritive et salutaire de nos fruits et légumes. Au point qu’on en arrive aujourd’hui à une prévalence mondiale d’allure épidémique de l’IRC. On estime actuellement à plus de 3 millions le nombre de personnes aux US avec IRC, dont 300 000 déjà chroniquement en traitement dialytique, et environ 30 000 de ces derniers ayant chaque année bénéficié d’une greffe rénale. Le budget total pour hémodialyse par année (89 000 US $ par patient) s’élève donc chez notre grand voisin à 42 milliards de dollars américains, ajouté au chiffre époustouflant de 7 trillions de dollars pour les greffes de rein par année (262.000 US$ par greffe). Seule une économie aussi vaste que celle des Etats-Unis peut supporter aussi longtemps des dépenses aussi faramineuses pour une seule maladie. Les autres économies, moins grandes et moyennes, s’essouflent terriblement mais continuent inlassablement à offrir ce service à leurs citoyens. C'est, pour elles, une obligation constitutionnelle vue comme un principe sacré, et ne pas la suivre équivaudrait en quelque sorte à une trahison des acquis de la civilisation. Comme vous le voyez, l’insuffisance rénale réclame pour sa prise en charge un budget extrêmement lourd et presque rédhibitoire. Le pays dit le plus pauvre du continent americain s’en passerait volontiers! Malheureusement non; elle est là, à notre porte, dans la douleur silencieuse de nos familles, sur nos lits d’hôpitaux et partout où il y a souffle de vie. Malgré l’absence de chiffres officiels de la prévalence de l’IRC en Haïti, nous estimons cette prévalence à environ 120 000 personnes, nous basant sur le taux mondial presque invariable d’IRC de 0.1% au sein de la population de chaque pays. Un défi énorme, pour une économie si frèle! Ce même défi se pose aux dirigeants et élites sanitaires des pays de l’Amérique latine qui, elle aussi, est confrontée à une incidence très élévée de l’IRC; ce qui a obligé ces dirigeants du bloc sud-américain à développer des partenariats privé-public en vue d’une prise en charge éclairée de l’insuffisance rénale dans cette région. Une des priorités mises en avant au sein de ces partenariats a été l’utilisation préférentielle de la dialyse péritonéale pour assurer la survie des patients en attendant la possibilité d’une greffe de rein. Ainsi, au Mexique, par exemple, plus de 80% des patients utilisent actuellement la dialyse péritonéale et 20% l’hémodialyse. Une stratégie qui est tout à fait recommendable, permettant de diminuer le coût de la procédure de rein artificiel. Le calcul était simple pour les autorités mexicaines: La fuite des devises pour se procurer les intrants de l’hemodialyse a été vue comme trop énorme, provoquant une véritable hémorragie au sein de cette économie mexicaine pourtant considérée comme la 13e plus large économie à l’échelle mondiale. Alors que l’hémodialyse utilise une machine comme membrane de filtration, la dialyse péritonéale utilise la membrane naturelle de l’abdomen appellée péritoine comme moyen de filtration des déchets et solutés retenus dans l’organisme quand les reins deviennent insuffisants. Le péritoine, parce que très richement vascularisé, a une surface effective de 2 m2, exactement équivalente à celle de la machine de l’hémodialyse (coïncidence qui montre bien que celle-ci est une copie de celle-là). La dialyse péritonéale repose donc sur des échanges à travers la membrane semi-perméable du péritoine de solutés et de solvant selon des gradients de concentration et de pression. La dialyse péritonéale est assurée par le malade lui-même; elle peut être réalisée à la maison ou au lieu de travail, et même au fond des sections communales les plus reculées du pays, une fois que la technique relativement simple de la procédure et les précautions d’hygiène auront été enseignées. Partout dans le monde, en Afrique comme en Asie, en Amérique comme en Europe, les autorités sanitaires et scientifiques conviennent aujourd’hui que la dialyse péritonéale et l’hémodialyse donnent les mêmes résultats en termes d’épuration et d’ultrafiltration rénale, avec cependant un coût huit fois moins élevé pour la dialyse péritonéale. Néanmoins, hémodialyse et dialyse péritonéale doivent être considérées comme des modalités complémentaires de dialyse et non concurrentielles. Pour l’instant, quatre centres d’hémodialyse fonctionnent dans le pays, et sont tous localisés à Port-au-Prince, ce qui est largement insuffisant pour couvrir les besoins d’une population chaque jour grandissante. La dialyse péritonéale viendrait donc en support à cet effort déjà réalisé par la communauté médicale locale. Ainsi, nous encourageons les dirigeants et élites médicales du pays à revisiter notre politique de santé publique et de montrer du vrai leadership dans la prise en charge de nos malades atteints d’IRC. Il revient donc à nous de donner à ces malades ce que la réalité d’aujourd’hui leur refuse, en leur offrant un Programme national de dialyse péritonéale, ce qui rendrait la dialyse effectivement accessible à plus d’un au niveau des dix départements du pays, évitant ainsi des souffrances et décès inutiles.

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