La gauche française : un bateau en dérive

Publié le 2017-05-15 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Même les départs les plus souhaités ont parfois leur mélancolie ( Anatole France, XIXe s ). D’une traversée du désert assez difficile, d’une saga controversée à une dérive timide mais plus que sûre, le PSF connaît aujourd’hui l’implosion. Comment analyser ce périple? La quatrième République française , née des ruines de la Seconde Guerre mondiale en 1946, ne dura que douze (12) ans. Mais d’aucuns pensent que ce qu’il adviendra une décennie plus tard alla marquer un tournant décisif dans le sillage politico-social et médiatique français. Il s’agit du retour d’exil de Londres du général Charles de Gaulle. Son retour mit fin aux atermoiements des différents gouvernements tantôt de droite, tantôt de gauche qui ont géré peu ou proue le destin de la France. De Gaulle arrive dans un contexte certes difficile, mais il aurait fallu concilier toutes les âmes et apaiser les esprits, encore fourvoyés par les séquelles de la Grande Guerre dans laquelle la France peut-être le destin, peut-être l’inertie - entra sans aucun préparatif sérieux. C’est ce lourd héritage que dut gérer Charles de Gaulle en 1958, avec la cinquième Constitution qui institua la Ve (5e) République et dont cet homme en devint ipso facto, grâce à son fameux appel depuis Londres, le président. Dès lors, le destin de la gauche française – pas de la gauche gauchisante tout comme son sort- fut scellé. Foudroyée par un mauvais sort, la gauche française, si non cette partie de la gauche, ne s’en remettra qu’après vingt-trois (23) ans de tergiversations et d’échecs. Meurtris, les socialistes français du Parti socialiste, communément appelé le PS, ne savaient quelle tête se donner tant ils n’ont pas su se rassembler. Certains critiques s’en vont jusqu’à dire – et c’est presque une évidence – que la gauche française n’existe que de nom. Pour qu’elle put effectivement exister, il fallait qu’il existât tout au moins à l’idée de chaque militante, chaque militant qu’il existe un parti de gauche et qu’il faille, nonobstant les vicissitudes, s’en remettre aux bons offices du maître mot « Le Rassemblement » . Cela viendra par acompte puisque, dit-on, l’appétit vient en mangeant . Celui qui n’a laissé passer une seule seconde sans qu’il n’ait à préparer sa présidence. Il dit et je cite:« Vous voulez briguer la plus haute fonction, la magistrature suprême ? Oui ! cela se prépare ! vous vous lavez, vous vous changez de couche, vous vous enfilez un basket, eh bien, il faut toujours y penser et vous voir assis au fauteuil de président ! ». Tel est, amis (es) / lecteurs / lectrices, l’aveu d’ un homme, d’un visionnaire qui n’a failli une seule seconde à son devoir qui était celui d’arriver au pouvoir et, de surcroît , d’endosser toute sa responsabilité, car gérer non seulement c’est prévoir , mais c’est aussi faire preuve de dépassement de soi, de répondre aux grands défis, de s’expliquer par-devant la nation et aussi d’assumer sa responsabilité. Il ne doit pas y avoir, pour un homme d’État, un chef d’État, de bouc émissaire. Il faut oser ! et c’est ce qu’a fait François Mitterand de 1981 à 1995, en restaurant le Parti socialiste mis en coupe réglée. Maintenant, la grande question à laquelle il va falloir apporter des éléments de réponse, c’est de dire haut et fort, aux fins d’éclairage, ce qu’il est advenu de la fin des deux mandats ( deux septennats ) de François Mitterrand, du Parti socialiste agonisant, sans boussole, sans capitaine et qui est totalement en dérive ? Le Parti socialiste post- Mitterrand ! De l’élection à l’administration de François Mitterrand et, sans extrapolation, à la veille de son départ de l’Élysée, le Parti socialiste français avait, sans ambages, repris du poil de la bête.Toutefois, lorsque Jacques Chirac, le maire de Paris, fut élu président de