Drame aux Gonaïves: des obsèques émouvantes pour les victimes

Publié le 2017-03-20 | Le Nouvelliste

National -

26 des 38 personnes ayant péri dans la tragédie du 12 mars dernier aux Gonaïves ont été inhumées le samedi 18 mars 2017. En raison de ces obsèques émouvantes, la cité de l’Indépendance a connu une matinée maussade. Sur la place d’armes des Gonaïves, en face de la statue de Dessalines, vingt-six cercueils sont exposés avec des gerbes de fleurs dessus. L’atmosphère est hargneuse. Le vent souffle tranquillement. Le soleil est comme endormi. Sur le visage altéré des proches, les larmes coulent à flots. Vocifération. Agitation. Des voix enrouées et étranglées par des sanglots résonnent sur le site, telle une musique de fond. Les proches d’un homme ayant laissé quinze enfants sont inconsolables. Le disparu était le pourvoyeur du foyer. Deux frères jumeaux tués dans le drame laissent leurs parents dans une profonde angoisse. La souffrance émouvante de ces derniers n'a laissé personne insensible. À un certain moment, la cérémonie est devenue crispante. Des personnes se sont évanouies. D’autres ne pouvant plus tenir sont emportées par les membres de la protection civile. La tristesse et l’affliction traversent la foule et planent sur toute une ville en détresse.   Le célébrant principal, l’archevêque Yves Marie Péan, invite les familles à se consoler et à penser également à la fragilité de leurs vies. « La vie est fragile et courte. Nous sommes des passagers. Il s’agit donc, frères et sœurs, d’être vigilants », a conseillé le prélat. Il a saisi cette occasion pathétique pour inviter les autorités à mettre plus de rigueur et d’ordre dans la gestion du pays. M. Péan estime que ces dispositions éviteront la répétition de ces évènements dramatiques. Abner Georges, porte-parole des parents des victimes, appelle les autorités à prendre leurs responsabilités. Il demande aux politiciens malintentionnés de se tenir à l’écart pour ne pas entraver le travail de la justice. « Les parents ne doivent pas être victimes une seconde fois. Nous allons travailler de toutes nos forces pour que ce drame ne reste pas impuni », a déclaré le porte-parole. Au nom de toutes les victimes, il réclame un accompagnement des autorités. « Si rien n’est fait, des enfants n’iront plus à l’école. Et la délinquance juvénile connaîtra une hausse », a prévenu M. Georges. Dans ses mots de circonstance, le chef de l’État, M. Jovenel Moïse, a renouvelé ses sympathies aux familles éplorées. Le président s’engage à transformer le secteur des transports haïtiens. Il promet de remettre en place le service d’inspection qui existait dans le temps. « Nous ne pouvons pas laisser mourir nos compatriotes dans des accidents de la route », a indiqué le garant des institutions nationales.   Le président encourage les autorités judiciaires à poursuivre le chauffeur du bus impliqué dans le drame. « Le chauffeur a commis un acte criminel. Il doit donc être poursuivi », a soutenu M. Moïse. Les représentants du secteur vaudou ont énergiquement dénoncé leur exclusion de la cérémonie. Ils étaient de simples invités. Le président national de l’organisation Zanfan Tradisyon (Zantray), M. Hervé Germain, a qualifié de crime l’attitude des autorités. Pour Me Enock Génélus, cet acte est une discrimination. Après la cérémonie, les dépouilles ont été restituées à leurs familles. Les autorités parlent de trente cercueils. Seulement vingt-six ont été remarqués sur l’estrade construite à cet effet. Jusqu’à présent, le nombre exact des victimes reste inconnu. Jodherson Cadet

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