Marathon de lecture : Détruisons les murs

«La civilisation des murs est arrivée à sa fin, pour que les murs redeviennent viables, ils doivent tomber.» Un bel extrait du dernier livre de James Noël titré «La migration des murs» ! Il résume la mise en espace «Détruisons les murs» présentée à la FOKAL, le mercredi 15 mars 2017, à la 8e édition du festival Marathon de lecture, par la metteure en scène France Medeley Guillou, autour des œuvres de l’une des plus grandes voix de la poésie haïtienne contemporaine : James Noël.

Publié le 2017-03-16 | Le Nouvelliste

Culture -

La poésie de James Noël est lue et chantée. Elle est vue aussi sur tous les murs de la FOKAL. Les spectateurs, modestement assis. Les jeux de lumière, assurés par Ronald Pierre, pénètrent leurs yeux accrochés aux lèvres des trois lecteurs sur la scène, Madeline Pierre, Léonard Jean-Baptiste et Sabruna Georges. C’est la mise en espace «Détruisons les murs» réalisée par la metteure en scène France Medeley Guillou, avec l’assistance d’Evens Pierre Lucien, dans le cadre de la 8e édition du festival Marathon de lecture. La metteure en scène France Medeley Guillou, pour donner à voir ce spectacle, a pioché dans divers textes de James Noël : migration des murs ; le seul baiser pour muselière ; le sang visible du vitrier, et dans d’autres. Les lectures permettent aux spectateurs de saisir la dimension esthétique de ses œuvres poétiques, son positionnement idéologique, son humanisme touchant les travers du monde. Bref, toute sa responsabilité civile en tant qu’écrivain est passée par là. Les murs dont parlent James Noël, seraient-ce les ouvrages de maçonnerie consistant à enclore un espace ou un bâtiment? Seraient-ce plutôt les obstacles, les préjugés, le non-dialogue? Et la metteure en scène France Medeley Guillou croit dur comme fer que le poète James est assez sensible à tout ce qui se passe en Haïti et dans le monde. D’où sa problématique des murs. «Aujourd’hui, nous sommes tous au courant, avec le président des États-Unis qui veut littéralement construire des murs pour la séparation des peuples et des cultures », a-t-elle dit, soulignant que les murs abordés par le poète ne sont pas que physiques. Elle a parlé des murs sociaux que nous construisons dans nos rapports avec l’autre. Elle a également mis l’accent sur les murs que nous nous construisons nous-mêmes. Les extraits lus lors de cette activité auront la vie dure dans l’esprit des spectateurs. «Ce n’est pas tous les jours qu’on parle des murs / Attention sujet tabou / Là-dessus, c’est tout le monde qui fait le mort.» Ces bouts de mots écrits en font partie. D’autres comme ceux-ci : « Aux yeux des étoiles, les murs et les gratte-ciel sont des géants au pied d’argile. [...] Pour elles, le monde est plat et sans hauteur dans son asphalte, donc ne constitue pas une preuve solide, indéboulonnable dans l’univers.» Au cours de ce spectacle, la scène était partout. Les lecteurs abordent James Noël d’une façon telle qu’ils essayent d’incorporer ses écrits pour mieux les vivre: une façon de dire qu’il faut aborder l’auteur au second degré. Dans le jeu des lecteurs avec les spectateurs, même ces derniers sont devenus acteurs, plus exactement, des migrants. Les gestes du danseur Dackenley Clermont ont capté les attentions, surtout dans les multiples chorégraphies avec les lecteurs. « Détruisons les murs » est un spectacle qui dit à l’humanité: ne voyez pas le monde seulement à partir des hommes, mais regardez-le du lieu des animaux et des plantes, car les éléments qui constituent la terre sont uns et indivisibles. Cette problématique des murs, autour de laquelle s’articule ce spectacle, avait déjà titillé la curiosité d’autres créateurs haïtiens. C’est le cas du poète Georges Castera qui y avait consacré tout un long poème titré «Eléments d’un dossier» pour dire les murs. Aussi, lors de la 11e édition du festival Quatre chemins, le slogan consistait à dire que tombent nos ruines, une autre manière peut-être de parler des murs. À la FOKAL, lors du spectacle « Détruisons les murs », réalisé le mercredi 15 mars 2017 dans la soirée, la poésie de James Noël, sensible et consciente, a permis de comprendre que les murs sont l’une des réalités complexes du monde.

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