la République française, il fallut trouver au Parti socialiste un nouveau secrétaire général. Le dévolu fut donc jeté sur Jacques Delors, président d’alors de la Commission européenne, l’homme fort de Bruxelles pour reprendre en main le destin du parti afin, bien sûr, de pouvoir faire renouer les militants au goût de la victoire. Monsieur Bruxelles, comme on l’appelait à l’époque, objecta ce choix qui fut d’ailleurs judicieux, car c’était sans nul doute l’homme du moment, de l’avis de plus d’un. Et depuis, c’est la déroute de la barque qui s’amorça. Le peu d’espoir qu’il restait au Parti socialiste se joua à l’ère de la cohabitation ( partage du pouvoir entre celui qui remporte la présidentielle et le parti ayant gagné les législatives ), quand Lionel Jospin dirigea à Matignon, sous la présidence de Jacques Chirac au cours de son premier mandat, le septennat, 1995-2002. N’ayant pas su trouver un digne représentant à la tête du PS, place entre-temps est laissée aux défections, aux fluctuations des indécis , aux atermoiements de certains personnages dont le charisme pourrait faire bouger et comme de fait, avancer les choses au sein même de l’establishment du parti socialiste. Notamment, sans vouloir faire le culte de la personnalité, il y avait outre Jospin, Michel Rocard, Laurent Fabius (tous les deux, y compris le premier, premiers Ministres, également Jean Pierre Chevènement qui ne voulait faire entendre sa voix, pour n’en citer que ceux-là ) et d’autres éléphants qui pourraient sauver la face en prenant, sans contrepartie, la tête du parti. Cette période de balbutiement fut un échec cinglant pour les militants du parti socialiste lors du second mandat de Jacques Chirac, où le candidat du PS, Monsieur Lionel Jospin, s’est vu infliger une sévère raclée dès le premier tour; à telle enseigne que le second tour de ces élections opposa Jean Marie Le Pen, candidat du Front National ( parti d’extrême droite) à celui de la droite ( parti républicain). Le vide laissé au sein du PS par François Mitterrand qui a transité quelques jours qui ont suivi l’investiture de Jacques Chirac (1er mandat de sept ans), fut un coup dur pour les Françaises et les Français qui croyaient en une renaissance certaine du Parti socialiste. Cela traduisit dans la réalité des faits, un fait rarissime, qui est celui de voir arriver à la tête de la gauche française le jeune François Hollande, un homme pas trop aimé de ses pairs. La cause ? Peut-être son tempérament, sa froideur, voire son allant inoffensif. C’est aussi peut-être l’erreur que plus d’un de ses soi-disant adversaires a commise, en le sous-estimant, jusqu’à favoriser l’élection de Nicolas Sarkozy (qui n’était pas le favori de la droite emmenée par Chirac) aux dépens de Ségolène Royale, candidate de la gauche. Autant dire que le PS n’avait pas d’autre choix, ç’aurait été faire un faux débat ; puisque, de l’avis de plus d’un, le secrétaire du PS d’alors, Monsieur François Hollande, n’y pouvait rien d’une part; et, d’autre part, le panorama politique français de l’époque n’avait aucun autre prétendant sur qui toute la gauche française pouvait jeter son dévolu. Ainsi, l’élection de Monsieur Sarkozy à la tête de la République française devait, à bien des égards, constituer un exemple pour les socialistes français, surtout les gros éléphants qui préfèrent rester dans l’ombre et, de fait, laisser leur flanc aux critiques. Pourtant, ,la politique, ce qu’on appellerait « la real politik », suit son cours à un point tel que celui qui pourrait éventuellement faire (barrer la route) obstacle à Sarkozy, le brillantissime économiste Monsieur Dominique Strauss Kahn (DSK) a été écarté loin des tumultes politiques de Paris, en acceptant la direction du FMI, sur proposition du président français, Monsieur Nicolas Sarkozy. Malgré sa relaxe suite aux accusations de viol présumé sur une jeune immigrante