Dépréciation de la gourde, l‘économiste Kesner Pharel alerte les décideurs

Depuis quelques jours, le dollar américain s’achète à 70 gourdes sur le marché des changes en Haïti. Intervenant sur les ondes de Magik9 sur la dépréciation de la monnaie nationale, l’économiste Kesner Pharel a dénoncé les comportements des décideurs politiques.

Publié le 2017-03-14 | Le Nouvelliste

Economie -

« Après avoir estimé à 2,7 milliards de dollars américains les pertes causées par le cyclone Matthew dans un rapport, on a donc choisi de dépenser 240 millions de gourdes dans un carnaval aux Cayes, une des régions affectées», rappelle l’économiste Kesner Pharel, soulignant qu’un autre s’est déroulé en même temps dans la capitale. Il s’interroge sur les choix des décideurs politiques. Le P.D.G. du Group Croissance a indexé, à travers cet exemple, le type de comportements de nos décideurs. La dépréciation accélérée fait son petit bonhomme de chemin et les parlementaires mettent le projecteur sur la banque centrale. « Les sénateurs se plaignent de la décote de la monnaie nationale. Cependant, les parlementaires oublient aussi qu’ils avaient pour devoir de voter le budget. Ils ont failli à cette mission depuis tantôt deux exercices fiscaux», affirme Pharel, taclant les sénateurs qui se plaignent particulièrement de celui qui avait encouragé l'organisation du carnaval dans son département. Au cours de cette interview, Kesner Pharel a mis l’accent sur les causes conjoncturelles de cette dépréciation de la gourde. Il a pris l’exemple des violentes perturbations enregistrées à l’Arcahaie. L’économiste a fait référence aux ressources propres de la commune de l'Arcahaie. « Arcahaie est une zone stratégique. Quand elle est bloquée, l’accès au grand Nord est quasiment fermé. Notamment au flux de marchandises qui devraient laisser la capitale pour aller dans la région Nord», explique Kesner Pharel. « Pour l’exercice 2014-2015, les ressources propres de l’Arcahaie sont estimées, selon le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, à seulement 56 691 dollars américains », a informé le présentateur de l’émission Investir, conseillant aux maires des communes de l’Arcahaie, de Cabaret et de Saint-Marc de créer un pôle de développement. La difficulté de mettre sur pied le gouvernement plus d’un mois après l’investiture du président Jovenel Moïse qui avait fait des promesses en ce sens mais non tenues et les signaux envoyés par les parlementaires font naître des incertitudes qui impactent le marché des changes, constate Pharel. A côté des aspects conjoncturels, il a présenté le jeu de spéculation des agents économiques comme étant une cause structurelle. Si les parlementaires prennent la BRH pourle bouc émissaire en ce qui concerne la dépréciation de la gourde, l’économiste a pris la défense de la banque des banques. « La BRH n’est pas responsable de la dépréciation de la gourde. Nos comportements politique, économique et social en sont la cause. La banque centrale est comme un thermomètre, elle ne peut pas faire disparaître la fièvre », a soutenu Kesner Pharel. Dans son intervention, l’économiste a fait savoir que la monnaie peut être utilisée sur le plan commercial comme une bombe économique. Dans un pays où l’économie est compétitive, la dépréciation de la gourde pourrait l’aider à pénétrer d’autres marchés.

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