Prolongement du Mandat de la MINUSTAH, un fait Accompli

Publié le 2017-04-21 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Par Cassandra Honorat Le 15 avril 2017 marquera officiellement la fin du mandat de la MINUSTAH. Cependant, l’occupation onusienne d’Haïti persistera. Le budget annuel -US $ 345 926 700- a été approuvé pour la période allant du 1er juillet 2016 au 30 juin 2017 (voir A/C-5/70/24). Il est donc évident que la mission restera en Haïti, au moins jusqu’à la fin du mois de juin 2017. Dans son intervention par-devant le Conseil de sécurité le 11 avril 2017, Mme Honoré a fait l’éloge de ces 13 dernières années sans faire mention des nombreux cas de viols et d’actes de pédophilie perpétrés par des membres de la MINUSTAH ou du choléra (héritage du contingent népalais) qui, d’après l’OMS, a causé 10 000 morts parmi les 800 000 cas recensés. Pour conclure son intervention, Sandra Honoré a déclaré : «Compte tenu des progrès réalisés au cours des 13 dernières années, le secrétaire général a recommandé la clôture de la MINUSTAH dans 6 mois et le déploiement d’une opération de maintien de paix plus modeste axée sur l’État de droit, le renforcement de la police, et la surveillance des droits de l’homme » (UN News Centre). Plus ça change, plus c’est la même chose. La déclaration de la représentante du secrétaire Général sera suivie d’un vote au Conseil de sécurité le jeudi 13 avril 2017 pour une nouvelle résolution dont le but sera le retrait - le 15 octobre 2017 - de la force militaire qui comprend 2370 membres. Au fait, l’effectif de la MINUSTAH (126 pays contributeurs) est de 4971 membres dont 2370 sont des soldats et 2601 des officiers de police. Qu’adviendra-t-il des officiers de police, ont-ils l’intention de rester en Haïti ? Il incombe aux officiels haïtiens de faire le bilan de 13 années d’occupation militaire onusienne; la nation demande des comptes. En réalité, l’ONU intervient directement dans les affaires internes d’Haïti depuis 1990. Une panoplie de missions, les unes plus incompétentes que les autres, avec des mandats obscurs et flous font désormais partie de notre histoire : ONUVEH, MICIVIH, MINUAH, MANUH, MITNUH, MIPONUH et enfin MINUSTAH. Madame Honoré est-elle en train de manœuvrer pour prolonger le mandat de l’actuelle mission ? Que disent les autorités haïtiennes ? Le peuple haïtien, comme tout autre, a le droit à l’autodétermination et a la responsabilité et le devoir de prendre en main sa destinée. Nos parlementaires, si habiles dans l’art du blocage et de la manipulation, doivent se mettre au travail et s’évertuer à protéger et à préserver ce qui reste de notre souveraineté. La MINUSTAH doit partir. L’avenir d’une Haïti plus forte et plus stable en dépend. Il est important de souligner que prolonger ou modifier le mandat de la MINUSTAH n’est pas inédit. De 2004 à 2011, le mandat de la mission a été ajusté neuf (9) fois sous forme de résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Les résolutions 1892 et 2012 ont été adoptées respectivement en 2009 et 2011 pour prolonger le mandat de la mission : RÉSOLUTION ANNÉE 1608 2005 1702 2006 1743 2007 1780 2007 1840 2008 1892 * 2009 1908 2010 1927 2010 2012 * 2011 En 2011, l’effectif de la MINUSTAH a été réduit alors que son mandat était prolongé. C’est ce que propose aujourd’hui Mme Honoré. Cette manière sournoise de souligner les « progrès » réalisés grâce à la mission, tout en insistant sur le travail qui reste à faire, nous a valu une présence militaire onusienne ininterrompue depuis 2004. Haïti est devenue une poule aux œufs d’or pour les soldats, policiers et « experts » qui font partie de cette mission. Si Mme Honoré, en tant que représentante du secrétaire général, a fait sa déclaration par-devant le Conseil de sécurité, ce privilège aurait dû aussi être accordé à une délégation haïtienne composée de l’ambassadeur d’Haïti à l’ONU et de quelques sénateurs et députés lesquels auraient défendu la position du gouvernement et du peuple haïtiens quant à l’éventuel prolongement ou ajustement du mandat de la MINUSTAH. Le soi-disant « Core group » et les Nations unies parlent de renforcer la démocratie en Haïti, mais, dans les faits, les décisions importantes qui affectent le devenir de la société haïtienne sont adoptées au Conseil de sécurité de l’ONU et Haïti est absente, muete et traitée comme un mineur incapable. La nouvelle administration Moise/Lafontant laisse entrevoir, aussi petite soit-elle, une lueur d’espoir dans l’élaboration et l’exécution de la politique étrangère d’Haïti. Le support au Venezuela et au gouvernement décrié de Maduro est la preuve que le président Moise entend défendre les intérêts d’Haïti d’abord. Aujourd’hui, plus que jamais, les intérêts de toute une nation sont en jeu et son avenir est décidé sans l’intervention ou la contribution de ceux qui sont investis des pouvoirs de protéger et servir. Qu’est-ce qu’une « opération de maintien de paix plus modeste » ? C’est certainement un stratagème pour réduire l’effectif tout en maintenant cette présence militaire et/ou policière internationale. L’ONU décide-t-elle pour ou avec Haïti ? 27ans de bottes étrangères n’ont rien fait pour améliorer la situation en Haïti. Le bilan demeure quelque peu désastreux pour l’ONU : trois élections contestées, 80 000 personnes atteintes de choléra dont 10 000 morts, des multiples cas de pédophilie et de viols. Les institutions demeurent faibles et si la pluralité des partis politiques a atteint une dimension catastrophique et alarmante, la séparation des pouvoirs n’est toujours pas respectée. D’après Haïti Partners et le CIA Factbook, 59% des Haïtiens vivent avec moins de $2 par jour et 24,7 % vivent en état de pauvreté extrême. Le taux d’alphabétisation est de 61% mais la qualité de l’éducation laisse à désirer ; 50% des enfants n’iront pas à l’école, parmi ceux qui y vont, 30% n’atteindront pas la 3e année fondamentale et 60% abandonneront après la 6e année fondamentale. Le mandat de la MINUSTAH, tel qu’énoncé en 2004, était pourtant clair et explicite : Assurer un environnement sûr et stable ; aider à surveiller, restructurer et réformer la Police nationale d’Haïti; mettre en œuvre des programmes durables de désarmement, de démobilisation et de réintégration; favoriser le rétablissement et le maintien de l’État de droit, de la sécurité et de l'ordre public en Haïti; protéger le personnel, les locaux, les installations et le matériel des Nations unies; protéger les civils se trouvant sous la menace imminente de violences physiques; appuyer le processus constitutionnel et politique; aider à organiser, surveiller et tenir au plus vite des élections municipales, parlementaires et présidentielles libres et régulières; appuyer le gouvernement de transition; encourager les institutions et groupes de défense des droits de l’homme haïtiens dans leurs efforts de promotion et de protection des droits de l’homme; et surveiller la situation des droits de l’homme dans le pays et en rendre compte. www.un.org/fr/peacekeping/mission/minustah/mandate.shtml .

*Cassandra Honorat est détentrice d’une Maitrise en Diplomatie, suivez- la sur son blog cashon1604.wordpress.com, sur twitter et sur Facebook Contactez-la via email : cashon1604@hotmail.com Auteur

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