Les courageux, les audacieux et les dindons

Publié le 2017-03-15 | Le Nouvelliste

Editorial -

Dans les années 80, il y avait ceux qui s’accommodaient du régime des Duvalier et les autres qui prenaient le premier bateau venu pour rejoindre la Floride. Les courageux ont construit la communauté haïtienne de Miami, les autres… Dans les années 90, il y avait ceux qui s’accommodaient du régime des militaires ou de la démocratie balbutiante d’Aristide et les autres qui partaient pour n’importe quelle destination. Les courageux ont construit leur vie ailleurs, les autres cherchent encore le bout du chemin… Depuis que nous sommes entrés au XXIe siècle, il y a encore des Haïtiens qui partent pour le Chili ou pour ailleurs. Pendant que d’autres ont accaparé tranquillement la politique… Ici, il y a ceux qui se plaignent, ceux qui se taisent et ceux qui agissent. Il y a des courageux qui assistent à la débâcle nationale et des maladroits qui construisent le pire… La journée du 15 mars 2017, de la grève sauvage à l’aéroport international de Port-au-Prince aux multiples débats au Parlement, se place parfaitement dans la logique de la nouvelle société que nous construisons depuis une vingtaine d’années. Le niveau des préoccupations de nos représentants légitimes, les discours de nos élus reflètent, que cela plaise ou non, l’état d’esprit du pays. Comme nos carnavals, les chansons que nous aimons, nos nouveaux héros sont le reflet de notre moi profond. L’audace et le courage ont changé de camp. Le dire est une abomination, ne pas le reconnaître est un crime. En Haïti, de nos jours, comme dans les années 80, 90, 2000, les dindons rient pendant que se prépare la farce qui va les garnir avant qu’ils ne soient servis au festin de la dégringolade. Les beaux dindons ne demeurent pas moins, fiers et arrogants, sûrs de leurs bonnes pensées de détenteurs du bon sens. Les courageux et les maladroits sont dans l’arène, les dindons sont sur les réseaux sociaux. Haïti vogue vers son destin.

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