américano-guinéenne, Sophie Natou Diallo, l’ôtel SOFITEL (NY), DSK n’a pu s’en remettre ( sans oublier d’autres accusations à l’interne, peut-être là encore pour lui casser toute velléité présidentielle qui pourrait nuire à l’homme fort de l’Élysée qui lorgnait déjà un second mandat) de ses propres frasques sexuelles, y compris des nombreuses attaques portant atteinte à son honneur, celui de son épouse Anne Saint-Clair, journaliste de renom. Entre-temps, les coups bas se multiplient, la gauche se fourvoie, se perd, se désoriente. Aucun des grands ténors n’eut, à un seul moment de la durée, à penser au rassemblement. Ils préfèrent se mettre en ordre de bataille rangée pour faire échouer une fois de plus la gauche aux prochaines élections. Alors vint le temps, non pas celui de trouver un candidat face à Sarkozy qui tentera ( et voit augurer une seconde victoire face à cette gauche agonisante) de briguer une seconde fois la magistrature suprême. C’est la chamaillerie politique de la gauche française haineuse et méprisante, détestable et ironique qui va faire de l’homme qu’on dit froid, moribond, inapte à diriger, le premier socialiste post- mitterrandien à redonner à la gauche française le pouvoir. Là encore, ça n’a jamais été facile et ce n’est non plus un blanc seing accordé à Hollande. Puisqu'il a dû passer par la primaire socialiste, la première de toute l’histoire de la France, y compris de celle du PSF qui allait être remportée sans ambages par Monsieur François Hollande, de qui la France a eu à dire tout le mal possible. Mais l’histoire, tout comme celle d’autres pays, d’autres partis politiques, retiendra que François Hollande a fait œuvre qui vaille. L'échec de la gauche française est à rechercher de l’intérieur; puisqu’elle a toujours été minée, rejetée, conspuée par ses pairs. L’échec du PSF n’est pas celui d’un homme. C’est celui bien sûr de tous les membres d’équipage qui n’ont rien fait pour sauver le bateau et qui, de surcroît, se complaisent à regarder d’un regard incendiaire un bateau en feu; le leur. C’est ainsi et surtout l’échec d’une équipe ayant laminé l’espoir de survie, de redonner vie, un regain de sursaut à un bateau en dérive puisqu’étant abandonné par des flemmards. Quid du mandat de François Hollande ? Qu’est-ce qu’ils ont fait des cinq ans de Hollande ? Rien ! Absolument rien. Au lieu d’insuffler un nouveau souffle à ce bateau ( le PSF), ils se sont retirés à l’anglaise. Donc, c’est l’abandon des maquisards qui souhaitent revenir, remonter à bord. Il suffit de regarder la physionomie du bateau sens capitaine, sans destination, sans boussole pour comprendre qu’il faille, sans langue de bois, repenser le Parti socialiste français, en recollant les morceaux. Mais, pour y parvenir, cela se fera sans les vieux rats et les jeunes loups dopés d’appétit vorace. Qu’on le veuille ou non, la gauche française va devoir regarder et laisser faire encore au moins dix ans avant de reprendre du poil. Autant cela exigera des plus critiques et détracteurs de François Hollande une autocritique de leur part qui les dessillera les yeux, jusqu’à comprendre et Monsieur Hollande et son quinquennat. C’est à ce moment seul - et personne n’en dira autrement – que le PSF pourra renaître de ses cendres. Donc, il est opportun que des analyses critiques, pertinentes et approfondies soient faites des cinq années de la gestion saine, rationnelle et efficace de l’administration ( présidence ) de François Hollande qui s’est drapé de la couverture de pompiers au lendemain du quinquennat désastreux de Sarkozy . Pour que soit réparé le mal, il faudra un grand ménage. Aux grands maux, de grands remèdes ! Comprendre qui voudrait !

Jean-Raymond Exumé Juriste / Professeur des universités Spécialiste des Relations internationales Port-au-Prince, le 26 Février 2017 Tel : 3699-2494/3478-2197 Auteur

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